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Marc-André Forget, propriétaire de l'entreprise Porc du Rang 4. Crédit photo : Marie-Michèle Trudeau

Marc-André Forget, propriétaire de l'entreprise Porc du Rang 4. Crédit photo : Marie-Michèle Trudeau

Gestion : préparer une transformation inévitable

L’état actuel du marché du porc amène certains producteurs à attendre avant d’investir dans leurs infrastructures, voire même à modifier leur modèle d’affaires.

C’est le cas de Marc-André Forget, propriétaire de l’entreprise Porc du Rang 4, qui mise avant tout sur ses activités de finition et de transformation pour garder la tête hors de l’eau.

« Je viens d’investir dans l’abattoir, dit-il. Alors pour le reste, j’attends. »

Sa maternité de 325 truies devra donc attendre avant d’être réaménagée. En tout et pour tout, le producteur estime qu’il devra investir environ 1 M$ dans ses installations pour se conformer aux nouvelles normes de bien-être animal.

« Mise à part une subvention de l’État, il n’y a pas grand-chose qui pourrait me motiver », ajoute-t-il.

C’est qu’il faut admettre une réalité, partagée par tous les experts consultés. Le passage aux normes de bien-être entraînera des investissements que plusieurs producteurs auront de la difficulté à rentabiliser, particulièrement les propriétaires de maternités.

« Dans le contexte actuel du marché, ça se rentabilise très difficilement », admet Jean-Philippe Gervais, vice-président et économiste en chef à Financement agricole Canada. Selon lui, plusieurs producteurs peinent déjà à trouver l’équilibre sans qu’il y ait une dépense de ce genre dans la balance.

Cela dit, tous n’ont pas le pied sur le frein, affirme Ernest Desrosiers. « On observe que les éleveurs porcins profitent de nos programmes d’appui à l’investissement dans la même proportion que les autres producteurs », dit-il.

Selon lui, chaque cas est à évaluer individuellement.

« Il y a plusieurs freins à l’investissement, ajoute-t-il. L’état du marché en est un, mais il y a aussi la présence ou non d’une relève et la santé financière de l’entreprise.

Chaque situation est différente. Si le producteur se pose des questions, il doit appeler un conseiller en gestion pour se faire rassurer », ajoute-t-il.

Pour sa part, Jean-Philippe Gervais invite les producteurs à procéder à un exercice de planification stratégique sur cinq ans. Quelles sont les perspectives de revenus pour l’entreprise? Doit-elle prendre de l’expansion? Se spécialiser? Voilà seulement une partie des questions auxquelles il faut trouver réponse, selon lui.

« L’idée de se moderniser est inévitable, mentionne-t-il. La question, c’est de savoir quand. »

Pour y arriver, il suggère aux producteurs d’obtenir les conseils d’un banquier, d’un comptable et de tout autre spécialiste en gestion agricole. Des spécialistes capables d’aider l’entreprise à se positionner dans un marché en transformation, qui menace particulièrement les plus petits joueurs.

« Ça va être difficile pour certains de conserver les mêmes méthodes de production », note-t-il.

« Il n’y a qu’un modèle d’affaires, indique pour sa part Ernest Desrosiers. Mais la tendance est à l’expansion. »

Selon lui, les porcheries vont de plus en plus chercher à s’approvisionner chez un nombre limité de maternités, de façon à réduire les risques de contamination du cheptel, ce qui poussera les producteurs de porcelets à agrandir leurs installations.

« Il y a de grandes préoccupations du côté sanitaire, et une boucle fermée “maternité-finition” répond à ce problème », dit-il.

Il y a donc plusieurs variables dont il faut tenir en compte, auxquelles s’ajoute l’échéance de 2024 des nouvelles normes de bien-être animal.

À ce sujet, Sébastien Turcotte, agronome spécialisé en bâtiments et en régie d’élevage au Centre de développement du porc du Québec, invite les producteurs à ne pas attendre à la dernière minute avant d’effectuer les modifications nécessaires à leurs installations. Il base son conseil sur l’exemple de l’Europe où de pareilles normes ont été adoptées en 2013. « Les équipementiers ont fini par ne plus être capables de fournir à la demande, mentionne-t-il, et les prix ont grimpé de 10 à 25 % dans bien des cas. »

Martin Primeau, collaboration spéciale.