Ma famille agricole 10 juillet 2023

L’histoire commune des Pépin et des Tourigny

WARWICK — Isabelle Pépin ne pouvait se résoudre à démanteler la ferme d’élevage de vaches laitières qui fait la fierté de sa famille depuis quatre générations dans les Bois-Francs. Mais quoi faire devant l’absence de relève? La question restait sans réponse jusqu’à sa rencontre avec un jeune agriculteur plein de promesses. 

Les yeux d’Isabelle Pépin se mouillent à la pensée de vendre la ferme familiale fondée par son arrière-grand-père, il y a plus d’un siècle, à Warwick. 

« Pourquoi je deviens émotive quand je songe à ça? » demande l’agricultrice de 54 ans, la gorge serrée, tout en jetant un regard tendre vers son père Martial et son employé, Philip Tourigny. C’est à ce jeune homme de 25 ans, qu’elle considère comme son fils, qu’elle confiera bientôt la Ferme Pépinoise.

« Comme je n’ai pas d’enfant, Philip est mon héritier à mes yeux. Je vais l’aider financièrement à acquérir la ferme, tout comme mon père m’a épaulée à mes débuts. Et je serai toujours là pour le conseiller, comme un mentor, le temps qu’il voudra bien de mon avis », poursuit Mme Pépin, qui a payé son amour pour l’agriculture au prix de ses genoux. Ses problèmes de santé l’obligent à ralentir le rythme.

La productrice laitière se souvient encore du jour, il y a quatre ans, où ce jeune étudiant en gestion agricole est venu proposer ses services. « Je lui ai dit de finir ses études et, qu’en même temps, on apprendrait à travailler ensemble », se remémore celle qui avait connu auparavant une déception avec un premier acheteur potentiel. « Ça ne cliquait pas », dit-elle simplement.

Espoir

L’ardeur au travail déployée par son nouvel employé, doublée d’une volonté bien affichée de posséder un jour son propre élevage, lui a redonné espoir de trouver un successeur capable de poursuivre le travail auquel elle s’est toujours consacrée. 

« Avant que je rencontre Philip, je ne savais plus quoi faire. Je ne trouvais pas de main-d’œuvre ni de relève. J’étais rendue à me demander si j’allais devoir vendre les animaux que j’aime et dont je prends soin depuis longtemps », ajoute celle qui, à peine âgée de quatre ans, présentait déjà les vaches de son père dans les expositions agricoles. 

Cet amour de l’éleveuse pour les animaux n’est pas feint. Son troupeau, Isabelle Pépin s’en occupe et le soigne depuis ses années d’adolescence. L’idée de le démanteler lui brisait le cœur, admet-elle avec émotions. Au mur du petit bureau attenant à l’étable, les nombreux rubans, médailles et bannières, gagnés par la Ferme Pépinoise au fil de son histoire, témoignent de la passion héritée des hommes qui l’ont précédée. 

Devant elle, le jeune homme sourit timidement. Peu bavard, il reconnaît sa chance de bénéficier d’une offre si généreuse pour acquérir une ferme, sans devoir s’expatrier. « Je suis privilégié », souligne-t-il. 

« J’aime travailler avec les animaux, confie ce fils d’agronome. Je suivais mon père dans les expositions quand j’étais petit. Je fourchais de la paille et je donnais du foin. Je restais dans l’étable pendant que mes sœurs allaient jouer dans les manèges. »

Histoire commune

Philip Tourigny n’est pas en terre inconnue à la Ferme Pépinoise puisque les Pépin et les Tourigny partagent une histoire commune. Le père de Philip a longtemps agi comme nutritionniste pour le père d’Isabelle. Et son arrière-grand-père a acheté des animaux dans cette même ferme à une certaine époque. 

« Cela fait longtemps que les deux familles cultivent un lien de confiance », souligne l’agricultrice.

Une transaction de cette ampleur demande un plan de match minutieusement préparé. L’avenue privilégiée pour le moment serait un achat graduel d’actions, tout comme Mme Pépin avait procédé avec son père. « Je ne suis pas pressée. Je ne veux pas arrêter complètement tout de suite », dit-elle.

Le jeune agriculteur se fait patient, lui aussi. Sa conjointe et sa jeune sœur, toutes deux aux études en agronomie, pourraient se joindre à lui dans l’aventure. Mais d’ici là, il profite de l’expérience de sa patronne. « L’agriculture est une belle façon de vivre. Je suis choyé », conclut-il.  

Philip Tourigny n’est pas en terre inconnue à la Ferme Pépinoise puisque son père a longtemps agi comme nutritionniste pour Martial, le père d’Isabelle (à l’avant). Photo : André Laroche

Le bon coup de l’entreprise

La construction d’un silo à grains et l’achat d’un mélangeur ont permis d’équilibrer l’alimentation du troupeau à longueur d’année, affirme Isabelle Pépin. « Auparavant, je devais acheter du foin parce qu’il me manquait de terres. Grâce au silo, le maïs a pallié mon déficit de foin », explique-t-elle. « Puis, avec le mélangeur, je peux mélanger le foin à l’ensilage de maïs pour que les animaux aient accès à la même nourriture lorsqu’ils sortent de l’étable pendant l’été. Cela a permis d’améliorer le taux de gras dans leur alimentation. Physiquement, c’est aussi plus facile à manipuler qu’une grosse botte de foin. » 

L’acquisition d’un mélangeur a amélioré l’alimentation des animaux, en plus de faciliter la manipulation. Photo : André Laroche

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Travailler en équipe

Savoir bien s’entourer est important, dit Isabelle Pépin. « Pour une femme, comme pour un homme, une bonne équipe de conseillers est rassurante. Il faut trouver un comptable et un agronome à qui on fait confiance. Ensuite, il faut se faire confiance. »

Se faire respecter

Une agricultrice doit encore affronter les préjugés machistes au Québec, déplore Mme Pépin. Il faut savoir persévérer et exiger le respect. « Des hommes sont encore réticents à négocier avec une femme. Ils me demandent à voir le patron. Quand je leur dis que je suis la propriétaire, ils demandent à parler à mon père. Je dois leur dire de retourner dans leur voiture s’ils ne veulent pas faire affaire avec moi. »

Parler un langage d’homme

Gérer des travailleurs masculins exige parfois une main de fer dans un gant de velours. « Des hommes n’acceptent pas de recevoir des instructions d’une femme. On peut essayer différentes façons de se faire comprendre, mais à un certain moment, il faut savoir se planter les pieds et sortir son langage d’homme », affirme l’agriculture d’expérience en racontant, sourire en coin, quelques anecdotes devenues savoureuses avec le temps.

Dès l’âge de 4 ans, Isabelle Pépin se faisait remarquer dans les expositions agricoles de la province. Photo : André Laroche
Fiche technique 🐮
Nom de la ferme :

La Ferme Pépinoise

Spécialité :

Élevage de vaches laitières

Année de fondation :

1912

Nom de la propriétaire :

Isabelle Pépin

Nombre de générations :

4

Superficie en culture :

135 acres (55 hectares)

Cheptel :

100 vaches


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