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Exposés au virus, les lapins tombent habituellement malades dans un délai d’un à cinq jours. La mort arrive souvent après une courte période de maladie. Photo : Gracieuseté du Syndicat des producteurs de lapins du Québec

Exposés au virus, les lapins tombent habituellement malades dans un délai d’un à cinq jours. La mort arrive souvent après une courte période de maladie. Photo : Gracieuseté du Syndicat des producteurs de lapins du Québec

Maladie hémorragique du lapin : les éleveurs québécois touchent du bois

Bien que le dernier cas recensé au Québec de la maladie hémorragique du lapin (MHL) remonte à il y a plus de cinq ans dans une ferme récréative de la région du Bas-Saint-Laurent, les éleveurs cunicoles demeurent aux aguets. En effet, dans la plupart des cas, la MHL s’avère hautement contagieuse et mortelle.

« C’est une maladie animale exotique, donc ce n’est pas fréquent, mais une fois qu’un cas est diagnostiqué, il doit être obligatoirement et immédiatement signalé à l’Agence canadienne d’inspection des ­aliments et au MAPAQ », explique Hélène Trépanier, médecin vétérinaire en chef pour le ­Québec.

La version dite classique du virus est apparue en Chine en 1984 et s’est depuis propagée dans une quarantaine de pays. Une mutation virale a été ensuite identifiée en France en 2010 et ses ravages ont surtout été concentrés en Europe et en Australie. « Les deux virus sont mortels, mais la forme classique peut atteindre 90 % de mortalité tandis que la plus récente souche va jusqu’à 70 % », rapporte la Dre Trépanier.

La souche classique n’affecte que le lapin européen, mais tous les lapins au Canada découlent de celui-ci. Quant à la nouvelle mutation, elle touche d’autres catégories de lapins, ainsi que le lièvre.

Le caractère contagieux de la maladie s’explique par le fait que le virus se propage entre les lapins par contact direct avec de la salive, des écoulements nasaux et oculaires, de l’urine, du fumier, du sang et de la fourrure. Les lapins peuvent également l’attraper en entrant en contact avec la nourriture, la litière, l’eau et les cages. Les éleveurs peuvent eux-mêmes le transporter sur leurs mains, vêtements et chaussures après avoir été en contact avec un lapin infecté. Très résistant, le virus survit à des températures extrêmes comme le gel. Comme il n’existe aucun traitement, les règles de biosécurité constituent la meilleure barrière pour ­prévenir l’introduction du virus dans un élevage, souligne la médecin vétérinaire en chef du Québec. Il est ainsi essentiel de laver ses mains, les vêtements, les cages et les équipements entre les lapins provenant de sources différentes, de garder les nouveaux lapins en quarantaine loin de ceux qui sont déjà présents et d’éviter les contacts avec les lapins sauvages. D’ailleurs, le dernier cas de MHL recensé au pays, en Colombie-­Britannique en 2019, impliquait des populations sauvages de lapins domestiques. « Et quand on fait le train, on termine toujours avec le groupe de lapins en quarantaine », précise-t-elle.

Exiger des garanties

Même si l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) est très vigilante dans les cas d’importations de lapins provenant de pays où le virus est présent, la Dre Trépanier recommande aux éleveurs québécois d’exiger eux-mêmes des garanties de la part de leurs fournisseurs.

Propriétaire du Lapin de Saint-Tite, en Mauricie, Maxime Tessier importe de la génétique de France depuis une douzaine d’années. « Je fais affaire avec Grimaud Frères et ils ont un protocole très strict pour s’assurer que leurs lapins sont sains », souligne-t-il.

L’éleveur craint davantage ce qui se passe aux États-Unis où des cas de MHL auraient été recensés. « Si ce virus vient à entrer au Québec, c’est fini pour nous autres », déclare Maxime Tessier, soulignant que la cuniculture au sud de la frontière est presque inexistante. « Là-bas, les lapins sont plus des animaux de compagnie, mais le virus peut aussi se propager de cette façon. »

Lui-même prend d’innombrables précautions en sortant de la ferme. « C’est à nous, les éleveurs, de faire attention quand on fait du transport pour se rendre à l’abattoir par exemple. Tu es en contact avec des équipements, tu croises du monde. C’est dans des endroits comme ça que ça peut se déclarer et comme il n’y a pas de vaccins, si ça venait à entrer dans nos établissements, ça serait catastrophique », commente celui qui possède une ferme de 10 000 têtes.

« C’est une maladie qui n’est pas évidente à identifier. Il faut vraiment un diagnostic de laboratoire », indique la vétérinaire. Les saignements sont quelquefois un signe de sa présence, mais la forme classique du virus est tellement aiguë que les lapins peuvent en mourir avant de développer le symptôme. « Dans les signes neurologiques ­fréquents, les lapins ont l’air saouls, ils pédalent. Ils font de la fièvre, ont l’air déprimés. Ils ne mangent plus. Bref, ce qu’il faut retenir, c’est que dans le moindre doute, il faut contacter son médecin vétérinaire, car si ce n’est pas le virus hémorragique du lapin, ça peut être d’autres problèmes de santé », conclut la Dre Trépanier.