Stéphane Savoie et Nathalie Girard ne s’attendaient pas à voir un jour leur fille Marlène, qui se destinait à une carrière en restauration à Montréal, revenir à la ferme et reprendre, à sa façon, l’entreprise familiale. Photos : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantSAINTE-HÉLÈNE-DE-BAGOT – Stéphane Savoie et Nathalie Girard, les propriétaires de troisième génération de la Ferme F. & S. Savoie, n’avaient pas de relève. Les trois enfants avaient quitté le nid familial, William étant devenu policier, Marlène ayant déménagé à Montréal et Emerick ayant posé ses valises dans l’Ouest canadien. Et c’est leur fille montréalaise, qui travaillait dans le domaine de la restauration depuis huit ans, qui a toutefois décidé de revenir à la ferme porcine et de grandes cultures de ses parents avec le projet de se lancer en production maraîchère. Voici l’histoire du grand retour de la petite Savoie en Montérégie, dans son patelin de Sainte-Hélène-de-Bagot.

« La ferme, c’est mon projet de retraite », lance avec une pointe d’humour Marlène Savoie, âgée de… 29 ans. Plus jeune, elle parlait de reprendre un jour la ferme pour y élever des animaux ou y bâtir une table champêtre. Mais pas pour faire de la grande culture et de la production porcine, ce qui a d’ailleurs expliqué son départ. En revanche, l’idée de cultiver des légumes, d’en faire la vente directe, de bénéficier du contact avec les clients, d’éventuellement transformer ses produits selon des recettes à l’ancienne, et d’offrir des activités agrotouristiques, lui ont offert de nouvelles perspectives. Pour concrétiser son plan d’affaires, elle est retournée aux études, cette fois en agriculture, et derrière les élévateurs à grains et les hangars à machinerie de ses parents, elle a fait construire, en 2023, deux serres et deux tunnels-chenilles coiffés de son nom d’entreprise : La Petite Savoie ferme maraîchère.
J’hésitais pour le nom. Mais quand j’étais jeune, je suivais mon père partout, les gens me connaissaient. Et quand je suis revenue, les gens de certains commerces m’ont reconnue en me disant : ‘‘Ha! C’est la petite Savoie?’’ Je me suis alors dit que puisque je vends mes produits localement, ce serait plus facile de mettre un visage sur mon entreprise en l’appelant La Petite Savoie. Et ça accroche bien!
Son père, Stéphane, que Marlène surnomme le grand Savoie en raison de sa taille, travaille maintenant avec elle, ou plutôt pour elle! « Je suis content qu’elle soit revenue et de l’avoir près de nous. On a une bonne complicité, dit-il. Mais ses cultures l’occupent beaucoup. Avant, quand elle était en restauration, elle avait plus de temps pour me donner un coup de main sur les tracteurs. Même que maintenant, c’est moi qui dois parfois l’aider! »
Nathalie Girard salue le retour de sa fille Marlène à la ferme, mais raconte être restée pantoise en apprenant ses intentions de se lancer dans un projet maraîcher, qui lui remémorait personnellement un souvenir un peu douloureux. « J’ai grandi dans une ferme maraîchère, souligne Mme Girard. C’est du travail sept jours sur sept, tout l’été, et beaucoup de sacrifices à faire. » De fait, elle travaillait à désherber et à cueillir les concombres aux champs avec ses frères et sœurs, de la fin de l’année scolaire en juin au retour des classes en septembre. Des étés sans vacances et peu rémunérés, raconte-t-elle. Aujourd’hui, elle se plaît toutefois à travailler avec sa fille dans les serres. « J’aime l’ambiance ici; ce n’est pas stressant », dit-elle. Elle participe aussi aux semis et à la récolte du soya et du maïs de son conjoint.
Heureuse
Marlène Savoie amorce sa troisième année de culture. Ses légumes se vendent bien dans son kiosque libre-service, ainsi que par l’entremise d’un distributeur, et chez des restaurants, qui apprécient ses produits locaux, dont ses tomates-cerises super sucrées. « Mes tomates, c’est l’une de mes belles réussites! Les restaurants les recommandent à d’autres restaurants! », soutient Marlène Savoie. Elle continue à faire progresser ses rendements au mètre carré et se dit assez près de ses objectifs de rentabilité. En prime, elle adore ce qu’elle fait. « Avec les serres, j’ai l’impression que je vais aimer travailler ici toute ma vie, jusqu’à ma… vraie retraite! »
Marlène Savoie dit à la blague que son père réalise le même chiffre d’affaires en une journée de vente de grains qu’elle en une année de production maraîchère. Mais les multifacettes de son métier de maraîchère, incluant le contact direct avec les clients, lui permettent de s’accomplir davantage; un élément clef à la pérennité de la ferme familiale, assure-t-elle.
Transformer la ferme pour être heureux
Marlène Savoie n’est pas la première à changer la trajectoire de l’entreprise familiale. Son père l’a lui-même fait en vendant le troupeau de vaches laitières et le quota de son père. « À 23 ans, je ne voulais pas gérer d’employés. Ça m’aurait stressé », dit Stéphane Savoie, qui s’est orienté vers la production porcine et de grandes cultures. « Chaque génération a un peu sa couleur, renchérit Marlène. On reste dans l’agricole, on continue l’entreprise, mais à notre façon, et pour moi, c’est super important, car c’est un métier où on travaille tellement fort qu’il faut que tu sois 100 % épanouie, sinon tu ne tofferas pas. Tu vas te brûler après 15 ans parce que tu n’auras pas le purpose [but]. Et ce serait dommage qu’une entreprise que trois générations ont construite s’arrête. »
À la veille des semis, Stéphane Savoie effectuait des essais avec son planteur, afin d’en assurer la précision.
Le bon coup de l’entreprise
La bonne décision pour la Ferme F. & S. Savoie a été de poursuivre la croissance de l’entreprise, indique Stéphane Savoie, qui a acheté des terres et des sites porcins pour faire passer les superficies de 111 à 650 hectares. Il a acquis de la machinerie de pointe, utilisé les meilleurs cultivars tout en améliorant l’égouttement des terres afin d’en accroître les rendements. Stéphane Savoie ne déteste pas passer l’hiver en Floride. Il se concentre donc sur la production de grains, qui exige moins de temps, louant maintenant ses sites porcins. Tout est prévu pour que ses enfants, dont son fils parti vivre dans l’Ouest canadien, Emerick, puissent reprendre un jour la relève des grandes cultures.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom des fermes : | Ferme F. & S. Savoie et La Petite Savoie ferme maraîchère |
| Spécialités : | Grandes cultures et production maraîchère |
| Année de fondation : | 1920 |
| Noms des propriétaires : | Marlène, Emerick, William et Stéphane Savoie ainsi que Nathalie Girard |
| Nombre de générations : | 4 |
| Superficie en culture : | 650 ha |
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