La pomme de terre reste très présente sur les tables québécoises, avec un taux de pénétration du marché presque parfait : 98 % des gens en consomment à l’occasion et 85 % en mangent plusieurs fois par mois. Photo : Archives/TCN
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S'abonner maintenantLa pomme de terre est le « plaisir coupable » des Québécois. Elle incarne pour eux autant le plaisir de manger que la peur de prendre du poids. Le combat de ses producteurs : refaire l’image « santé » de leur tubercule préféré.
« On aime la patate au Québec », confirme Audrey Simard, experte du marketing de la firme-conseil Papilles Développement, mandatée par les Producteurs de pommes de terre du Québec (PPTQ) pour mieux comprendre ce que représente ce légume pour le consommateur.
Pour les Québécois, la pomme de terre est associée à la notion de plaisir. Elle soulève carrément les passions. Dès qu’on en parle, les gens se mettent à nommer des plats, puis des souvenirs heureux. Elle représente quelque chose de réconfortant. Or, en cuisine, le plaisir est un acquis très positif.
Les immigrants interrogés ne font pas exception. « Les Maghrébins, les Haïtiens, les Asiatiques du Sud ont des perceptions semblables, alors que les Français apprécient la pomme de terre encore plus que nous », fait remarquer Mme Simard.
Le problème, c’est que ce légume est perçu comme engraissant ou calorifique. Il a été banni de la bonne alimentation ces dernières années, au même titre que le pain, le riz et les pâtes. Il doit aussi rivaliser avec de nouveaux légumes jugés meilleurs pour la santé par les Québécois, comme le fenouil ou le rapini.
« L’époque où l’on mettait des pommes de terre dans notre assiette deux fois par jour est révolue », rappelle la spécialiste, illustrant ce fait par la baisse constante des ventes en épicerie depuis une trentaine d’années.
Autre facteur défavorable : les jeunes consommateurs considèrent la pomme de terre comme difficile à cuisiner.
« Ils manquent d’idées pour en manger », a constaté Mme Simard. « La patate n’est pas comme une tomate cerise qu’il suffit d’avaler. Il faut savoir la préparer, et prendre le temps de le faire. Les jeunes ont besoin de recettes simples et faciles, ainsi que des produits prêts à l’emploi. »
Largement consommée
Malgré ces obstacles, la pomme de terre reste très présente sur les tables québécoises, avec un taux de pénétration du marché presque parfait : 98 % des gens en consomment à l’occasion et 85 % en mangent plusieurs fois par mois. « C’est un score qui frôle les 100 % », souligne Audrey Simard.
Pour espérer en augmenter la consommation, il faut comprendre que le marché se divise actuellement en deux tendances fortes : les variétés traditionnelles (blanche, rouge, jaune) et celles dites de spécialité. Plutôt que de se concurrencer, ces segments s’adressent à des clientèles distinctes.
Les variétés traditionnelles, considérées comme nourrissantes et pratiques, sont surtout prisées par les jeunes hommes qui voient la pomme de terre comme un féculent plutôt qu’un légume. Comme le choix de féculents est plus limité que celui des légumes, la pomme de terre revient fréquemment dans leurs repas.
À l’opposé, les produits de spécialité tendent à plaire aux personnes soucieuses de leur ligne, notamment les femmes, qui considèrent alors la pomme de terre davantage comme un légume. « Cette perception avantageuse peut être un levier intéressant pour reconquérir ces clientèles », croit Mme Simard.
Légume santé
La mauvaise réputation de la pomme de terre demeure un obstacle de taille, observe Audrey Simard : « L’idée de devoir arrêter les patates pour perdre du poids est très ancrée dans l’esprit des gens. C’est notre gros cheval de bataille. » Les bienfaits nutritionnels de la pomme de terre sont souvent méconnus, déplore-t-elle. « La pomme de terre en elle-même n’est pas engraissante. C’est le beurre ou la crème qu’on y ajoute qui provoque l’embonpoint », dit Mme Simard, sans se prétendre nutritionniste. « Il y a moyen de proposer des recettes pleines de couleurs et plus légères pour défaire les mythes. »
Ces recettes peuvent suivre le rythme du calendrier, puisque la pomme de terre fait fi des saisons. « On la sert en gratin en hiver et sur les barbecues en été. Il y a moyen de la placer partout dans l’année », fait valoir la consultante.
Bonne en soi
L’enquête confirme les soupçons de la PPTQ. « Nous ne sommes pas parvenus encore à faire passer un message positif sur la composition santé de la pomme de terre », constate Jennifer Gagné, directrice générale par intérim et coordonnatrice de la mise en marché.
Pour renverser la vapeur, la PPTQ entend intensifier sa campagne sur les réseaux sociaux, amorcée il y a deux ans. Elle compte aussi commanditer des événements sportifs « pour faire comprendre aux gens que la pomme de terre est bonne en soi », conclut Mme Gagné.