Sylvain Hogue aime profondément ce qu’il fait et la clientèle le ressent. Photos : Myriam Laplante El Haïli/TCN
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S'abonner maintenantMONTRÉAL – « Joyeux Noël! On se revoit l’année prochaine! » lance un client à Sylvain Hogue, en regardant, visiblement satisfait, le sapin de 6 pieds qu’il vient de ficeler sur le toit de sa voiture. Malgré le froid mordant et les bourrasques de neige qui balaient le stationnement du Canadian Tire où la scène se déroule, le vendeur de sapins lui serre la main, tout sourire, en lui souhaitant de joyeuses Fêtes. C’est précisément pour ce genre de moments que, depuis 15 ans, entre le 20 novembre et le 20 décembre, Sylvain Hogue accroche son tablier de cuisiner et emménage dans une roulotte stationnée non loin du Marché Central, à Montréal, pour vendre des sapins.
« C’est comme une drogue », dit-il en avouant être animé par la bonne humeur de ses clients, pour qui l’achat du sapin marque bien souvent le début de la période des Fêtes. L’attrait est tellement fort que l’homme a délaissé des employeurs qui lui refusaient un congé durant cette période. « J’ai lâché au moins deux jobs parce qu’ils ne voulaient pas que je vienne ici. J’ai dit : ‘‘Merci! Bye! Je m’en vais’’ », raconte M. Hogue, qui est tombé dans les sapins comme Obélix dans la marmite, il y a 15 ans. À l’époque, son deuxième voisin, à Saint-Damien, dans Lanaudière, était producteur de sapins et trouvait difficile, à 72 ans, de continuer à se rendre dans la métropole pour les vendre. En acceptant de le remplacer cette année-là, le cuisinier ne se doutait pas qu’il ne manquerait pas une saison par la suite.

Les grincheux
M. Hogue aime profondément ce qu’il fait et la clientèle le ressent. S’il reçoit régulièrement des cadeaux de toute sorte – comme du pourboire, des cafés, des sacs d’oranges, des cadeaux gourmands, et du vin, pour ne nommer que ceux-là, le retour de la grande majorité de ses clients, année après, est sa plus belle marque de confiance. « Sur 1 000 sapins à peu près que je vends, j’ai deux messieurs qui sont grognons, raconte-t-il en riant. Il y a toujours quelque chose : c’est trop cher, c’est trop petit, c’est trop gros. Mais ils reviennent tous les ans pareil depuis 15 ans. »
Le vendeur sait que les prix, qu’il estime moins élevés chez lui qu’ailleurs dans la métropole, contribuent à la rétention de la clientèle, et ce, malgré l’augmentation de 15 $ qu’il a observée depuis les 15 dernières années.
Il faut aussi dire que Sylvain Hogue chouchoute ses clients. Il peut notamment ouvrir jusqu’à 8 sapins différents avant que l’un d’eux fasse un choix et lâche prise lorsque les clients un peu trop entreprenants déplacent les sapins eux-mêmes, puis taille parfois des rondelles de bois provenant des troncs aux enfants. Il a même gardé le sourire quand deux dames ont acheté un sapin de 9 pieds et qu’elles ont tenu à le rentrer à l’intérieur de leur Mini Cooper. « Ça dépassait par la fenêtre du côté passager et on a fermé la valise dessus, mais le sapin était quasiment plus long que l’auto », se remémore-t-il, un sourire en coin.
Il y a aussi son « donneur de trucs », ce client qui guette l’arrivée du premier chargement de sapins en début de saison et qui conserve son sapin jusqu’en février. « Lui, il fait toute sorte d’expériences avec ses sapins, et quand ça marche, il me le dit ; et moi, je [donne les trucs] au monde », souligne Sylvain Hogue. Sa dernière découverte en vogue a été d’ajouter un produit stimulateur de racines dans l’eau du sapin afin de le faire bourgeonner.
Quand ça ouvre, les bourgeons, c’est vert lime. On dirait que ce sont des lumières! Il me montre ses photos. C’est tellement beau.
Les donuts
Bien que la vente de sapins de Noël fasse partie de lui, M. Hogue explique que les conditions sont parfois difficiles. Par exemple, le froid particulièrement précoce cette année complique le ficelage des sapins sur les autos.
D’ailleurs, transits par le froid, nous décidons de poursuivre l’entrevue dans la roulotte. Une fois à l’intérieur, il explique que malgré que le nouveau propriétaire de la plantation, un producteur de l’Estrie, lui ait fourni « un château » comme roulotte cette année, il est parfois difficile de trouver le sommeil en raison des allées et venues dans le stationnement, la nuit. « C’est un spot à échange de monnaie contre [je ne sais trop quoi] ou s’il y a un peu de neige, comme ce soir, ça va être glissant et ils vont venir faire des donuts », soutient le vendeur, qui se doit de surveiller ses stocks de sapins posés de part et d’autre de la roulotte.
Ce n’est pourtant pas la nuit qu’il a été victime de vol, à deux reprises, mais en plein jour, alors que des clients lui ont assuré avoir payé le sapin à sa fille, qui vient lui prêter main-forte la fin de semaine.
Son truc pour surmonter ces défis? « On garde le sourire », indique-t-il.
« Ma fille vous dirait que je dis tout le temps que c’est la dernière année. Ça doit faire huit ans que je dis [ça]. Quand je pars d’ici, je suis fatigué, je suis brûlé. Mais au mois de juillet, je recommence à y penser. Je suis le premier à appeler [le patron] au début octobre. On ne peut pas demander mieux », conclut-il au moment où un nouveau client vient frapper à la porte.
Sylvain Hogue remet son manteau et sort ajouter sa touche personnelle à la féérie des Fêtes d’un autre client.