L’assemblée était divisée sur la façon d’écouler les pommes, ce qui a mené à de longs échanges lors de l’étude des résolutions. À quelques reprises, il a fallu compter les votes, avant que des résolutions soient rejetées de justesse. Photos : Caroline Morneau/TCN
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S'abonner maintenantOTTERBURN PARK – Le contexte de difficulté à écouler les pommes, ces dernières années, sur fond de conflit avec les emballeurs a été au cœur des échanges de l’assemblée générale annuelle des Producteurs de pommes du Québec (PPQ), tenue à Otterburn Park, en Montérégie, le 28 janvier.
« On sait qu’on est en crise, dans les pommes. […] Maintenant, comment on tourne la page après trois ans [de conflit]? » a notamment questionné un pomiculteur de Saint-Paul-d’Abbotsford, Dean Thomson. « C’est quoi, le chemin pour avancer ? »
Au terme de trois ans de démarches de conciliation et d’arbitrage, la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec a finalement décidé de rédiger elle-même, en grande partie, la convention de mise en marché qui lie les producteurs et les emballeurs de pommes, devant l’incapacité des deux parties à s’entendre pour son renouvellement.

Depuis le 8 janvier, les producteurs et les emballeurs ont donc une nouvelle convention sur laquelle s’appuyer pour les deux prochaines années, mais ils doivent encore s’entendre sur la façon de revoir certains paramètres visant à écouler les surplus de pommes. En ce qui a trait par exemple à un système de promotion ciblée, la Régie ne donne que des orientations sur de potentiels changements à apporter, obligeant les deux parties à se rencontrer pour déterminer comment procéder.
« La première étape sera de rétablir les liens [avec les emballeurs], de commencer à se parler », a répondu le président des PPQ, Éric Rochon, spécifiant que les deux parties ont d’ailleurs prévu se rencontrer en comité de gestion, le 24 février, pour la première fois en deux ans.

Des pommes de 2023 et 2024 sur les étals en même temps
En assemblée, plusieurs producteurs ont signalé au micro l’urgence d’établir une stratégie, en collaboration avec les emballeurs, pour mieux écouler les fruits.
Selon une estimation préliminaire des PPQ, entre 6,2 millions et 6,5 millions de pommes ont été récoltées au Québec en 2024, soit une année d’abondance qualifiée d’historique.
Ce beau problème a toutefois engendré des difficultés à tout vendre sur les marchés payants, surtout qu’il restait encore beaucoup de pommes de la saison 2023 dans les épiceries, l’automne dernier, alors que la saison 2024 commençait. Des pommes de même variété, de deux saisons différentes, se sont parfois retrouvées sur les étals en même temps.
« Ce qui s’est passé l’année passée, ce n’est pas normal », a fait valoir François Turcotte, producteur à l’île d’Orléans. « Il y a des consommateurs qui se sont trouvés à acheter des pommes [de 2023] et qui m’ont dit qu’ils n’en achèteraient plus parce qu’elles ne sont pas bonnes, qu’elles sont molles. » Ce dernier estime qu’une telle situation nuit à la réputation de qualité des pommes du Québec.
On demande d’établir une stratégie sectorielle. Comment on peut faire pour qu’une telle situation [de surplus de pommes qui se croisent sur les étals] ne se reproduise pas?
Dates limites de commercialisation annuelles
Une résolution proposant l’instauration de dates limites de commercialisation annuelles, en guise de potentielle solution, a d’ailleurs été débattue longuement, avant d’être rejetée à la majorité. Certains étaient en faveur; d’autres, non. Plusieurs aussi ne se disaient pas contre, mais n’étaient pas prêts à se prononcer sur la question pour l’instant.

« Avec notre comité de prix, on les suit, les stocks de pommes. On voit venir les surplus. Gérons-les donc comme il faut, dans le moment, avant de créer un autre système », a notamment fait valoir Pierre Jodoin, pomiculteur à Saint-Jean-Baptiste, en Montérégie, avant de mentionner qu’il voterait contre.
Une autre résolution proposant de suspendre la contribution des producteurs à un fonds permettant l’application du mécanisme de promotion ciblée et d’envisager d’autres façons d’utiliser l’argent perçu a aussi suscité des points de vue divergents. Il a fallu compter les votes, avant que la résolution soit rejetée à la majorité.
« On voit qu’il y a des visions un peu différentes aujourd’hui. Nous, les emballeurs, on a la vision production, mais on a aussi la vision de marché », a commenté, en entrevue avec La Terre, Pierre Jodoin, qui est aussi président de l’Association des emballeurs de pommes du Québec. Son organisation est motivée à reprendre le dialogue avec les producteurs, dit-il, bien qu’il sera ardu pour les deux parties de s’entendre, selon lui.
La notoriété de Pommes Qualité Québec décline
Les résultats d’un sondage Léger, effectué chaque année auprès d’environ 1 000 répondants, indiquent que la notoriété de la marque Pommes Qualité Québec est en déclin depuis huit ans. Une présentation des données, durant l’assemblée, montre que 50 % des consommateurs sondés disaient connaître la marque en 2016, alors qu’en 2024, la statistique était de 38 %. Les ventes, de leur côté, sont plutôt stagnantes ces dernières années, malgré des efforts promotionnels déployés, notamment pour que les jeunes choisissent la pomme du Québec.
Alliance avec les emballeurs?
Dans ce contexte, le président des PPQ, Éric Rochon, croit que les producteurs et les emballeurs auraient avantage à s’associer financièrement, comme ils le faisaient il y a des années, pour promouvoir la pomme du Québec. D’ailleurs, la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec recommande cette idée, dans sa décision.
« Pourquoi faudrait-il payer chacun de notre côté des firmes de promotion et de marketing? Pourquoi on ne se regroupe pas comme autrefois, ensemble ? Notre porte est ouverte », a suggéré M. Rochon, dans son discours.