En 2023, les importations au Canada d’engrais mélangés et d’engrais azotés s’élevaient à pas moins de 4,4 millions de tonnes métriques (3,35 milliards de dollars). Quelque 16 % de ce volume, soit 700 000 tonnes, étaient destinés aux agriculteurs québécois. Photo : Shutterstock
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La fermeture du marché russe et les phénomènes météo extrêmes continuent de compliquer l’approvisionnement en engrais azotés au Québec. Ces bouleversements se traduisent par une hausse de prix pour les producteurs agricoles.
Comme on le sait, le Canada importe chaque année beaucoup d’engrais mélangés et d’engrais azotés pour soutenir son industrie agricole. En 2023, ces importations s’élevaient à pas moins de 4,4 millions de tonnes métriques (3,35 milliards de dollars). Quelque 16 % de ce volume, soit 700 000 tonnes, étaient destinés aux agriculteurs québécois.

Avant l’invasion de l’Ukraine, une grande part des engrais utilisés dans l’est du Canada provenaient de la Russie. Mais la décision d’Ottawa d’imposer, en 2022, des tarifs de 35 % sur tous les produits en provenance de ce pays, y compris les engrais azotés, a obligé les importateurs à se tourner vers d’autres pays producteurs. « On ne s’approvisionne toujours pas en Russie depuis l’imposition des tarifs. On continue à travailler sur une base régulière avec tous les fournisseurs alternatifs qu’on a trouvés au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et au Mexique », confirme Simon Baillargeon, vice-président chez Sollio Agriculture, le plus gros fournisseur de fertilisants au Québec, en Ontario et dans les provinces maritimes. « La logistique est plus complexe qu’autrefois, mais nous avons réussi à nous assurer que les producteurs ne manquent jamais de produits », précise-t-il.
Les phénomènes météo violents, de plus en plus fréquents, ont aussi forcé les distributeurs à faire preuve d’ingéniosité, confie M. Baillargeon en évoquant notamment les dommages causés par l’ouragan Debby l’été dernier dans le sud-est des États-Unis.
Les installations de producteurs de phosphate en Floride ont été affectées par cet ouragan. Ces dommages ont causé une certaine problématique sur le plan de l’approvisionnement dans la deuxième moitié du mois d’août.
Conflits ferroviaires
Les conflits de travail dans le secteur ferroviaire à travers le pays ont aussi mis en péril la livraison, au Québec et dans les provinces maritimes, des engrais potassiques, produits en très grande partie dans l’Ouest canadien. « C’est là tout le défi d’être capable de toujours avoir les bons produits disponibles pour les producteurs dans des périodes très limitées, c’est-à-dire au printemps, puis peut-être un peu à l’automne dans certaines cultures ou en été pour les fourrages », explique Simon Baillargeon en soulignant la valeur économique du train au Canada. « Les camions ne remplaceront jamais le transport par bateau et par train dans notre contexte géographique, en matière d’efficacité et de coûts. »
Coûts à la hausse
Tous ces enjeux politiques, climatiques et logistiques ont un effet sur les coûts, concède Simon Baillargeon : « Les prix sont en conséquence. On avait bénéficié d’une certaine accalmie au cours des deux dernières années. Mais là, c’est un petit peu repris à la hausse. » Le coût de l’urée a grimpé d’environ 20 % au cours des derniers mois, affirme-t-il. Ce bond est lié aux incertitudes quant aux sources d’approvisionnement, mais également à la hausse du marché du maïs.
« En période de récolte, le prix du grain était un peu plus bas par rapport à ce qu’on a connu dans les cinq dernières années. Mais là, c’est reparti à la hausse avec du maïs à 275 dollars la tonne à l’achat dans les fermes. Cette augmentation entraînera en conséquence une demande accrue [d’engrais] si les producteurs continuent de promouvoir le maïs », explique M. Baillargeon. « Par ses rendements à l’hectare, le maïs est toujours une production intéressante pour les agriculteurs. C’est cependant une culture qui consomme un peu plus d’engrais azotés que des productions comme le soya », rappelle-t-il.
Incertitude américaine
Les menaces de tarifs douaniers brandies par le président américain provoquent aussi leurs vagues d’incertitudes. Simon Baillargeon se fait cependant rassurant pour les prochains mois, même si un peu plus de la moitié de l’urée importée au Canada provient actuellement du sud de la frontière. « Les États-Unis sont un fournisseur important, mais notre portefeuille de fournisseurs est quand même assez bien diversifié », souligne-t-il dans un premier temps. « Les choses peuvent changer rapidement, nous ne sommes pas en mauvaise position en ce moment. Nous avons complété une grande partie de nos achats avant le mois de janvier », poursuit-il.
Le gestionnaire demeure néanmoins préoccupé par la montée du protectionnisme américain : « L’ensemble de l’industrie agroalimentaire sera frappé [si les menaces tarifaires se concrétisent] et cet impact aura des répercussions chez les producteurs. Pour les engrais, c’est une chose. Mais pour l’ensemble de l’agriculture ou de l’agroalimentaire, ça pourrait être un enjeu important. »