Les vignerons et les cidriculteurs n’auront plus l’obligation de tenir un registre des restaurants où ils envoient leurs bouteilles, mais devront quand même apposer un autocollant de la Régie des alcools sur leurs produits avant la livraison. Photo : Gracieuseté de Matthieu Beauchemin
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S'abonner maintenantLes producteurs de vin et de cidre saluent les assouplissements réglementaires pour leur industrie proposés dans le projet de loi no 11, qui a été adopté le 11 juin, mais ils restent sur leur faim. Les changements ne sont que des « demi-mesures », selon eux, qui auraient pu aller plus loin.
À partir du 1er janvier 2027, ces producteurs n’auront, par exemple, plus l’obligation de tenir un registre des restaurants où ils envoient leurs bouteilles avec les dates et les quantités vendues. Le tout est lié à un autocollant de la Régie des alcools, des courses et des jeux qu’ils apposent sur leurs produits avant la livraison. Ils devront cependant continuer d’appliquer cet autocollant, ce qu’ils estiment inutile.
« Pourquoi continuer de mettre un timbre, si on n’a plus besoin de consigner ça dans un registre? Le timbre ne sert plus à rien », fait valoir le président du Conseil des vins du Québec, Matthieu Beauchemin.
Le copropriétaire du Domaine du Nival, à Saint-Louis, en Montérégie, reconnaît cependant que le pas en avant est majeur, car la tenue de ce registre où doit être inscrit le numéro de timbre associé à chaque produit, avec la date de livraison et le nom du restaurant, requiert environ 140 heures de travail par année pour 10 000 bouteilles vendues.
« Mettre les timbres, c’est environ une quarantaine d’heures par année, donc le plus énergivore a été enlevé, oui, mais pourquoi ne pas enlever le reste aussi? » questionne-t-il, spécifiant que les timbres apposés sur les bouteilles sont une preuve que les restaurants se sont procuré l’alcool légalement.
« Il me semble qu’il y aurait d’autres moyens de vérifier. Avec nos registres comptables, on a déjà des systèmes informatisés qui permettent de vérifier ce qui a été vendu à qui. »
Le président des Producteurs de cidre du Québec, Marc-Antoine Arsenault-Chiasson, estime, pour sa part, que le gouvernement du Québec passe à côté des réels besoins des producteurs qu’il représente.
« Ce qu’on demande, c’est l’équité par rapport aux autres productions, comme le vin. Comme eux, avec leurs raisins, on veut pouvoir acheter l’équivalent des quantités de pommes qu’on récolte. Si je récolte 100 000 kilos de pommes, une année, mais que j’en ai besoin de 50 000 de plus pour faire assez de bouteilles de cidre, je ne peux pas acheter ces quantités sans obtenir un permis industriel. Et un permis industriel, ça devient un chaos administratif », exprime le copropriétaire de la Ferme cidricole Équinoxe, à Farnham, en Estrie.
Des prêts-à-boire à base de spiritueux à l’épicerie
À partir du 1er janvier 2027, il est aussi prévu, avec l’adoption du projet de loi, que la commercialisation de prêts-à-boire à base d’alcool distillé soit autorisée dans les dépanneurs et les épiceries, tout comme ceux à base de malt. Actuellement, la Société des alcools du Québec a le monopole de la vente de ces produits. Le président de l’Union québécoise des microdistilleries, Nicolas Bériault, estime que ce changement est « une bonne idée sur papier », mais doute qu’il avantage réellement les petits producteurs du Québec. « Ce qu’on pense, c’est que ça favorisera les gros joueurs de l’extérieur, qui vont pouvoir débarquer et facilement décrocher des ententes avec les grandes chaînes de détaillants alimentaires. Ce n’est pas parce qu’on peut y avoir accès qu’on y aura accès », exprime celui qui attend de voir comment s’orchestrera ce changement.