Si le stress est mauvais pour les humains, il l’est tout autant pour les bovins laitiers particulièrement pour les vaches en transition. Pour accroître les chances de maintenir les bovins laitiers en bonne santé, la réduction des risques de stress est essentielle. Photo : Pierre Saint-Yves
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Nombreux sont les producteurs laitiers qui jonglent encore avec la question à savoir quel est le meilleur moment pour envoyer une vache à la réforme. Le vétérinaire et chercheur Stephen LeBlanc pose ainsi la question : faut-il miser sur la longévité ou sur le bien-être d’un animal? Le directeur au Centre for Dairy Research & Innovation de l’Université de Guelph, en Ontario, a abordé la délicate question devant l’assistance au dernier Rendez-vous laitier de l’AQINAC.
« Le remplacement d’une vache demeure une question économique, a-t-il rappelé. Ce qui met fin à la carrière d’une vache, c’est qu’elle soit non féconde, qu’elle ait une faible production ou qu’elle souffre d’un ou plusieurs problèmes chroniques de santé. »
La décision d’envoyer un bovin laitier à la réforme est aussi conditionnée par l’offre de remplacement, parce que dans un contexte où l’offre est abondante, c’est-à-dire lorsqu’il y a de nombreux animaux disponibles sur le marché, le remplacement sera moins onéreux.
On ne devrait pas chercher à augmenter la longévité du troupeau si on ne réussit pas à maîtriser les problèmes de santé des animaux, entre autres pendant la période de transition. Une vache devrait être réformée lorsque sa future rentabilité cumulative devient inférieure à un remplacement disponible.
Pour garder un animal en santé, il est impératif de faire de la prévention et de prodiguer rapidement des soins, dès l’apparition des symptômes, à plus forte raison pour des problèmes pouvant facilement être traités : métrite, boiterie non sévère, certains premiers cas de mammite, écoulement purulent, etc.
Par contre, d’autres problèmes peuvent difficilement être traités; mammite et boiterie chronique, paratuberculose, leucose, endométrite, des pathologies qui mènent à envisager l’option de l’envoi à la réforme.
Pathologies et gestation
La période de transition reste un moment critique alors que les problèmes de santé chez la vache sont fréquents. Le conférencier a mentionné que selon une étude californienne effectuée dans de très grandes fermes, seulement 56 % des vaches ont franchi la transition sans un problème de santé. « Ce n’est pas fameux, dit-il, et ce n’est pas différent ici au Canada, en Ontario ou au Québec. »
Il y a cependant une bonne nouvelle; lorsque les vaches sont maintenues en bonne santé en début de lactation, leur fertilité est quand même bonne. Le taux de réussite à la première saillie était de 51 %.
« On ne devrait pas miser sur la longévité d’un animal parce qu’on craint la période de transition et qu’on la fait vêler le moins possible au cours de sa vie, parce que là, c’est la rentabilité qui est affectée. », ajoute M. LeBlanc.
Combattre le stress
Si le stress est mauvais pour les humains, il l’est tout autant pour les bovins laitiers particulièrement pour les vaches en transition, a rappelé le professeur Trevor DeVries de l’Université de Guelph, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le comportement et le bien-être des bovins laitiers.
Pour accroître les chances de maintenir les bovins laitiers en bonne santé, la réduction des risques de stress est essentielle.
« La vache affectée par le stress est vulnérable à la maladie. Son système immunitaire peut être affecté tout comme son alimentation et par conséquent, sa production de lait », a indiqué le conférencier, rappelant que de nombreuses études démontrent les liens entre le stress, les problèmes de santé et les risques de mortalité.
Il cite notamment des recherches qui font état d’un lien entre le temps de repos de la vache, idéalement de cinq à six heures par jour, et le temps mis à ruminer qui affecte sa consommation de matières sèches et par conséquent, sa production de lait.
