Maraîchers 1 août 2025

À la guerre pour protéger son maïs sucré

Cette période de l’année est critique à la ferme Les Récoltes Hervieux, dans Lanaudière, où les champs sont constamment envahis d’oiseaux affamés qui viennent dévorer le précieux maïs sucré. À bord de sa récente invention, un véhicule tout-terrain équipé d’un bruyant canon au propane, le copropriétaire Mario Hervieux consacre une grande partie de son temps à les faire déguerpir.

« Aujourd’hui, c’est la grosse guerre. C’est vraiment intense. J’ai passé la journée sur mon VTT. Je me promène dans les champs et je fais peur aux oiseaux en les surprenant. Il faut que j’y aille toutes les heures. Des fois, j’arrive et ils sont entre 500 et 1 000 à s’envoler d’un coup », a raconté le maraîcher de L’Assomption, le 28 juillet. 

De la mi-juillet à la mi-août, les champs où il cultive ses variétés plus hâtives sont les seuls du coin dont les épis sont à maturité et donc appétissants pour les oiseaux. Ses voisins, explique-t-il, cultivent plutôt le maïs-grain, qui arrive à maturité plus tard. 

« [Les oiseaux] viennent tous manger mon maïs. Quand le maïs-grain va arriver, dans deux semaines, ça va se calmer, parce que les oiseaux vont aussi aller ailleurs, mais en attendant, on doit constamment protéger nos champs », ajoute le producteur, qui cultive 50 hectares de maïs sucré. 

Équipé d’un tank 

Mario Hervieux

Mario Hervieux calcule que les oiseaux, qui adorent s’arrêter dans ses champs pour manger avant de se rendre à la rivière L’Assomption, située à proximité, lui coûtent environ 50 000 $ par année en épis de maïs picossés, qu’il ne peut pas vendre, ainsi qu’en équipement et en organisation pour les effaroucher.

Son fils, Tommy, explique que l’idée de munir un véhicule côte à côte d’un canon au propane pour les faire fuir vise d’ailleurs à réduire l’utilisation du fusil à plomb, qui coûte cher en balles. Il compare avec amusement l’invention de son père à un « tank pour aller à la guerre ».

« Une bonbonne de propane coûte 20 $ et tire 3 000 coups, donc c’est certain qu’on économise en balles. À l’intérieur du côte à côte, il y a une manette qui permet d’activer le canon qui se trouve dans la boîte. On peut se promener avec ça et le déclencher sans devoir sortir du véhicule », détaille-t-il, précisant que le canon émet un bruit retentissant, efficace pour faire fuir les oiseaux sans les tuer. Le fusil à plomb, de son côté, est encore utilisé à certains moments stratégiques.

On veut en tuer le moins possible, mais des fois, on n’a pas le choix d’y aller aussi avec le fusil à plomb, qui en tue quelques-uns, parce que les oiseaux sont intelligents. S’ils se rendent compte qu’on fait du bruit et que ça ne fait pas mal, ils ont moins peur et arrêtent de s’enfuir.

Tommy Hervieux

Parce qu’ils ne pourraient pas faire tout le travail seuls, en pleine période des récoltes, les producteurs se sont aussi entendus avec des chasseurs qui viennent les aider à effaroucher les oiseaux durant ce mois névralgique. En échange, les agriculteurs leur donnent accès à leurs terres, à l’automne, pour chasser les outardes.