Le projet de Samonix de mettre sur pied une gigaferme terrestre d’élevage de saumon est maintenant soumis au BAPE avec la période d’information publique qui se déroule du 27 mai au 26 juin. Photo : Samonix
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S'abonner maintenantAlors que l’ensemble des fermes aquacoles du Québec livrent un total d’environ 1 400 tonnes de poissons, deux gigaprojets de fermes terrestres aquacoles avancent, avec l’espoir de produire plus de 10 000 tonnes de saumon chacune.
Les deux entreprises, de propriétaires différents, seraient érigées dans des régions éloignées l’une de l’autre, soit l’Outaouais et la Côte-Nord.
Le projet Samonix voudrait produire 12 000 tonnes de poissons sur les terrains de l’ancienne papetière Smurfit-Stone achetés dans la municipalité de Litchfield, en Outaouais. « On vient d’avoir l’engagement qu’Hydro-Québec nous réserve un bloc d’énergie de 12 mégawatts. Et là, on est rendus au processus d’approbation environnemental », dit Rémi Bertrand, directeur principal au développement. Le projet de Samonix est présentement soumis au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) avec une période d’information publique qui se déroule du 27 mai au 26 juin.
M. Bertrand ne s’inquiète pas de l’acceptabilité sociale, n’ayant pas observé d’opposition de la part des citoyens et des groupes autochtones qu’il a rencontrés. « On s’attend à ce que le BAPE aille relativement bien », dit-il.
En vertu d’une récente entente, le système de traitement des eaux d’élevage emploiera la technologie de l’entreprise suédoise Smögenlax, qui est également actionnaire du projet québécois. « Ça vient améliorer l’efficacité du traitement d’eau en le rendant plus performant et plus simple, avec un système de traitement biologique, mentionne le promoteur. C’est comme une grosse usine de traitement des eaux municipales, où on enlève les excréments de poisson et la nourriture non consommée de l’eau. Ensuite, les boues sont traitées par biométhanisation pour en faire une matière fertilisante destinée aux agriculteurs. » Avec cette technologie, Rémi Bertrand est encore plus optimiste de respecter les objectifs environnementaux de rejets.
Selon des données du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, tirées du Bioclips de décembre 2021, le saumon est le poisson le plus consommé au Québec avec près de 7 000 tonnes, pratiquement toutes importées. Or, les normes environnementales limitent le développement des fermes aquacoles depuis des années au Québec et exigent de longues et coûteuses démarches à ceux qui voudraient accroître leur production ou en démarrer une nouvelle.
« Le terrain a été acquis en 2021 et on s’attend à voir le décret [la permission du gouvernement] en 2027 », indique M. Bertrand. Il restera ensuite à obtenir les permis municipaux pour finalement voir les pelles mécaniques entreprendre les travaux en 2028, espère-t-il.
Avoir su que les démarches prendraient près de sept ans, son groupe se serait-il lancé dans l’aventure? « Oui, on est convaincus que ça vaut la peine, car le saumon est une protéine en demande et l’aquaculture en mer est appelée à être modifiée en raison des problèmes environnementaux quant à l’eau et aux espèces de poissons indigènes, en plus des problèmes de poux [parasites] en mer », rétorque-t-il.
Les années d’attente auront au moins l’avantage de bénéficier des avancées récentes en matière de traitement des déjections de poisson pour les fermes aquacoles situées sur la terre ferme, se console M. Bertrand. Le projet de Samonix, évalué à 415 M$, sera rentable par sa proximité avec les grands centres, contrairement au saumon d’élevage du Chili, estime-t-il.
Une autre gigaferme
L’autre grand projet au Québec, celui d’Aquaboréal sur la Côte-Nord, est plus avancé, lui qui vient d’obtenir le décret environnemental suivant le BAPE. Sa construction est donc autorisée.
Le projet se bute toutefois au financement. Le porte-parole du projet, Philippe St-Jean, explique que le coût de la phase 1 est évalué à 407 M$, auquel s’ajoutent 107 M$ pour assurer le fonctionnement de la ferme pendant deux ans, soit la période de croissance avant que les saumons puissent être commercialisés.
Des investisseurs québécois et étrangers ont signalé leur intérêt, mais les promoteurs aimeraient que les gouvernements s’impliquent financièrement afin de consolider leur projet.
À l’heure actuelle, il n’y a pas une grande volonté de développer la niche aquacole [chez les deux paliers de gouvernement]. Il n’y a pas vraiment de budget alloué pour l’aquaculture terrestre. Si le gouvernement n’envoie pas un signal fort aux investisseurs, ce sera plus difficile.
Sans parler de soutien financier pour les prochaines étapes, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, Donald Martel, soutient ces projets. « On consomme beaucoup de produits de la mer qui viennent de l’extérieur, et l’aquaculture représente une excellente façon de consommer davantage de produits québécois », a-t-il exprimé, dans une communication écrite. « Pour nous, c’est exactement le type de projet qui contribue à renforcer notre autonomie alimentaire. »