André Rensonnet a décidé, l’automne dernier, de semer du seigle, entre autres encouragé par le rendement plus élevé des variétés hybrides comparativement au blé d’automne. Photo : Gracieuseté d’André Rensonnet
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S'abonner maintenantAprès l’engouement pour le blé d’automne, nombreux sont les producteurs à s’intéresser au seigle hybride d’automne. En remplaçant une partie du maïs destiné à l’alimentation animale, la céréale pourrait d’ailleurs contribuer à réduire considérablement l’empreinte environnementale de la production porcine, contribuant au passage à améliorer la résilience des sols et, avec un peu de patience, à générer des gains économiques.
« On dirait que je retrouve le sol de mes grands-parents. » La directrice de Terre à table pour le Québec, Yourianne Plante, qui rapporte cette citation de producteurs rencontrés il y a deux ans, a été marquée par la manière dont ils parlaient des effets de l’introduction du seigle sur leurs sols. L’organisation, qui vise à faire des maillages entre des pratiques agricoles plus durables au champ et les acteurs du marché en vue d’une agriculture plus résiliente, cherchait alors à identifier les cultures susceptibles d’atteindre cet objectif.
« Ils voyaient les bénéfices à l’œil nu », s’étonne encore Mme Plante, ajoutant qu’il n’en fallait pas plus pour que son organisation décide de quantifier les bénéfices liés au remplacement d’une partie du maïs destiné à l’alimentation porcine – qui compte pour 50 % de l’empreinte climatique du porc – par cette super céréale.
Et les résultats sont impressionnants : « On parle de 25 % moins de GES et 40 % moins de phosphore par hectare par année qu’une rotation maïs-soya. Elle survit bien à l’hiver, bien au-delà du blé d’automne et encore plus que l’orge d’automne. Ça permet de réduire la fertilisation dans le maïs, l’érosion et la perte de nutriments », énumère la biologiste, analyste et gestionnaire de programme chez Terre à table, Nadine Bachand, qui a réalisé, avec la Chaire de recherche du Canada sur la production de protéines animales durables de l’Université Laval, une analyse de cycle de vie sur la faisabilité de l’intégration de seigle dans les moulées porcines.

Et qu’en est-il de la rentabilité?
L’agroéconomiste de Forest Lavoie Conseil, Philippe Leriche, a pour sa part évalué les perspectives de rentabilité liées à l’introduction du seigle hybride d’automne dans les rotations de maïs-soya. En croisant les données historiques du rendement de chacune des cultures et les prix du marché, il arrive à la conclusion qu’après trois cycles complets, la diversification de la rotation permet d’accroître de 12 % le rendement du maïs-grain et de 10 % celui du soya. C’est ce qu’on appelle l’effet rotation.
« Ça paraît rapide parce qu’on l’a mis sur une période de cycles, dit-il. Mais il faut faire attention parce qu’on parle d’arriver au deuxième cycle, ou au troisième cycle dans certains cas, avant que ça devienne intéressant. Le plus dur, c’est de partir parce qu’il y a des enjeux de liquidités. Il faut faire l’exercice avec ses propres chiffres pour être sûr qu’on est confortable », note-t-il, mentionnant que ces gains prennent aussi en compte la mise en place d’une culture de couverture de légumineuses à la suite de la récolte de seigle – un mélange de pois fourrager, d’avoine et de radis dans le cas à l’étude.
Une cohorte de producteurs en Mauricie…
M. Leriche se réjouit d’ailleurs de voir une cohorte de producteurs de grains démarrer en Mauricie sous l’égide de Terre à table. L’idée est de développer une expertise agronomique, d’offrir de la formation et d’instaurer des liens avec des acheteurs potentiels, comme des meuneries ou des élévateurs à grains, fait valoir Nadine Bachand, surprise de la vitesse à laquelle la quinzaine de places ont trouvé preneurs; signe, selon elle, de l’engouement pour la filière.
Avant même de savoir qu’il y participerait, André Rensonnet a décidé, l’automne dernier, de semer du seigle, entre autres encouragé par le rendement plus élevé des variétés hybrides comparativement au blé d’automne. Pour l’instant, il est satisfait de la survie à l’hiver. « Ici, ceux qui ont du blé d’hiver, il y en a comme la moitié qui est scrap, ils ont dû ressemer beaucoup de trous. Moi, sur la terre que j’ai semée, il est très beau », fait valoir le producteur laitier engagé dans la santé des sols, qui pratique notamment le semis direct depuis plus d’une décennie.
Il voit aussi d’un bon œil l’idée de pouvoir échanger avec ses pairs au sein de la cohorte, un peu comme il le fait dans la chambre de hockey. « On ne réinventera pas la roue, mais des fois, il y a des petites affaires, des changements, des choses qu’il faut faire ou non. On est chacun dans notre bulle, mais quand on se rejoint, la discussion part, ça donne des idées et tu apprends toujours quelque chose », poursuit-il, mentionnant qu’après avoir passé quelques coups de fil auprès de ses voisins, au moins deux acheteurs potentiels ont déjà signifié leur intérêt.
… pour commencer à structurer la filière
La Ferme Gélanis devrait d’ailleurs accueillir les participants à la cohorte au cours de l’été. Son propriétaire, Alain Gélinas, cultive du seigle depuis 2018, mais c’est la première année qu’il sème une variété hybride. Il voyait d’abord cette culture comme une façon de mitiger les risques lors des moins bonnes années dans le blé. Selon lui, l’intérêt est palpable en Mauricie, surtout parce qu’on souhaite structurer les chaînes d’approvisionnement en parallèle.
« Ce qui intéresse beaucoup les gens, c’est de savoir à quoi s’attendre au niveau des revenus que ça va apporter, soutient-il. C’est tout le temps ça. C’est beau de faire des productions intéressantes, mais après ça, il faut que tu sois capable de l’écouler assez facilement pour que ce soit rentable. »
Yourianne Plante concède qu’introduire une nouvelle céréale dans un modèle fortement articulé autour du maïs et du soya constitue un défi. Mais elle croit que de regrouper chaque maillon de la chaîne autour de la même table devrait faciliter les choses.
« Le projet avec Les Éleveurs de porcs, c’est vraiment pour voir comment on peut réduire les risques et faire en sorte qu’avec de nouveaux modèles contractuels, de nouveaux outils, des gabarits de contrats, par exemple, qui favoriseraient la sécurisation des volumes, on peut favoriser la transparence, la prévisibilité des prix pour les producteurs, mais aussi pour les acheteurs qui prennent le risque d’introduire le seigle dans leur chaîne », résume-t-elle, précisant que producteurs, acheteurs de grain, meuneries, et autres transformateurs participent au projet.
Elle mentionne par ailleurs qu’étant donné l’intérêt de nombreux producteurs, notamment dans Chaudière-Appalaches, en Montérégie et dans le Centre-du-Québec, il n’est pas exclu que d’autres cohortes de producteurs puissent démarrer au cours des prochaines années.