Pendant trois ans, entre 2020 et 2022, l’équipe de Carl Boivin a observé l’effet du manque d’eau sur des champs de luzerne à travers le Québec. Le but ? Mieux comprendre ce que l’irrigation apporte vraiment et dans quelles conditions elle vaut la peine. Photo : Gracieuseté de l’IRDA
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S'abonner maintenantL’irrigation des plantes fourragères est une question qui demande beaucoup de nuances. Irriguer permet d’éviter certaines pertes, mais c’est rarement la solution la plus rentable. Voilà ce que révèle une étude menée par l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), sous la direction du chercheur Carl Boivin.
Pendant trois ans, entre 2020 et 2022, son équipe a observé l’effet du manque d’eau sur des champs de luzerne à travers le Québec. Le but ? Mieux comprendre ce que l’irrigation apporte vraiment et dans quelles conditions elle vaut la peine. « Agronomiquement, ça a du sens d’irriguer. Mais économiquement, c’est rarement gagnant », résume M. Boivin.
Oui, l’irrigation aide… mais pas à tout prix

Les essais ont été réalisés sur un champ principal à l’île d’Orléans, puis dans dix autres fermes un peu partout dans la province. Les chercheurs ont testé trois méthodes : irriguer régulièrement dès que le sol devient trop sec, irriguer seulement une fois après une coupe si le sol s’assèche suffisamment, ou ne pas irriguer du tout. Le mélange semé était composé à 90 % de luzerne et à 10 % de mil.
Les résultats montrent qu’arroser ses prairies peut vraiment aider à accroître les rendements. En 2020, les parcelles arrosées ont produit 20 % de fourrage en plus que celles laissées à sec. En 2021, il y avait encore des gains, mais un peu moindres : 9 % de plus pour la deuxième coupe, 5 % pour la troisième. Le stress hydrique réduit les rendements de façon considérable.
Cela dit, irriguer ne rend pas le foin meilleur. Il ne contient pas plus de protéines ni plus d’énergie. Il y en a simplement plus. En revanche, dans certaines situations, notamment en période de grande chaleur ou de sécheresse prolongée, l’irrigation peut quand même aider à conserver une meilleure qualité, en maintenant la plante en croissance plus longtemps.
L’irrigation, ce n’est pas un moyen de produire plus à tout prix, mais plutôt une façon d’éviter les mauvaises surprises quand il manque d’eau. Au Québec, ce n’est pas toujours le manque d’eau qui peut causer des problèmes, il y a aussi l’excès.
Est-ce que ça vaut le coup ?
Même si les rendements sont améliorés, reste à savoir si l’investissement est justifié. Car pour irriguer, il faut de l’équipement, du temps et une bonne source d’eau. Est-ce que ça rapporte assez pour couvrir tout ça ? Rarement, selon le chercheur.
L’équipe de Carl Boivin a comparé plusieurs solutions : irriguer, acheter plus de terres, acheter du foin ou s’inscrire à l’assurance récolte. Pour une perte de rendement de 10 % ou moins, acheter des terres reste plus intéressant — mais encore faut-il en trouver, et avoir les moyens.
Quand les pertes montent à 25 %, l’assurance récolte devient plus avantageuse, car elle couvre aussi d’autres risques, comme le gel ou les problèmes au moment de récolter. Ce n’est qu’à partir de 50 % de pertes que l’irrigation commence à être plus intéressante… à condition d’avoir un bon système déjà en place.
Un outil pour aider à décider
L’objectif d’une telle étude, selon M. Boivin, est d’aider le producteur à prendre la meilleure décision possible. Pour ce faire, l’IRDA a conçu une charte qui aide les producteurs à évaluer leur risque de stress hydrique. En fonction de leur type de sol, du nombre de coupes prévues et de la profondeur des racines, ils peuvent estimer s’il vaut la peine d’investir dans un système d’irrigation ou non.
En résumé, irriguer s’avère agronomiquement utile, mais ce n’est pas toujours la meilleure solution. « Il faut le faire au bon moment, pour les bonnes raisons, et en fonction de sa réalité », conclut Carl Boivin.