« Il est souvent moins coûteux pour l’Est du Canada d’importer des engrais que de les transporter par train depuis l’Ouest canadien », explique Samantha Seary, porte-parole du ministère. Photo : Shutterstock
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Avec la montée du protectionnisme et les difficultés accrues de s’approvisionner en engrais sur les marchés mondiaux, serait-il plus facile pour le Canada de produire lui-même ses fertilisants?
Les avantages d’une production nationale seraient nombreux, affirme Casper Kaastra, chef de la direction de Sollio Agriculture, dans un billet publié sur le site Web du groupe coopératif. Selon ce dernier, la fabrication d’engrais au pays permettrait de sécuriser l’approvisionnement et d’éliminer les risques liés aux conditions d’importation. Elle contribuerait à l’économie canadienne, tout en réduisant l’empreinte carbone mondiale liée au transport.
La construction d’usines canadiennes réduirait également le risque de pénurie provoquée par les conflits géopolitiques, ajoute-t-il, tout en soulignant l’apparition de mesures protectionnistes dans certains pays, notamment les États-Unis et la Chine. Agriculture et Agroalimentaire Canada reconnaît qu’une production intérieure d’engrais pourrait contribuer à réduire la dépendance à l’égard des produits importés. « Les agriculteurs canadiens pourraient obtenir un approvisionnement plus prévisible en engrais », écrit Samantha Seary, porte-parole du ministère, en réponse à nos questions.
Producteur et importateur
Le Canada compte déjà sur une industrie de production de fertilisants, souligne Mme Seary. S’il doit en importer plusieurs millions de tonnes chaque année, c’est pour des raisons économiques et géographiques. Ainsi, le Canada est largement autosuffisant en potasse, au point d’en être le plus grand exportateur au monde. En revanche, l’importation des engrais phosphorés demeurera incontournable en raison d’un manque de phosphate sur le territoire.
Quant aux engrais azotés, le Canada exporte près de la moitié (45 %) de sa production, concentrée dans l’Ouest canadien, vers les marchés américains situés à proximité. « Il est souvent moins coûteux pour l’Est du Canada d’importer des engrais que de les transporter par train depuis l’Ouest canadien », explique Samantha Seary. Le transport maritime demeure la solution la plus économique pour l’approvisionnement du Québec et des Maritimes, reconnaît Simon Baillargeon, vice-président chez Sollio Agriculture. Cet argument ne satisfait pas Fertilisants Canada. Selon cette association de fabricants et distributeurs d’engrais principalement situés en Ontario et dans les Prairies, les gouvernements devraient s’assurer de renforcer les chaînes d’approvisionnement « afin que les agriculteurs qui dépendent de nos engrais puissent y avoir accès lorsqu’ils en ont besoin ».
Coûts et environnement
Et qu’en serait-il de la construction d’une usine de fertilisants au Québec? « Ce serait difficile », affirme Simon Baillargeon en ciblant deux écueils majeurs : le coût extrêmement élevé d’une usine et une acceptabilité sociale difficile à obtenir.
Ce sont des usines qui coûtent des milliards de dollars et dont les émissions de GES sont importantes. Je pense qu’un projet de cette nature serait difficile à passer [auprès de la population].
La disponibilité et les fluctuations du prix du gaz naturel auraient aussi une incidence sur la viabilité d’un tel projet, avance Kayla FitzPatrick, directrice des communications de Fertilisants Canada. Le gaz naturel est la principale matière première pour la production d’azote. « En outre, comme il s’agit d’un produit de base commercialisé à l’échelle mondiale, les producteurs canadiens sont en concurrence avec des producteurs d’autres pays, comme la Russie et la Chine, qui ne respectent pas les mêmes pratiques en matière d’environnement, de droits de l’homme et de commerce », déclare-t-elle.