Ovins 7 février 2025

Deux projets pour faire couler plus de lait de brebis

La prochaine année sera occupée pour le comité brebis laitière des Éleveurs d’ovins du Québec (LEOQ), qui participe à deux études parallèles pour brosser un portrait plus clair du secteur de production du lait de brebis, où la demande surpasse actuellement l’offre.

L’organisation vient d’obtenir une subvention de 130 000 $ dans le cadre du programme de développement territorial et sectoriel du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), afin d’évaluer la qualité du lait produit au Québec. Le projet ciblera également les enjeux, les facteurs de risque et les actions à entreprendre pour mieux planifier le développement du secteur.

« On a du pain sur la planche. Ça va être une grosse année! » a lancé Cathy Michaud, coordonnatrice du comité brebis laitière pour LEOQ, lors de l’assemblée générale annuelle, en novembre dernier.

La génétique des brebis laitières des troupeaux du Québec s’est beaucoup améliorée depuis trente ans, mais le comité brebis laitière de LEOQ veut avoir un meilleur portrait de la qualité et de la quantité de lait produit, notamment. Photo : Patricia Blackburn/TCN

En entrevue avec La Terre, Mme Michaud précise que dans le contexte actuel, où la demande pour le lait de brebis connaît « un certain engouement », il était temps de recueillir des données plus justes sur cette production.

On sait qu’il y a environ 28 producteurs de lait de brebis au Québec, mais ce chiffre a été très difficile à obtenir, et on n’a encore aucune idée du mode de production de chaque ferme, à qui elles vendent, la grosseur de leur troupeau ou encore le pourcentage de lait conforme.

Cathy Michaud, coordonnatrice du comité brebis laitière pour LEOQ

Il est également question, à travers ce projet, de sensibiliser davantage de producteurs à faire un contrôle laitier, « pour détecter les problèmes comme la trop haute teneur en cellules somatiques », donne-t-elle en exemple. À plus long terme, le projet pourrait ouvrir la voie à une centralisation des données sur la production de lait et au développement d’un programme génétique pour la brebis laitière, ajoute Mme Michaud. Le rapport final de cette étude est attendu dans un an.

Ça commence à être bien structuré, la demande est là, mais il n’y a pas assez de producteurs. Ça prend plus de relève en production de lait de brebis.

Cathy Michaud

Nouveau modèle sur les coûts de production

Au même moment, le Centre d’étude sur les coûts de production en agriculture (CECPA) a accepté de démarrer une nouvelle étude spécifique au secteur du lait de brebis pour réactualiser l’ancien modèle qui datait de 2016. Celui-ci n’était plus représentatif de la production d’aujourd’hui, fait valoir Tommy Lavoie, propriétaire de la bergerie Lait brebis du nord, à Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix. « C’était une époque où on allait tous à la pêche, mais on ne savait pas encore s’il y avait du poisson dans le lac. Aujourd’hui, on sent qu’il y a une belle évolution, mais on n’est pas capables de la chiffrer. On veut donc rendre l’outil plus représentatif, pour qu’il puisse servir à ceux qui voudraient se faire un plan d’affaires », explique celui qui cumule une vingtaine d’années d’expérience et compte parmi les plus importants producteurs de la province. 

C’est aussi le souhait de Cathy Michaud, qui signale qu’actuellement, La Financière agricole n’est pas en mesure de dire si un modèle est bon ou non, puisqu’elle ne dispose pas d’assez de données récentes sur le secteur. « Certains nous ont raconté que leur projet avait été considéré trop ambitieux et que leurs cibles n’étaient pas jugées assez réalistes, mais en moins de deux ans, ils ont atteint les projections de cinq ans », rapporte-t-elle.

Jean-Paul Houde, de la Fromagerie Nouvelle France, collabore avec Tommy Lavoie, de la bergerie Lait brebis du nord. Photo : Gracieuseté de Jean-Paul Houde

Les transformateurs cherchent du lait

Le plus gros transformateur de lait de brebis au Québec, la Fromagerie Nouvelle France, à Racine, en Estrie, dit travailler avec six producteurs qui lui fournissent régulièrement du lait. « Mais on est toujours en développement de nouveaux produits, donc on a besoin d’environ un nouveau producteur par année pour soutenir notre croissance », spécifie Jean-Paul Houde, copropriétaire de l’entreprise et responsable du troupeau laitier. Comme plusieurs de ses compétiteurs, l’entreprise pourrait acheter plus de lait qu’il ne s’en produit actuellement dans les fermes, puisque le marché se développe bien, estime M. Houde. 

D’ailleurs, la fromagerie projette de doubler son propre troupeau laitier prochainement, pour le faire passer de 200 à 400 têtes.

C’est pour la viabilité de l’entreprise, car ça sécurise un plus grand volume de lait, mais on aura toujours besoin de producteurs pour nous fournir les volumes complémentaires.

Jean-Paul Houde, copropriétaire de la Fromagerie Nouvelle France et responsable du troupeau laitier

De son côté, Tommy Lavoie prévient que le secteur pourrait aussi avoir des surprises lorsqu’il recevra les conclusions de ces deux études. « On ne le sait pas, si ce sera positif ou non. Moi, je pense que oui, mais reste qu’il faudra faire face à la musique s’il y a des choses à améliorer », affirme-t-il.

Éviter de répéter les erreurs du passé

Selon le producteur Tommy Lavoie, une bonne entente entre le transformateur et le producteur est la clé pour réussir dans le secteur, puisqu’il n’y a plus d’organisation de mise en marché commune, comme ç’a été le cas au tournant du siècle. « À l’époque, on devait être une dizaine de producteurs avec la Coopérative ovine laitière du Québec. C’étaient des années de forte croissance et la coop acceptait beaucoup de nouveaux producteurs, mais la qualité n’était pas toujours là. » C’est ce qui a provoqué la chute de la coopérative laitière, selon lui, et qui devrait servir de leçon pour mieux encadrer la croissance actuelle du secteur.