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Simon Dufour, professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. Crédit photo : Pierre-Yvon Bégin/TCN

Simon Dufour, professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. Crédit photo : Pierre-Yvon Bégin/TCN

Mettre un frein à main sur les vaches? Pas si fou!

DRUMMONDVILLE — À première vue, l’idée d’installer un frein à main sur les vaches pour réduire leur production de lait un certain temps peut sembler farfelue. La mécanique des vaches serait-elle similaire à celle des voitures? Pas si fou que ça, viennent pourtant de démontrer des chercheurs de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. 

En début de lactation, la réduction volontaire de la traite durant les six premiers jours peut même s’avérer bénéfique à la santé des vaches. Simon Dufour, professeur, soutient qu’une traite incomplète, limitée à un maximum de 10 litres, a pour effet de réduire les risques d’infection du pis; une vache sur cinq pour la traite incomplète comparativement à une vache sur trois pour une traite normale. 

« Il semble que le système immunitaire de la vache fonctionne mieux », a-t-il déclaré lors du récent Symposium sur les bovins laitiers. Tenu à Drummondville, l’événement organisé par le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) a réuni quelques centaines de participants. 

Au début de la lactation, a-t-il indiqué, de 15 à 20 % des vaches affichent une
hypercétonémie, soit une présence trop élevée de corps cétoniques dans le sang. Une traite incomplète a permis de réduire considérablement, jusqu’à 50 %, ces substances produites lors de la dégradation des graisses par l’organisme afin de fournir de l’énergie. Le taux revient à la normale après une vingtaine de jours.

Simon Dufour appuie ses affirmations sur une récente étude conduite par Pierre-Alexandre Morin et Catarina Krug. Ceux-ci ont vérifié une hypothèse de recherche sur 800 vaches en production dans 13 fermes commerciales, de décembre 2013 à mars 2015. Cette hypothèse provenait elle-même d’une recherche menée par Pierre Lacasse, d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, sur un troupeau expérimental de 31 vaches.      

« On est partis de l’hypothèse que si on était capables d’actionner un frein à main sur les vaches, on enverrait ainsi moins d’énergie dans le lait », a-t-il illustré. 

Les chercheurs ont aussi acquis l’intuition qu’une traite incomplète permet de réduire le nombre de mammites, mais cela demeure à déterminer scientifiquement. 

Simon Dufour certifie par ailleurs que les coûts d’une traite incomplète sont « nuls », étant donné qu’une vache en meilleure forme va rattraper rapidement sa production normale de lait. Il s’agit assurément d’une voie à considérer au même titre qu’une diète enrichie, source d’énergie pour la vache en début de lactation. 

« La traite incomplète, a-t-il ajouté, est une approche naturelle. Elle peut aussi projeter une image positive en ce qui a trait au bien-être animal. Après quelques mois de vacances, les vaches profitent d’un retour progressif au travail. »

Quant à l’inconfort d’une traite incomplète, les chercheurs ne peuvent se prononcer formellement pour l’instant. Leurs premières observations sont pour le moins surprenantes, contraires même à ce qu’ils auraient pu penser à l’origine. Ils ont bien sûr noté un changement de comportement, mais en faveur de la traite incomplète. Sous cette pratique, les vaches ont passé plus de temps couchées que celles ayant bénéficié d’une traite normale.