Recherche 6 juin 2025

Le foin comme remède aux sols épuisés

Au Québec, les terres cultivées s’épuisent à force d’être toujours utilisées de la même façon. Pour freiner la compaction, l’érosion et la perte de fertilité, des chercheurs ont voulu tester une solution d’agriculture durable simple : faire pousser du foin pendant quelques années entre deux cultures de maïs ou de soya. 

Résultat : les prairies ont permis aux sols de mieux respirer, de se régénérer… et même de redevenir rentables. Au total, douze fermes ont pris part à cette expérience. Chaque producteur devait aménager une prairie de foin commercial, cultivée pendant trois ans, sur un premier champ d’au moins dix hectares. 

Un second champ de superficie équivalente, géré selon les pratiques agricoles habituelles avec des cultures annuelles en rotation, servait de champ témoin pour comparer les effets.

Aspects agronomiques

« Le foin, c’est une culture pérenne qui offre des avantages pour le sol. Pendant trois ans, il n’y a plus de travail de sol intensif, il n’y a que le passage de la machinerie pour la fauche de foin et la mise en balles. Pendant ces trois ans, le sol est cultivé avec des familles de plantes différentes des cultures annuelles et la rotation longue réduit les agents pathogènes des systèmes de grandes cultures », explique Richard Hogue, l’un des experts associés au projet. De plus, dit-il, la production de foin commercial peut être une production intéressante sur le plan pécuniaire. L’impact économique était donc un facteur important.

Les résultats, bien qu’inégaux d’une ferme à l’autre, sont globalement encourageants. Sur les terres les plus fragiles, l’introduction du foin a permis une amélioration de la structure du sol, une augmentation de la biomasse microbienne bénéfique, et une meilleure stabilité des agrégats.

On a vu que même dans des systèmes qui utilisent déjà le semis direct ou les engrais organiques, le foin peut encore bonifier la qualité du sol, surtout dans l’horizon de surface.

Richard Hogue

Volet économique

Sur le plan économique, les résultats dépendent fortement de la réussite de l’implantation et de la mise en marché du foin. Certaines fermes ont vendu le foin sur pied à des voisins éleveurs, d’autres ont conditionné le produit en balles. La première année de prairie s’est avérée critique : un semis raté ou une mauvaise levée ouvrait la porte aux mauvaises herbes, compromettant la suite. « La production de foin commercial nécessite un savoir-faire qu’il faut développer. C’est un grand atout d’être bien secondé », rappelle M. Hogue.

Au-delà des données, le projet a permis de tester une dynamique peu courante : celle d’un partage du sol entre deux producteurs aux intérêts différents – l’un misant sur la culture à court terme, l’autre sur la remise en état du terrain. Ce modèle de collaboration pourrait ouvrir la voie à de nouvelles façons de concilier rentabilité et agroécologie.

Pour en savoir plus, des fiches techniques et des capsules vidéo sont en préparation chez Agrinova. 

Les résultats complets du projet devraient inspirer d’autres régions à envisager le foin commercial non seulement comme un véritable outil de régénération du sol, mais comme une source de diversification économique.