Aquaculture 28 décembre 2025

Un autre projet majeur d’élevage de saumons tente de percer au Québec

AquaBoréal vient de recevoir une aide du gouvernement du Québec de 500 000 $ afin de poursuive les préparatifs visant la mise en place d’une gigantesque ferme aquacole terrestre dotée d’une technologie propre de filtration et de recirculation des eaux d’élevage.  

L’entreprise a conclu avec succès, en septembre 2025, le processus du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. L’appui financier gouvernemental de 500 000 $ annoncé le 11 décembre a été consenti dans le cadre d’une entente entre le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec et la Société du Plan Nord 2023-2028, puisque la ferme, qui prévoit s’installer à Baie-Trinité, entre Baie-Comeau et Sept-Îles, permettra de diversifier l’économie bioalimentaire nordique et d’accroître l’autonomie alimentaire du Québec.

Un terrain de 12 hectares a été acquis par Léopold Landry, président et cofondateur d’AquaBoréal. L’entreprise compte aussi, parmi ses investisseurs, une entreprise chilienne détenant une forte expertise dans la production de saumons, explique le porte-parole d’AquaBoréal, Philippe St-Jean. L’entreprise chilienne veut se rapprocher du marché nord-­américain afin de réduire ses frais de transport. La qualité de l’eau à Baie-Trinité, décrite comme étant l’une des meilleures au monde pour son taux de sel et sa température, explique le choix de cet emplacement stratégique, ajoute M. St-Jean.

Éclosion difficile

Des projets aquacoles, petits ou grands, ont de la difficulté à éclore au Québec, notamment en raison des règles environnementales, de la bureaucratie ou de la rentabilité. La Terre a demandé à Philippe St-Jean quelles étaient les chances de voir les premiers filets de saumon sortir de l’usine de Baie-Trinité. Il a répondu que le contexte est plus favorable pour autoriser un tel projet. Par exemple, l’importation des œufs d’élevage sera autorisée par les gouvernements fédéraux et provinciaux. 

Il reste maintenant les coûts de production. Car si l’élevage en mer est interdit au Québec – une bonne décision, souligne M. St-Jean –, la construction de fermes aquacoles terrestres demeure plus onéreuse. La phase 1, qui produira 10 000 tonnes (t), est évaluée à 514 M$, tandis que la phase 2, qui ajoutera 20 000 t, nécessitera des investissements de 1,1 G$. AquaBoréal souhaiterait que 40 % de ces sommes soient assumées par le gouvernement.  

Les Québécois consomment près de 8 500 t de saumon importé. Philippe St-Jean voit dans le projet d’AquaBoréal l’avantage d’une production locale et durable. « On souhaite que le gouvernement endosse davantage notre projet. Ça fait quatre ans [qu’on fait des démarches]. Quatre ans, c’est long! » lance-t-il.

Dissolution de la Table filière

En octobre dernier, la Table filière de l’aquaculture en eau douce du Québec a émis un avis de dissolution, en raison du manque de résultat et de l’engagement décroissant des participants. « Des gens du gouvernement ne venaient plus, des producteurs ne venaient plus. Il n’y avait pas grand monde et les mêmes producteurs étaient aussi ceux de l’Association. Ils manquaient de temps. On n’avait jamais le quorum [à l’Association] et on ne pouvait jamais voter de résolution », explique Maude Paquet, directrice générale par intérim de l’Association des aquaculteurs du Québec. Des comités seront créés pour remplacer la Table afin de convier, en moins de réunions, les différents acteurs du milieu aquacole.