L’entrepôt expérimental d’Agrinova, où quelque 40 000 tubercules de différentes variétés sont soumis à divers traitements. Photo : Gracieuseté d’Agrinova
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S'abonner maintenantDepuis 2018, des chercheurs s’activent pour trouver une solution de rechange naturelle au problème des pertes post-récolte des pommes de terre causées par la germination précoce et les maladies comme la pourriture sèche et la pourriture molle. Ces pertes, estimées à environ 10 % des récoltes en entreposage, représentent un enjeu économique important pour les producteurs québécois.
Innofibre, en collaboration avec le Consortium de recherche sur la pomme de terre du Québec (CRPTQ) et d’autres partenaires de l’industrie, développe une solution à base d’extraits de résidus forestiers. L’objectif : proposer une solution de rechange aux traitements chimiques, dont le chlorprophame (CIPC), encore utilisé au Canada, mais interdit en Europe depuis 2019.
La phase 1 du projet, menée entre 2018 et 2021, a permis d’identifier des ingrédients actifs issus de l’épinette noire capables de lutter contre la germination et les maladies des pommes de terre. Des résidus forestiers de trois essences de bois, soit le sapin, le bouleau jaune et l’épinette noire, ont alors été testés et c’est cette dernière qui a donné les meilleurs résultats, nous expliquait Michelle Boivin, chercheuse chez Innofibre, dans un article publié dans nos pages le 31 mars 2021.
Une deuxième phase de recherche a été lancée en 2021 qui visait à déterminer les conditions optimales d’utilisation de l’huile essentielle d’épinette noire et un extrait d’épinette noire qui agissent respectivement sur la germination et le développement de micro-organismes responsables de la pourriture molle et sèche.
Des entrepôts pilotes

« Nous testons nos solutions dans des entrepôts pilotes, qui constituent une étape intermédiaire entre le laboratoire et les essais en conditions réelles chez les producteurs », explique Nathalie Bourdeau, chercheuse chez Innofibre.
Ces tests à plus grande échelle se sont déroulés notamment dans l’entrepôt expérimental d’Agrinova, où quelque 40 000 tubercules de différentes variétés sont soumis à divers traitements. L’objectif est d’optimiser les procédés de production et d’application des ingrédients actifs en situation réelle d’entreposage. Le Centre Kemitek, un centre de transfert technologique spécialisé en chimie verte, et des partenaires industriels ont aussi participé aux travaux.
Les résultats sont encourageants, montrant que les extraits d’épinette noire « sont autant voire plus performants que certains produits alternatifs déjà disponibles sur le marché », affirme Nathalie Bourdeau.
En parallèle de la phase deux, une troisième phase de recherche a été lancée il y a quelques mois, visant à finaliser le développement des ingrédients étudiés.
Une solution écologique et santé
L’utilisation d’extraits issus des résidus forestiers présente plusieurs avantages. D’une part, elle permet de valoriser une ressource locale grâce à une collaboration avec l’industrie forestière du Lac-Saint-Jean. D’autre part, elle offre aux producteurs une solution plus respectueuse de l’environnement et potentiellement moins toxique pour la santé humaine. Il reste toutefois encore plusieurs étapes à franchir avant la commercialisation du produit, la date estimée étant vers 2031.