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S'abonner maintenant« Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. » Cette célèbre expression, souvent attribuée à Winston Churchill, prend tout son sens dans le contexte actuel de tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis, qui menacent plusieurs secteurs économiques du Québec. Parmi les industries les plus touchées, celle du sirop d’érable, dont la majorité des exportations est destinée au marché américain, se retrouve dans une incertitude grandissante quant à l’imposition de droits de douane. Face à cette situation, les acteurs de la filière acéricole redoublent d’efforts pour explorer de nouvelles stratégies et garantir la stabilité du secteur.
Vers une diversification des marchés
En 2024, 65 % du sirop d’érable québécois prenait le chemin des supermarchés de l’Oncle Sam. Une quantité importante pour une valeur totale de près de 450 millions de dollars canadiens, néanmoins inférieure à la moyenne des exportations québécoises de matière ligneuse, lesquelles atteignaient 87 % en 2023 pour 360 millions de dollars. Malgré tout, ce pourcentage reste en deçà du niveau des exportations de sirop d’érable d’il y a une vingtaine d’années; à cette époque, 80 % du commerce international du sirop d’érable du Québec dépendait de la demande américaine.
Dans un contexte où la diversification des marchés devient cruciale, les Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ) multiplient les efforts pour ouvrir d’autres débouchés et renforcer la résilience du secteur acéricole. L’association a d’ailleurs déjà bien implanté la marque « Maple from Canada » au Royaume-Uni, en Allemagne, au Japon et en Australie, contribuant à accroître la notoriété de l’érable canadien à l’international. Le marché français est maintenant dans la mire, cette fois sous une marque bien connue d’ici : « Érable du Québec », qui met de l’avant l’origine, la qualité et le savoir-faire québécois afin de mieux résonner auprès des consommateurs francophones.

La réserve stratégique de sirop d’érable
Outre la diversification des marchés, le conflit tarifaire actuel met en lumière un autre défi de taille : le financement de la Réserve stratégique mondiale de sirop d’érable. En cas d’imposition de droits de douane, les inventaires, détaillés à 45 millions de litres de sirop d’érable au mois de février 2025, risqueraient d’augmenter, ce qui pourrait réduire les paiements aux producteurs et productrices acéricoles. En effet, le sirop d’érable qui se trouve à la réserve n’est payé à une entreprise acéricole que lorsqu’il est vendu à un acheteur autorisé. Cependant, grâce à ses propriétés de conservation, le sirop d’érable peut être entreposé sans perte de qualité, offrant ainsi un levier stratégique non négligeable pour pallier une baisse temporaire de la demande.
Depuis sa mise en place, il y a maintenant 25 ans, la réserve stratégique a été entièrement soutenue par les producteurs et productrices. Maintenir des inventaires de sirop d’érable dans trois entrepôts au Québec ne se fait pas sans frais. Une situation qui soulève des questions, alors que toute la filière, et même l’industrie mondiale du sirop d’érable, ainsi que les consommateurs profitent des bienfaits d’un approvisionnement stable des marchés.
Un repositionnement stratégique
Bien que la menace de barrières tarifaires représente un risque pour le secteur acéricole québécois, la fermeture du marché américain peut également constituer une occasion d’accélérer la marche vers la diversification des marchés d’exportation et de renforcer les mécanismes de stabilisation de l’industrie. Les producteurs et productrices, appuyés par les instances gouvernementales, devront ainsi adapter leurs stratégies pour préserver la position du Québec en tant que leader mondial de sirop d’érable.