Michel Jodoin passe le flambeau

ROUGEMONT – La pomme n’est pas tombée loin de l’arbre chez les Jodoin, de Rougemont. Le fils du pomiculteur et réputé cidriculteur Michel Jodoin fait partie du trio d’entrepreneurs qui assurera la relève de la PME éponyme fondée en 1988. Les démarches permettant le transfert de l’entreprise ont été complétées en bonne partie, il y a quelques mois.

Michel Jodoin, 66 ans, ne manque pas de projets pour la suite des choses. Photo :  Marie-France Létourneau

La Cidrerie Michel Jodoin reste en fait « dans la famille ». Elle appartient désormais à Philippe Jodoin, David Jodoin ainsi que Jean-Philippe Lachapelle, respectivement le fils, le neveu et le gendre du cidriculteur, qui demeure actionnaire minoritaire de l’entreprise, pour le moment.

« C’était mon objectif qu’il y ait une continuité à ce qu’on fait », affirme Michel, qui a contribué à redonner ses lettres de noblesse au cidre québécois. 

Le choix du trio de releveurs s’est en quelque sorte imposé de lui-même. Philippe et Jean-Philippe travaillaient déjà dans le verger et à la cidrerie du rang La Petite-Caroline, à Rougemont, depuis plus d’une quinzaine d’années. David s’est, pour sa part, joint à eux après que le verger de son père ait été acheté par son oncle.

Autre avantage : les intérêts et compétences des trois jeunes entrepreneurs sont complémentaires. Philippe est responsable de la culture des pommes, tandis que Jean-Philippe veille à la production. David supervise, quant à lui, la logistique ainsi que les activités d’agrotourisme. 

Nouvelles variétés

Philippe affirme vouloir poursuivre, à moyen et long terme, la culture du verger selon la méthode de plantation à haute densité. Le but visé : augmenter le rendement. « On remplace nos vieux pommiers standards par de nouvelles variétés et des rangées plus concentrées », explique-t-il. 

La variété de pommes McIntosh, populaire à une certaine époque, tend à disparaître, souligne Michel Jodoin. Le climat actuel est moins favorable pour celle-ci. Les nouveaux pommiers mis en terre visent plutôt à favoriser la production de cidres.

Outre la pomme Geneva, à chair rouge, le verger de la cidrerie comporte ainsi des variétés méconnues du grand public, telles la Newton Pippin, la Kingston Black et la Yarlington Mill. « Ce ne sont pas des pommes qui sont nécessairement bonnes à croquer, mais elles nous amènent complètement ailleurs au niveau du goût pour les cidres », relève David. 

Dans la perspective d’une « vision verte », l’utilisation d’engrais verts est, par ailleurs, en augmentation, souligne Philippe.  

Les nouveaux propriétaires de la Cidrerie Michel Jodoin ont déjà commencé à ajouter leur touche à l’entreprise. De nouveaux produits, dont des cocktails de cidre et mocktails (sans alcool), ont notamment été développés. 

Ça fait quand même cinq générations, depuis 1901, qu’on est pomiculteurs de père en fils.

Michel Jodoin

Sous leur impulsion, le volet agrotouristique et événementiel a également pris de l’importance. Trois bulles chauffées ont, par exemple, été installées cet hiver au pied du mont Rougemont et du verger. Des forfaits lunch et mousseux permettent de profiter de ces installations. 

L’initiative est à ce point couronnée de succès que Michel Jodoin affirme qu’il pourrait bien y avoir un « village de bulles » l’an prochain.

Les nouveaux associés lèvent leur verre aux différents projets de la cidrerie. Photo :  Marie-France Létourneau

Production en croissance

La production de la Cidrerie Michel Jodoin est en constante augmentation, selon le fondateur de l’entreprise, également pionnier de la microdistillerie au Québec. 

Quelque 2 millions de canettes et 1,5 million de bouteilles sont produites annuellement. Des investissements en automatisation ont été réalisés au fil des ans pour être en mesure de répondre à la demande. 

Les cidres produits à Rougemont se  retrouvent un peu partout au Québec, mais également en Europe et au Japon. Les exportations ne représentent toutefois pas une part importante du chiffre d’affaires. 

Parmi les projets à venir : la possible élaboration d’un brandy à base d’érable. Philippe souligne avoir obtenu un permis pour entailler 2 000 érables. Une grange a été convertie, à cet effet, en cabane à sucre. 

Pour sa part, Michel, 66 ans, ne manque pas de projets. En plus de jouer les mentors pour les nouveaux releveurs, celui qui a gravi quelques-uns des plus hauts sommets de la planète et réalisé des ultramarathons cogite actuellement sur ses prochains défis sportifs.  

Équipement techno

Afin d’être en mesure de répondre à la demande grandissante pour les produits en canette, la Cidrerie Michel Jodoin a fait l’acquisition d’une encaneuse à la fine pointe de la technologie. Cette dernière a un taux de roulement de 4 000 canettes à l’heure. « Nous avons demandé à notre fournisseur de machine d’embouteillage, la société italienne GAI, de fabriquer une machine pour nos besoins », explique Michel Jodoin. Cela fait changement de la précédente encaneuse de la cidrerie, qui produisait entre 800 et 1 000 canettes à l’heure. 

Le nouvel équipement utilisé pour mettre en canette divers produits est quatre fois plus rapide. Photo : Gracieuseté de la Cidrerie Michel Jodoin

3 conseils pour… un transfert d’entreprise réussi

S’y prendre à l’avance

Les différentes formalités administratives à compléter dans le cadre d’un transfert d’entreprise étant très nombreuses, le cidriculteur Michel Jodoin recommande de ne pas attendre à la dernière minute pour mettre le processus en marche. « Ça ne se fait pas en un an, souligne-t-il. De notre côté, on l’a fait en trois ans, mais je dirais qu’il faut prévoir au moins quatre ou cinq ans. »

Miser sur la communication

La clé d’un transfert d’entreprise réussi repose sur la capacité de chacun, autant les cédants que les releveurs, de communiquer au quotidien. Cette communication doit également inclure un partage de connaissances et d’expertise, estime-t-il.

Miser sur les forces de chacun

Savoir reconnaître l’expertise et les forces des releveurs d’une entreprise est une autre façon d’assurer sa pérennité. Les trois membres de la famille Jodoin appelés à poursuivre les activités de cette cidrerie de Rougemont ont chacun leur secteur de prédilection. « Ça ne nous empêche pas de nous entraider quand un de nous a besoin d’aide », souligne David Jodoin.

Le volet agrotouristique est appelé à se développer. Au cours de la saison froide, des bulles chauffées ont été plantées dans le décor de la cidrerie pour permettre aux visiteurs d’y déguster des produits. Photo :  Marie-France Létourneau
Fiche technique
Nom de la ferme :

Cidrerie Michel Jodoin

Spécialité :

Production de cidres et spiritueux à base de pommes

Année de fondation :

1988

Noms des propriétaires :

Philippe Jodoin, David Jodoin, Jean-Philippe Lachapelle et Michel Jodoin

Nombre de générations :

5

Superficie en culture :

50 hectares

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