Alcools 14 mars 2025

Le retrait des produits américains à la SAQ profite aux vignerons québécois

À la demande du premier ministre François Legault, la Société des alcools du Québec (SAQ) a procédé, comme prévu, au retrait des produits américains de ses tablettes et de son site Internet, dans un contexte de guerre commerciale avec les États-Unis. L’espace libre sera comblé en priorité par des produits québécois et canadiens.

« Les contacts sont pris avec les vignerons pour faire de nouvelles commandes. Tout est en branle », a confirmé l’agente de relations avec les médias, Linda Bouchard, le 12 mars. 

Précisons que depuis le 4 mars, la SAQ a aussi cessé d’approvisionner les agences, les épiceries, les bars et les restaurants en produits américains. Elle n’importe plus de vins, de spiritueux et d’autres boissons provenant des États-Unis.

Pour simplifier le processus de remplacement, plus d’espace sera accordé aux produits québécois qui sont déjà dans le catalogue de la SAQ plutôt que d’intégrer de nouveaux produits, indique Mme Bouchard.

En date du 12 mars, dans certaines succursales de la SAQ, des sections auparavant réservées aux vins américains étaient encore complètement vides. Photo : Caroline Morneau / TCN

Daniel Lalande, propriétaire des vignobles Rivière du Chêne et La Cantina, dans les Laurentides, constate que les dernières commandes qu’il a reçues pour approvisionner les entrepôts de la SAQ sont plus volumineuses que d’habitude, à cette période de l’année. Précisons que ce dernier a vendu un total de 175 000 bouteilles à la société d’État, l’an dernier. Des produits issus de ses vignobles sont présents dans plus de 300 succursales.

« On a reçu quelques belles commandes depuis [le 6 mars] », rapporte le producteur. À tout le moins, espère-t-il, le « terrorisme économique » de Donald Trump sera bénéfique pour les vignerons québécois.

Le 10 mars, le copropriétaire du Vignoble de l’Orpailleur, Charles-Henri de Coussergues, a remarqué qu’il ne restait plus que 19 caisses de son vin rosé Union Libre dans les entrepôts de la SAQ, alors qu’il en dénombrait 127 une semaine auparavant. 

« On a constaté une grosse baisse, entre autres, de rosés. Il se passe quelque chose, car ce n’est pas la grosse période du rosé », fait remarquer ce vigneron de Dunham, en Estrie.

Charles-Henri de Coussergues, du Vignoble de l’Orpailleur, a remarqué qu’il ne restait plus que 19 caisses de son vin rosé Union Libre dans les entrepôts de la SAQ, alors qu’il en dénombrait 127 une semaine auparavant. Photo : Gracieuseté du Vignoble de l’Orpailleur

« Si l’entrepôt se vide pour remplir les tablettes, on s’attend à ce qu’on nous commande d’autres bouteilles », ajoute celui qui se dit prêt à vendre plus de vin, après deux grosses récoltes de raisins. « On a des inventaires à passer », dit-il.

Prêts à répondre à la demande

Le président du Conseil des vins du Québec, Matthieu Beauchemin, fait valoir que les vignerons de l’ensemble de la province sont prêts à répondre à la demande, après une récolte de raisins particulièrement généreuse, en 2024. 

« Il y a beaucoup de vin à vendre au Québec », expose le copropriétaire du Domaine du Nival, à Saint-Louis, en Montérégie. 

Environ 3,5 millions de bouteilles sont produites annuellement à travers la province, précise-t-il, dont un million sont vendues à la SAQ. Dans un horizon de cinq ans, il anticipe que le Québec sera capable de produire 7 millions de bouteilles.

On est sur une trajectoire rapide de croissance. On pense que la production doublera d’ici 2030.

Matthieu Beauchemin, président du Conseil des vins du Québec

Selon lui, le Québec est en bonne position pour tirer avantage, à moyen terme, de la place laissée vacante par les vins américains.

Charles-Henri de Coussergues voit aussi la situation positivement, signifiant que les vins des États-Unis représentent 7 % des ventes de la SAQ.

« Ça peut paraître petit, mais pour nous, ce sont beaucoup de bouteilles », fait remarquer le vigneron.

Comme ce qui avait été observé durant la pandémie, Matthieu Beauchemin espère que le contexte encouragera un nombre grandissant de consommateurs à se tourner vers les vins québécois. « Quand les ventes vont bien à la SAQ, ça se répercute partout, dans les restaurants, les épiceries. On le voit, le regain de la demande du vin québécois », assure-t-il.