Cet ennemi à maîtriser
Le professeur DeVries a présenté une liste, non exhaustive, des facteurs de stress chez les vaches laitières particulièrement en période de transition. Les principaux facteurs sont les changements de ration, les déplacements ou les regroupements, le surpeuplement et la chaleur. Pour chacun de ces facteurs, il propose des mesures, souvent simples, pour les atténuer, voire les combattre.
Premièrement, repousser régulièrement les aliments et réduire la durée de temps sans aliment comptent parmi les mesures de base.
Il suggère également d’éviter les changements de ration, que ce soit sur le plan de leur présentation physique ou de leur contenu. Sur les recommandations d’un nutritionniste, des additifs alimentaires faciliteront la stabilisation du rumen.
Le chercheur rappelle aussi que les déplacements des vaches en transition et leur installation dans un nouvel espace peuvent s’avérer une source de stress. Il cite des recherches qui prouvent que regrouper les vaches lors de déplacements permet de réduire le stress et d’optimiser leur comportement.

Si l’espace le permet, il préconise de séparer les vaches en première lactation des vaches matures. Si cette séparation est impossible, il faudrait au moins que les animaux disposent d’espace suffisant à leur bien-être, car le surpeuplement en étable peut affecter le comportement des animaux, allant même jusqu’à entraîner une réduction de l’alimentation chez la vache en transition.
Pour l’aménagement des lieux, le conférencier soutient que les vaches devraient disposer de l’équivalent de 120 pi2 et de 150 pi2 pour le vêlage.
Fournir un environnement confortable en optimisant la gestion des logettes, et, pour réduire les stress thermiques, s’assurer de rafraîchir les animaux et constamment vérifier la disponibilité de l’eau.
Ainsi placée dans de bonnes conditions, rappelle le chercheur, la vache a besoin de quiétude pour se concentrer sur son alimentation. Car si la vache est stressée, elle mettra plus d’énergie à gérer la situation et elle risque de réduire la rumination et de moins bien s’alimenter, ce qui entraînera une réduction du rumen, affectant ainsi la production de lait.
Mathieu Pelletier et Marie-Edith Robitaille ont eu la confirmation que leurs efforts dans la gestion de leur troupeau laitier étaient bien orientés. Photo : Pierre Saint-Yves
Des efforts dans le bon sens
En écoutant les propos des conférenciers au Rendez-vous laitier, les jeunes producteurs laitiers Marie-Édith Robitaille et Mathieu Pelletier ont eu la confirmation que leurs efforts étaient orientés dans les bonnes directions.
Le couple pense qu’il réussit assez bien à garder productives et en santé la soixantaine de vaches du troupeau sur leur petite ferme de Saint-Malo, en Estrie. Les deux propriétaires de la Ferme Laitféfilles reconnaissent que c’est une préoccupation de tous les instants, comme le soulignait Stephen LeBlanc dans sa conférence à laquelle ils ont assisté.
« Ce n’est pas juste une chose, c’est tout un ensemble », indique Mathieu Pelletier. « Ça part du champ avec des fourrages d’excellente qualité, et ça inclut aussi le confort des animaux et le travail de toute l’équipe qui nous suit comme les vétérinaires et les nutritionnistes. On ne doit rien manquer. Il faut vraiment être à l’écoute des animaux, ne pas manquer un détail et pour ça, il faut beaucoup de rigueur. »
Signe que leurs efforts sont récompensés, leur taux de remplacement annuel est inférieur à 2 %, avec une production moyenne de 40 kilos par jour. « On les garde longtemps et en santé parce qu’il ne faut pas qu’elles nous coûtent plus cher que de la remplacer », explique pour sa part Marie-Edith Robitaille « Ce que dit le conférencier confirme que nous appliquons les bonnes méthodes. »
Elle confirme aussi que la décision de remplacer une vache est basée sur des considérations économiques. « On calcule tout », dit-elle. « Lorsqu’on prend la décision de remplacer une vache, c’est appuyé par des chiffres. On a beau les aimer, les chouchouter, il faut qu’elles soient productives. »