Ottawa demande une enquête sur les importations de légumes en conserve

Le gouvernement fédéral a demandé au Tribunal canadien du commerce extérieur de mener une enquête sur l’augmentation observée des importations mondiales de légumes surgelés et de conserves. L’instance devra déterminer si ces produits « causent ou menacent de causer un dommage grave » aux producteurs et aux transformateurs locaux.

« Si le Tribunal conclut que des mesures de sauvegarde sont justifiées, le gouvernement prendra des mesures appropriées, conformément aux règles du commerce international. Notre priorité demeure d’avoir une approche équilibrée qui soutient les producteurs au pays tout en tenant compte de la sécurité alimentaire et de l’abordabilité des aliments pour les consommateurs », a déclaré le ministre des Finances et du Revenu national, François-Philippe Champagne. 

Lors de l’assemblée générale annuelle des Producteurs de légumes de transformation du Québec, tenue en décembre, le président-directeur général de Nortera, Hugo Boisvert, a affirmé que des entreprises de la Thaïlande, de la Chine et d’Égypte, qui exportent normalement leurs légumes aux États-Unis, se sont tournées vers le Canada, cet automne, pour éviter les tarifs douaniers américains. Le transformateur québécois de légumes surgelés et de conserves a raconté comment la concurrence des produits importés, détournés ici et vendus à faible prix, minait la compétitivité de la filière canadienne. 

En août dernier, La Presse révélait notamment que le détaillant Loblaw avait choisi un fournisseur asiatique pour son maïs en conserve de marque maison, en pleine saison des récoltes au Québec, jugeant que le transformateur local, Nortera, n’offrait pas un prix concurrentiel. 

Après avoir été interpellé sur l’enjeu des hausses d’importations par l’Association canadienne des producteurs et transformateurs de légumes, le gouvernement fédéral a demandé une enquête, le 13 mars, précisant que le Tribunal disposait de 180 jours pour rendre son verdict et pour recommander au gouvernement des mesures appropriées.

« Le gouvernement doit s’assurer que les industries canadiennes ne sont pas mises en péril par des détournements nuisibles des courants commerciaux découlant de l’évolution rapide de l’environnement commercial », a ajouté M. Champagne. 

De son côté, l’Association canadienne des producteurs et transformateurs de légumes a salué cette « première étape importante », dans un contexte où « le secteur canadien des légumes surgelés et en conserve fait face à une hausse soudaine des importations à bas prix qui perturbent le marché canadien ». Cette situation justifie, selon elle, l’instauration de « mesures de sauvegarde temporaires » qui permettraient de « rétablir une concurrence équitable ».  

La restructuration se poursuit

Après sa décision de fermer son usine de Saint-Césaire, en Montérégie, pour transférer les activités dans ses installations de Saint-Denis-sur-Richelieu, qui seront modernisées, Nortera poursuit sa restructuration. Le transformateur de légumes surgelés et en conserve, qui possède 12 usines en Amérique du Nord, a annoncé qu’il fermera ses installations de Lethbridge, en Alberta, en juin 2026. Cette décision a été prise par l’entreprise « afin d’améliorer sa compétitivité à long terme dans un marché de plus en plus mis au défi par les importations internationales ». De façon plus large, elle dit vouloir « simplifier » ses opérations. Au cours des prochains mois, les volumes de production et certains équipements de l’usine de Lethbridge seront transférés vers d’autres usines de produits surgelés que possède Nortera.

Les producteurs acceptent des baisses de prix

Dans un contexte où Nortera rencontre des défis de compétitivité résultant de la concurrence féroce des importations, les producteurs de pois, de haricots et de maïs sucré québécois, qui approvisionnent le transformateur, ont accepté un statu quo ou de légères baisses de prix pour leurs produits, en 2026.

« On veut soutenir la compétitivité de la filière et sa survie », a expliqué la directrice générale des Producteurs de légumes de transformation du Québec (PLTQ), Mélanie Noël. « Nortera se retrouve dans une situation difficile; ils nous demandent de les aider, de les supporter. C’est une question de survie de la filière », ajoute-t-elle.

La convention de mise en marché de 2026, qui lie les PLTQ et leur acheteur, prévoit un statu quo sur les prix des différentes variétés de haricots, une baisse moyenne de 4,5 % pour les pois et une diminution moyenne de 2 % pour le maïs sucré.