Pommes de terre 26 mars 2025

Difficile d’exporter ses pommes de terre

Plusieurs producteurs de pommes de terre du Québec ont qualifié leur année de moyenne, en raison de l’incertitude économique aux États-Unis et du marché de l’exportation au ralenti.

« Moi, je dirais que ç’a été légèrement en dent de scie. Il y a moins de demande sur la côte Est américaine. Il faut qu’on baisse nos prix pour vendre », témoigne Junior Fiset, copropriétaire de la Ferme Fiset Lyster, à Inverness, dans le Centre-du-Québec.

« Il y a de la surproduction en Idaho. Ils font du dumping à des prix ridicules et ça crée beaucoup d’incertitude. Si ce n’était pas de ça, il y aurait de la demande et de la place sur le marché », croit celui qui choisit, depuis deux ans, de n’envoyer que 10 % de sa production de l’autre côté de la frontière, pour cette raison, alors qu’il en envoyait le double auparavant.

« L’Idaho en fait plus grand et ça paraît. On le voit, qu’il y a beaucoup moins de demande à l’exportation, ces deux dernières années, que la moyenne 5 ans. Les prix sont moins alléchants. » – Francis Desrochers, président des PPTQ et propriétaire de la Ferme Maxi-Sol, à Saint-Paul, dans Lanaudière

Selon le président des Producteurs de pommes de terre du Québec (PPTQ), Francis Desrochers, l’Idaho a considérablement augmenté sa production de patates, ces deux dernières années, d’environ 17 000 hectares, soit l’équivalent de la production totale de la Belle Province. Les légumes issus de cet État de l’Ouest américain viennent inonder le marché à faible prix, jusque sur la côte Est, où les producteurs du Québec envoient une forte proportion de leurs pommes de terre, été comme hiver. 

« L’Idaho en fait plus grand et ça paraît. On le voit, qu’il y a beaucoup moins de demande à l’exportation, ces deux dernières années, que la moyenne 5 ans. Les prix sont moins alléchants », constate le propriétaire de la Ferme Maxi-Sol, à Saint-Paul, dans Lanaudière.

Trois jours de tarifs qui paraissent 

Un producteur de Saint-Michel, en Montérégie, Gabriel Isabelle, a immédiatement remarqué les impacts des droits de douane américains de 25 %, qui ne sont pourtant entrés en vigueur que trois jours, les 4, 5 et 6 mars. L’incertitude économique entourant la guerre commerciale avec les États-Unis exerce une pression supplémentaire sur le marché américain, observe le copropriétaire de la ferme C. Isabelle et Fils, qui exporte 40 % de sa production au-delà de la frontière.

Certains clients américains ne niaisent pas avec ça et décident de s’approvisionner de leur côté, maintenant. Ç’a été en vigueur [trois] jours et ç’a paru. Les clients ne sont pas d’accord de payer plus, et je les comprends.

Gabriel Isabelle, producteur de pommes de terre à Saint-Michel, en Montérégie

« À ce temps-ci de l’année, c’est toujours plus tranquille, mais on voit quand même un ralentissement par rapport aux années passées. Les ventes sont beaucoup plus basses, ajoute-t-il. Sans guerre commerciale, on aurait eu une saison normale. »

Le marché local se porte bien

En revanche, le marché local se porte somme toute bien, remarquent les différents producteurs sondés par La Terre. Le président des PPTQ anticipe que les entrepôts de la province, qui étaient un peu plus garnis qu’une année normale, l’automne dernier, seront vides d’ici juillet.

« L’écoulement va bien. On a eu de bons rendements, dans l’ensemble, et la demande [au Québec] est au ­rendez-vous », affirme-t-il, présumant que l’augmentation de la population et les efforts publicitaires contribuent au phénomène.

« À l’inverse, nos rendements augmentent, et on finit quand même par tout passer », indique le président.