Lait 4 juin 2024

Une ferme laitière se hisse au sommet, en partie grâce à ses champs

NICOLET – La Ferme Fleuralic a décroché, en 2023, la première position des troupeaux laitiers biologiques les mieux gérés au Canada, selon l’indice de performance du troupeau de Lactanet, en raison notamment de l’amélioration de ses cultures de plantes fourragères. 

En arrivant sur place, sur le chemin du Pays-Brûlé à Nicolet, dans le Centre-du-Québec, le 28 mai, La Terre est justement accueillie par toutes les vaches au pâturage, qui offrent leurs salutations entre deux bouchées d’herbe fraîche. Un chat blanc tacheté de noir – sûrement un pur-sang Holstein aussi – accompagne le troupeau. Les propriétaires, dans la trentaine, s’avancent avec le sourire, sans se faire prier pour expliquer leur cheminement.

« On avait ciblé comme problématique que la production laitière n’était pas stable. Les vaches ne donnaient pas des quantités égales de lait jour après jour. On s’est attardés à nos mélanges de plantes fourragères », dit la copropriétaire Vanessa Simard. Elle précise que des variétés, comme le dactyle, étaient cultivées conjointement avec la luzerne, mais qu’en réalité, la date de récolte optimale ne correspondait pas avec celle de la luzerne. « On a aussi enlevé la fétuque, car elle était moins appétente pour les vaches. Quand les vaches consomment moins, elles produisent moins de lait », ajoute son conjoint, Pierre-Luc Fleurent, également copropriétaire. 

La proportion de luzerne dans les champs a d’ailleurs été modifiée. « Avant, on était 50 % luzerne et 50 % graminées. Maintenant, c’est 70 % luzerne. Ça fait plus de protéines », explique-t-il. Cette modification a été rendue possible par l’introduction de l’ensilage de maïs dans la ration des vaches en 2017. « Un gros must! » s’exclame Vanessa. Car avant 2017, la ferme avait de la difficulté à rendre assimilable pour les vaches toute la protéine que renfermaient les récoltes de luzerne. Or, depuis qu’ils ajoutent de l’ensilage de maïs dans la diète des vaches, leur système digestif assimile plus efficacement la protéine soluble de la luzerne, dit Pierre-Luc. « C’est ce qui nous a même permis d’augmenter la quantité de luzerne dans la ration », indique celui qui détient une formation universitaire en agronomie, tout comme sa conjointe.

Stabilité au champ et… dans le réservoir à lait

L’autre paramètre qui créait des variations dans la production laitière était la variation des cultures au champ. « On s’est penchés sur la fertilité de nos sols, car Vanessa a été conseillère en production végétale pendant neuf ans, et pour elle, c’était clair que des analyses de sol au GPS, oui, c’est plus cher, mais tu le regagnes », souligne Pierre-Luc. Il donne l’exemple de la chaux.

Avant, on en mettait une tonne à l’acre partout, mais en vérité, il y avait des places qui en avaient déjà en masse et d’autres qui en avaient besoin de deux tonnes à l’acre. Au lieu de garrocher l’argent par les fenêtres, tu la maximises avec l’analyse par GPS.

Pierre-Luc Fleurent, copropriétaire de la Ferme Fleuralic

Leurs 165 hectares de terres ont été nivelés et drainés par des équipements dotés d’un système de guidage par GPS. La fertilisation des plantes fourragères a également été revue. Le couple ajoute ainsi de la potasse certifiée biologique après la deuxième coupe. En étant mieux nourrie, la plante est plus forte, ce qui diminue la mortalité hivernale, observe Pierre-Luc. Tous ces détails ont amélioré l’uniformité de leurs cultures de plantes fourragères. « Et notre production de lait a augmenté à l’étable », signifie le producteur. Les rendements sont passés de 6 à 10 tonnes de matière sèche à l’hectare dans les meilleurs champs.

Pierre-Luc a pris la relève de son père, Louis Fleurent, en 2021. La construction de l’étable froide, quelques années auparavant, a permis d’accroître le confort et l’espace des animaux de remplacement, se traduisant par une hausse de la production de lait.

Des améliorations au confort des animaux

Incarnant la sixième génération de Fleurent à exploiter la ferme, Pierre-Luc est fier de voir sa ferme être décorée du titre du troupeau laitier biologique le mieux géré au Canada. À ses yeux, l’optimisation des cultures de plantes fourragères pour nourrir ses vaches représente « une belle réussite des dernières années, car c’est un point faible [qu’il] cherchait à améliorer ». Mais il n’y a pas que cela.

L’étable froide, érigée en 2017, a augmenté le confort des animaux de la relève. Un suivi périodique des courbes de croissance des animaux a permis d’identifier des lacunes et d’améliorer l’uniformité du gain de poids. Car une vache dont la croissance a été plus limitée dans sa jeunesse donne généralement moins de lait à sa première lactation et peut vêler plus tardivement.

L’étable actuelle où se trouvent les vaches a été construite il y a 100 ans, mais de grands changements sont à prévoir, car les règles du bio obligeront les producteurs à laisser tomber la stabulation entravée. Crédit: Martin Ménard/TCN

Suivant la même logique, la pouponnière a été réaménagée en 2021. Dans l’ancien système, les veaux étaient plus à l’étroit, ce qui nuisait à l’alimentation de certains, et augmentait les risques de maladie freinant aussi la croissance. Finalement, l’amélioration de la génétique des vaches, tel qu’entreprise pas son père, Louis Fleurent, l’un des cofondateurs, d’ailleurs, de la Fromagerie l’Ancêtre, représente un facteur important. « Un des points forts du troupeau est la longévité. Les vaches ont environ 1,5 lactation de plus que la moyenne québécoise », souligne Pierre-Luc. 

Ses paroles sont entérinées par sa vache Line, qui a sept ans et qui a même pris part au mariage du couple. « Quand on s’est mariés, il pleuvait au moment de nos photos. On a décidé de venir en prendre [dans la nouvelle étable]. Ça montre qu’on les aime, nos animaux. Ils nous suivent même jusque dans nos photos de mariage! »

Photo : Gracieuseté

Le saviez-vous?

Le chemin du Pays-Brûlé, où est située la ferme, fait référence au secteur qu’il traverse, lequel fut ravagé par un feu de racines qui a duré près de deux ans au début et de la colonisation, indique la Commission de toponymie du Québec.