Forêts 25 avril 2025

L’érable rouge, un arbre sous-estimé

Si, pour plusieurs, l’érable à sucre est, sans conteste, le roi des érablières, l’érable rouge, surnommé « la plaine », n’est pas en reste. Il pousse partout, il offre un rendement équivalent pour la production de sirop et il a l’avantage de déplaire à la livrée des forêts, cette chenille qui ne fait qu’une bouchée de certaines érablières.

C’est du moins le constat que dresse l’acériculteur Steve Cadorette. L’érablière qu’il exploite, située dans la Seigneurie Joly-De Lotbinière, est composée à parts égales d’érables à sucre et d’érables rouges. Et il est loin de s’en plaindre. 

Il est vrai que la sève de l’érable rouge est plus abondante et moins sucrée que celle de l’érable à sucre, relève M. Cadorette. « Mais au bout du compte, on fait du sirop pareil », laisse-t-il tomber. 

« Selon une étude réalisée sur deux ans aux États-Unis pour comparer le rendement en sirop entre l’érable à sucre et l’érable rouge, il n’y aurait pas de différence significative », souligne l’ingénieur forestier Thierry Le Blanc-Fontaine, qui œuvre aux Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ). 

Avec les hauts vacuums et les systèmes d’osmose inversée qui sont assez répandus maintenant, on est capables de faire de très bons sirops avec de bons rendements.

Thierry Le Blanc-Fontaine, ingénieur forestier

Au goût, la différence est toutefois notable, relève Steve Cadorette, entre un sirop produit en majorité avec de la sève d’érable rouge comparé à celui qui provient d’érables à sucre. 

Le type d’érable a effectivement un effet sur le goût du sirop, qui se décline en de nombreuses flaveurs, confirme Thierry Le Blanc-Fontaine. Mais plusieurs autres facteurs, comme la période de la récolte ou la quantité de microorganismes dans l’eau, peuvent influencer le résultat final. « La sève, c’est de l’eau qui est puisée dans le sol, dit-il. Si le sol est plus calcaire ou ferreux, il va y avoir une différence. »

Les proportions des espèces d’érables varient d’une forêt à l’autre. Il n’y a pas de composition idéale, selon l’ingénieur forestier Thierry Le Blanc-Fontaine. Photo : Gracieuseté des PPAQ

Maladies et insectes

L’un des avantages de taille de l’érable rouge est d’être boudé par la livrée des forêts. Cette chenille peut dévorer toutes les feuilles d’un arbre en quelques semaines, en cas d’épidémie, souligne Thierry Le Blanc-Fontaine. 

L’érable à sucre a moins de chance, car il figure parmi les préférences végétales de cet insecte indigène. 

L’acériculteur Steve Cadorette affirme que l’érable rouge est présent en grand nombre dans la forêt Seigneurie Joly-De Lotbinière, située dans la région de Chaudière-Appalaches. « On se dit, entre producteurs, qu’on est chanceux, fait-il valoir. Si la chenille passe, on va être moins attaqués. »

Son bois étant un peu plus mou, l’érable rouge est toutefois plus à risque d’être atteint par la carie des arbres, causée par certains champignons. 

« La carie attaque aussi d’autres sortes d’arbres, mais elle fait pourrir le cœur des érables rouges, souligne l’ingénieur forestier. L’érable à sucre est plus résistant à ce pathogène. »

Steve Cadorette souligne en outre que le bois plus mou de l’érable rouge fait en sorte qu’il résiste moins bien à l’entaillage. « On doit y aller plus doucement et ne pas cogner le chalumeau trop fort pour ne pas blesser l’arbre et toucher à son cœur, qui est plus gros que celui de l’érable à sucre, relève-t-il. Il faut bien connaître les essences. »

L’érablière de Steve Cadorette est composée à parts égales d’érables rouges et d’érables à sucre. Photo : Gracieuseté de Steve Cadorette

Arbres différents

Bien que semblables, les deux types d’érables peuvent entre autres être différenciés par leurs bourgeons et leurs feuilles. Par exemple, l’érable rouge est caractérisé par ses fleurs rouges (bourgeons) qui apparaissent avant les feuilles au printemps et ses feuilles à trois lobes distincts. 

Autres différences : l’érable rouge pousse autant dans les sols humides que dans les milieux secs, tandis que l’érable à sucre s’impose dans les emplacements riches et bien drainés. Le premier a une longévité d’environ 100 ans, tandis que celle-ci atteint 200 ans pour le deuxième.

« Les deux espèces cohabitent bien, souligne l’ingénieur forestier. Mais l’érable à sucre est plus résistant et plus fort. Il domine souvent l’érable rouge sur le meilleur site [sol riche et bien drainé], tandis que celui-ci pourrait prendre le dessus dans un milieu plus humide et moins riche. »   

L’érablière exploitée par Steve Cadorette, qui compte 19 000 entailles, comporte justement plusieurs « buttons » et cuvettes. L’érable à sucre trône sur les premiers, tandis que les érables rouges ont adopté les deuxièmes, dit-il.

L’érable rouge a l’avantage de déplaire à la livrée des forêts, cette chenille qui ne fait qu’une bouchée de certaines érablières.  Photo : Gracieuseté des PPAQ

Thierry Le Blanc-Fontaine souligne que les proportions des espèces d’érables varient d’un endroit à l’autre. « Ça dépend de l’historique du site et des aménagements qui ont pu être réalisés pour favoriser l’érable à sucre, note-t-il. Il n’y a pas de composition idéale. Il y a des forêts qui ont juste des érables à sucre, d’autres juste des rouges ou les deux. » 

Au bout du compte, rappelle-t-il, l’important, dans une érablière, c’est de conserver le plus possible d’essences compagnes pour favoriser la santé des sols et de l’écosystème.