La Fromagerie Fuoco a investi beaucoup de temps et d’argent pour adapter ses installations aux normes fédérales en vue d’obtenir une licence qui lui permettra de vendre ses fromages mozzarella, stracciatella et ricotta partout au Canada. Photo : Gracieuseté de la Fromagerie Fuoco
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S'abonner maintenantDans un contexte géopolitique qui favorise la popularité des produits « made in Canada », les fromages du Québec sont convoités, ailleurs au pays, selon ce que constatent différents acteurs de l’industrie. Ce momentum tombe à point pour des artisans fromagers locaux, qui, après avoir entrepris les longues et fastidieuses démarches nécessaires, espèrent finalement pouvoir partir à la conquête d’autres provinces dès 2026.
« C’est beaucoup de bureaucratie, beaucoup d’étapes », témoigne Steve Fuoco, qui est courtier alimentaire pour la Fromagerie Fuoco, à Saint-Lin–Laurentides, dans Lanaudière. Après un long parcours, entrepris il y a quelques années pour adapter ses installations aux normes fédérales, puis pour obtenir la licence requise pour la vente de fromages ailleurs au Canada, l’entreprise qui appartient à son frère, Jason, espère avoir ses papiers au début de 2026. « On est passés d’un espace de 2 000 à 10 000 pieds carrés, avec nos propres chambres de vieillissement. […] Les chambres sont divisées comme le demande le fédéral », précise Steve Fuoco, qui se croise les doigts pour que ce travail « de longue haleine » aboutisse bientôt.
À Normandin, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, la Fromagerie Normandinoise est aussi passée par ce long processus pour obtenir son permis fédéral, mais ne commercialise pas encore ses produits à l’extérieur du Québec. Il lui reste du travail de développement à faire pour s’assurer que son projet fonctionne.
On a toujours fait des fromages à pâte molle, mais c’est plus dur à voyager, plus fragile, et il y a moins de demande pour ça du côté anglophone. Donc on travaille à développer des fromages à pâte ferme, et de chèvre, qui seront beaucoup plus intéressants à exporter.
Sa ferme compte d’ailleurs un troupeau de 100 chèvres laitières, depuis cet été, qui s’ajoute à son cheptel d’une cinquantaine de vaches Holsteins et Suisses brunes pour la fabrication de fromages.
Après avoir entamé ses démarches en 2021, elle espère que 2026 sera « la bonne » pour se tailler une place dans d’autres provinces canadiennes. « Ça fera 20 ans qu’on est en opération; ce serait le bon moment! »
Un contexte favorable

En plus, le contexte est favorable au développement de nouveaux marchés, notamment en Ontario et dans l’Ouest, où les fromages de provenance canadienne sont recherchés. Ceux du Québec, plus particulièrement, se démarquent par leur diversité, croit Nancy Portelance, présidente et directrice des ventes de Plaisirs Gourmets, un distributeur de fromages artisans québécois qui représente 18 entreprises, dont huit ont leur licence pour vendre leurs produits dans les autres provinces. En 2025, ses ventes hors Québec ont fait un bond de 50 % par rapport à l’année précédente, assure-t-elle. « On a eu un vent favorable, il y a un mouvement, et on souhaite que ça continue », exprime-t-elle.
Volonté de remplacer les fromages importés
Daniel Allard, président de Fromages CDA, un autre distributeur de fromages artisanaux, observe, de son côté, que les fromages fins importés d’Europe prennent plus de place sur les marchés des autres provinces qu’au Québec. Il y a, selon lui, une place à « aller prendre » pour les fromagers québécois.
La Fromagerie Fuoco, à Saint-Lin–Laurentides, qui utilise du lait de son troupeau de bufflonnes pour la fabrication de fromages mozzarella, stracciatella et ricotta, entend percer le marché de la restauration, notamment en Ontario, ce qui le placera en concurrence directe avec des produits importés d’Europe, notamment d’Italie. Il estime qu’il pourra se démarquer en jouant la carte de la proximité dans un contexte de momentum canadien.
« Ces produits-là ne sont pas fabriqués à grande échelle au Québec et en Ontario. Il y a beaucoup d’importateurs à travers le Canada. […] Pour [concurrencer] ça, il faut mettre de l’avant les délais de livraison qui sont moindres [en faisant affaire avec le Québec] », croit-il, précisant que les produits de la Fromagerie Fuoco ont déjà percé le marché de la restauration à plusieurs endroits au Québec.