Des produits de la Thaïlande, de la Chine et d’Égypte exportés au Canada pour éviter les tarifs américains ont fait mal à Nortera, cet automne, en faisant concurrence à ses produits. Le transformateur canadien est notamment derrière le maïs en conserve de marque Géant Vert. Photos : Caroline Morneau/TCN
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S'abonner maintenantPour éviter les tarifs douaniers américains, des entreprises de la Thaïlande, de la Chine et d’Égypte qui exportent normalement leurs légumes aux États-Unis se sont tournées vers le Canada, cet automne, pour écouler leurs produits à faible prix, faisant concurrence au transformateur local Nortera. C’est ce qu’a raconté son président-directeur général, Hugo Boisvert, lors de l’assemblée générale annuelle des Producteurs de légumes de transformation du Québec, le 11 novembre.
« On a commencé à avoir des appels de certains de nos clients qui nous disaient : ‘‘Hey, comment ça se fait que je peux avoir du maïs de la Thaïlande à 30 % moins cher. Nortera, êtes-vous capables de matcher le prix?’’ », a-t-il relaté. Des droits de douane variant entre 50 et 70 % s’appliquent pour faire entrer aux États-Unis des légumes issus de ces pays, a-t-il précisé, contrairement à ceux du Canada, qui sont exemptés de tarifs en vertu de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique.

« Lorsque les États-Unis ont mis une espèce de mur autour d’eux, tous ces pays-là, qui vendaient leur maïs, leur haricot, leurs produits aux États-Unis, devaient trouver un débouché. […] Et là, ils voient le pays qui est juste à côté, qui s’appelle le Canada, où il y a très peu de tarifs; entre 0 et 10 %. […] Donc, tout d’un coup, des gens de l’international ont commencé à appeler nos clients au Canada en disant ‘‘je vends du brocoli de Chine’’ ou ‘‘je vends du maïs de Thaïlande’’ à des prix qui étaient inférieurs, et de loin, à nous », a-t-il déploré.
En août dernier, La Presse a révélé que le détaillant Loblaw avait choisi un fournisseur asiatique pour son maïs en conserve de marque maison, en pleine saison des récoltes au Québec, jugeant que le transformateur local, Nortera, n’offrait pas un prix concurrentiel.
Sans revenir sur ce cas précis, que Nortera n’a jamais souhaité commenter, Hugo Boisvert a admis que la concurrence d’entreprises thaïlandaises, chinoises et égyptiennes avait fait perdre « un petit peu de volumes » à son entreprise, en assurant néanmoins qu’il n’y a pas « mort d’homme ».
Un soutien gouvernemental attendu
Dans ce contexte, M. Boisvert a affirmé que Nortera est « extrêmement actif » auprès du gouvernement fédéral pour lui faire comprendre la nécessité de « protéger notre agriculture et notre production locale ». Il a précisé avoir eu des échanges avec le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, et le ministre du Revenu national du Canada, François-Philippe Champagne. Sans donner de détails, il a laissé entendre que de « bonnes solutions » de la part du gouvernement sont attendues.
« On les pousse le plus possible pour essayer d’avoir une réponse d’ici le mois de février-mars », a-t-il soutenu, optimiste d’obtenir « une sorte de support, de protection ».
Pas de diminution des superficies prévue au Québec
Rappelant que les superficies de légumes cultivés au Québec pour les usines de Nortera ont beaucoup diminué depuis la période « pré-COVID » et qu’une grande partie est destinée au marché américain, un producteur de Coteau-du-Lac, en Montérégie, Marc-André Isabelle, a demandé au président-directeur général de Nortera comment l’entreprise entrevoit le futur de la production québécoise. Hugo Boisvert a répondu qu’il est prévu de « garder les mêmes volumes, en fonction de la demande dans le marché » pour alimenter les trois usines qu’il restera au Québec, après le transfert des activités de Saint-Césaire vers Saint-Denis-sur-Richelieu. « Ce qu’on voit, si on parle de l’Amérique du Nord, en général, que ce soit pour les légumes surgelés ou en conserve, c’est une industrie qui est en croissance légère, qui tend à suivre un peu les courbes de natalité. L’accroissement de la population est autour du +1, +2 %, donc […] en général, on s’attend à continuer au même niveau ou un petit peut mieux dans les prochaines années », dit-il.