Santé animale 7 novembre 2025

Un nouveau virus aviaire à surveiller

Méconnu au Canada il y a à peine un an, le métapneumovirus aviaire est une nouvelle réalité avec laquelle les éleveurs de volaille, particulièrement ceux de dindons, doivent composer. Mais le Québec est mieux préparé à y faire face, notamment avec l’accès, au besoin, à un vaccin. 

Comme il s’agit d’un virus respiratoire très contagieux, les cas pourraient se multiplier avec le retour de la saison froide, avance la vétérinaire Marie-Christine Frenette. « Mais avec l’arrivée du vaccin, juste avant la saison hivernale, on espère que ça va diminuer la pression dans les élevages pour qu’on puisse mieux contrôler le virus », dit-elle. 

Le métapneumovirus aviaire peut se manifester par le gonflement des sinus.
Le métapneumovirus aviaire peut se manifester par le gonflement des sinus.

Détail important : aucun vaccin n’a, pour l’heure, été homologué au Canada. Depuis l’été dernier, il est toutefois possible pour un vétérinaire de déposer une demande à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) pour avoir accès, en cas d’urgence, à un vaccin utilisé en Europe. 

Le virus, qui a atteint un stade endémique, est actif aux États-Unis depuis environ deux ans. Il est présent en Europe depuis plusieurs années.  

Mme Frenette, à l’emploi des Services vétérinaires Triple V, à Acton Vale, en Montérégie, affirme avoir récemment eu recours au vaccin, le virus s’étant répandu dans certains des élevages de dindons où elle pratique. « On commence tout juste (à l’utiliser) », dit-elle. 

Ghislain Hébert
Ghislain Hébert

Des cas ont entre autres été répertoriés dans les régions de la Montérégie et de la Beauce. Le métapneumovirus aviaire, qui ne se transmet pas à l’humain, est aussi présent en Ontario et au Manitoba. Comme il s’agit d’une maladie à déclaration obligatoire au Canada, les cas doivent être rapportés à l’ACIA. 

« Tout le secteur est en mouvement pour contenir l’infection, relève le chargé de projets à l’Équipe québécoise de contrôle des maladies avicoles (EQCMA), Ghislain Hébert. Mais ce n’est pas le même genre de virus que l’influenza aviaire. Le souci est un peu moins grand. »

Prévention

Afin d’informer les éleveurs sur cette nouvelle réalité, la vétérinaire Marie-Christine Frenette présentera d’ailleurs une conférence sur ce nouveau virus le 19 novembre prochain, dans le cadre du Rendez-vous avicole AQINAC.  « J’ai fait une première conférence sur le sujet en mars, dit-elle. J’ai demandé aux gens : “qui connaît ce virus?”. Une seule personne a levé la main. Si je pose la question à la prochaine rencontre, je m’attends à ce qu’il y ait plus de mains levées. »

Il n’existe pas de traitement à proprement parler pour le métapneumovirus. Par contre, comme il peut mener à des infections bactériennes secondaires de type E. coli, la prise d’antibiotiques peut être nécessaire pour limiter les impacts, voire les mortalités. Dans les circonstances, il est primordial de veiller au respect des normes de biosécurité et de signaler rapidement tous signes cliniques inhabituels pour favoriser une détection rapide de la présence du virus, souligne ­Ghislain Hébert.

Marie-Christine Frenette
Marie-Christine Frenette

Les conditions d’élevage sont hyper importantes, considérant que c’est un virus respiratoire, ajoute Mme Frenette. Les coups de froid, la ventilation, l’humidité peuvent faire en sorte qu’il y a plus ou moins de surinfections.

Marie-Christine Frenette

Étude en cours

Selon M. Hébert, une étude de prévalence a par ailleurs été initiée au début de l’année 2025 par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), en collaboration avec l’EQCMA, pour évaluer la prévalence du virus chez les poules de reproduction des poulets de chair.  

Des prélèvements ont été réalisés sur le territoire québécois au cours du printemps et de l’été. « Le but de cette étude est de documenter la présence du virus au Québec pour soutenir l’effort d’homologation des vaccins », explique le représentant de l’EQCMA.

Selon lui, les résultats devraient pouvoir être partagés au cours des prochains mois.  

Signes à surveiller

Comme il s’agit d’un virus respiratoire, le métapneumovirus aviaire, également connu sous les noms de « syndrome infectieux du gonflement de la tête » ou « rhinotrachéite de la dinde », se manifeste au départ par une faible toux, des éternuements, voire un ­écoulement nasal, relève la vétérinaire Marie-Christine Frenette.

Les dindes peuvent également avoir les sinus gonflés, relève-t-elle. « C’est un signe assez rare dans la plupart des maladies qui peuvent affecter les dindons, dit la vétérinaire. C’est donc assez représentatif. Quand on voit ça, on peut appeler l’intervenant. »

La diminution de production d’œufs, autant dans la dinde que la volaille, peut être un autre signe à surveiller, selon le chargé de projets à l’Équipe québécoise de contrôle des maladies avicoles, Ghislain Hébert.

Selon ce dernier, il arrive que le virus soit présent, sans qu’il se manifeste par des signes cliniques. Cela peut compliquer le contrôle de la maladie. Marie-Christine Frenette affirme toutefois ne pas avoir observé, à ce jour, de tels cas du côté des élevages de dindons.