Lapins 27 novembre 2025

Un tank sur un sentier de vélo

NOTRE-DAME-DU-BON-CONSEIL – La demande de lapins de chair est en diminution depuis les dernières années. Selon le consultant Philippe St-Jean, mandaté par le Syndicat des producteurs de lapins du Québec afin d’inverser cette tendance, les éleveurs cunicoles devront notamment revoir leur modèle de commercialisation et privilégier davantage des circuits courts. 

« Votre véhicule de mise en marché, pour donner une image forte, c’est comme si vous aviez un tank pour vous promener dans un sentier de vélo », a expliqué le consultant d’Agro Québec aux éleveurs réunis en assemblée générale annuelle, le 14 novembre. « Vous avez une grosse machine, vous allez dans un abattoir fédéral via de grands distributeurs avec des frais quand même importants pour être listés dans des entrepôts, via une grosse distribution, via de longs circuits de distribution pour vendre très, très peu de lapins. Pour nous, c’est essentiel de vous ramener dans une distribution plus humaine, à échelle humaine, où il va y avoir un contact humain. Vous voulez avoir des gens qui vont se promener en magasin, qui vont prendre le temps d’expliquer la protéine, qui vont prendre le temps de présenter la valeur ajoutée de votre produit », poursuit-il en ajoutant que cela irait de concert avec la taille que la filière occupe dans l’industrie. 

Le seul chemin qu’on a en ce moment, c’est celui-là, et les découpes. Ça prend un représentant en magasin. On parle d’une protéine fraîche également. Ça prend de la récurrence. Ça prend des gens qui s’en occupent. Il y a des dates de durée de vie qui sont plus courtes. C’est une approche [de commercialisation] différente.

Philippe St-Jean

Les écoles de boucherie

La mise en marché en circuits courts commencera dès le mois de décembre grâce à un projet pilote déployé dans deux écoles de boucherie. Les étudiants apprendront à découper le lapin, mais également à le vendre. « On va appuyer justement l’intégration du lapin avec des fiches techniques actualisées, des recettes actualisées et du support marketing, parce que dans les écoles de boucherie, il y a également des lieux de vente ouverts au public. Donc, au-delà d’apprendre à le découper, ils vont pouvoir faire la mise en marché, puis le vendre, et avoir du support marketing », explique M. St-Jean. Il est prévu que le projet sera déployé dans les 20 écoles de boucherie de la province prochainement.

Prix trop élevé

L’Abattoir R. Pouliot et Fils, dans Chaudière-Appalaches, évalue actuellement la rentabilité de découpes spécialisées. Pour certaines grandes chaînes, la cuisse de lapin devrait se vendre autour de 48 $/kg, et le lapin entier frais, autour de 35 $. Or, ce dernier peut atteindre 50 $ dans des petites boucheries ou épiceries. 

En entrevue avec La Terre, la productrice Jasmine Vigeant a dit être en accord avec ce constat. « Les coûts de production et les coûts d’abattage sont plus élevés que dans le poulet, dit-elle, mais [d’être] aussi cher, ce n’est pas obligé. Ça pourrait être plus abordable. » Le consultant Philippe St-Jean croit également que d’avoir une structure de coûts moins élevés est atteignable.