Les multiples propriétés de la canneberge sont indéniables. Photo : Jacinthe Lefebvre
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantSi le Québec a su se tailler une deuxième place dans le top mondial des régions productrices de canneberges, c’est grâce à la détermination d’une poignée de producteurs visionnaires. Sans eux, la culture du petit fruit rouge acidulé aurait pu demeurer marginale. Le Québec est aujourd’hui le premier producteur de canneberges biologiques au monde, ce qui nous distingue des autres régions productrices avec 21,5 % des superficies totales cultivées sous la régie biologique.
Pour la petite histoire, Edgar Larocque, un distributeur de fruits et légumes, a été précurseur, en 1939, en mettant en terre des boutures de canneberges, à Lemieux, dans le Centre-du-Québec.
Il avait été inspiré, à l’époque, par la visite de producteurs au Massachusetts. Mais il a dû faire preuve de patience : cela a pris une décennie avant que l’aventure soit profitable.
Quelque 85 ans et deux générations plus tard, les Larocque misent encore sur la canneberge. L’entreprise familiale, Les atocas du Québec, membre de la coopérative de producteurs Ocean Spray depuis 1958, est aujourd’hui dirigée par le petit-fils d’Edgar, Louis-Michel Larocque, qui a lui-même succédé à son père Charles.
À l’époque, cela avait pris 45 ans avant qu’un deuxième producteur se lance dans la culture de la canneberge au Québec. Séduit par les vertus de la petite baie et son marché potentiel, Marc Bieler, un pomiculteur de Frelighsburg à l’origine, a visé juste. L’entreprise Canneberges Bieler, établie dans le Centre-du-Québec et en activité depuis 1985, est désormais le plus gros producteur au Canada, avec 587 hectares en culture.
Multiplication de fermes
Alors que le Québec comptait une douzaine de producteurs au début des années 1990, pas moins de 82 cannebergières sont actuellement réparties dans six régions de la Belle Province. Le Centre-du-Québec accueille la majorité d’entre elles, mais on en trouve également au Saguenay–Lac-Saint-Jean, dans Lanaudière, sur la Côte-Nord, ainsi qu’en Mauricie, en Chaudière-Appalaches et en Outaouais.
Les volumes [de production] ont explosé en peu de temps. On va récolter cette année plus de 300 millions de livres au Québec, conventionnelles et biologiques combinées.
Selon lui, la filière a rapidement su s’organiser dans ce contexte de croissance accélérée. Même chose pour l’industrie de la transformation. Martin LeMoine et six autres producteurs ont d’ailleurs contribué à la création, en 1994, de l’Association des producteurs de canneberges du Québec (APCQ).
Détail : la popularité du jus de canneberges, dont les vertus contre les infections urinaires ont été relevées, a contribué au développement de l’industrie au début des années 1990 au Wisconsin, principale région productrice au monde, mais aussi ailleurs, dont au Québec et en Colombie-Britannique.
Le boom de la canneberge séchée dans les années 2000 a ensuite donné un nouvel élan à la mise en marché. Muffins, barres tendres, mélange de fruits séchés et de noix, produits de boulangerie : les canneberges sont désormais partout, ou presque.
D’importants joueurs québécois, tels Fruit d’Or, Citadelle ainsi que Canneberges Atoka (fondé par Marc Bieler et acquis par Ocean Spray en 2018), ont su s’imposer, de sorte que la canneberge est exportée aux quatre coins de la planète. Il en va de même pour plusieurs propriétaires de congélateurs qui exportent directement un peu partout dans le monde leurs fruits.
Pour sa part, le marché des fruits frais demeure marginal avec moins de 4 % du total des ventes de canneberges. Cependant, depuis plus d’une décennie, quelques entreprises se démarquent pour offrir aux consommateurs des canneberges fraîches de septembre à février. Canneberges Québec, située à Saint-Louis-de-Blandford, est l’une des entreprises qui se démarquent dans les différentes épiceries.
À une plus petite échelle, Les Jardins VMO sont la seule ferme au Québec à offrir l’autocueillette, permettant du même coup aux visiteurs d’apprécier les tapis rouges de l’automne.

Le défi du bio
De l’avis de plusieurs, l’esprit d’innovation des producteurs et le climat favorable font en sorte que le Québec présente les meilleures conditions pour la culture de la canneberge, une plante vivace.
Je crois qu’on est le meilleur endroit au monde pour cultiver la canneberge et c’est un peu grâce à l’expertise qu’il y a autour de nous.
Au fil des ans, la filière québécoise, qui peut compter sur le Club Environnemental et Technique Atocas Québec (CETAQ) et, depuis peu, sur le Centre de recherche et innovation de la canneberge (CRIC), a été très active en matière de recherche et développement. Le but : améliorer les techniques de production et les pratiques agroenvironnementales, dans un contexte de changements climatiques.
Après avoir connu un essor important, la production biologique présente cependant des défis depuis quelques années. Et les superficies bio sont en recul. Alors qu’elles atteignaient 38 % en 2020, elles représentaient 21,5 % des cultures totales en 2023.
La difficile lutte, en régie bio, contre la tordeuse des canneberges, est en partie responsable de la situation, explique Cassandra LeMoine, présidente du CETAQ. L’insecte ravageur peut faire chuter les rendements de façon importante. Le CETAQ est néanmoins à l’affût en effectuant un dépistage hebdomadaire des insectes, autant en régie biologique que conventionnelle.
Des recherches sont en outre effectuées afin de trouver de nouvelles solutions pour contrôler la tordeuse. À titre d’exemple, un premier lâcher de trichogrammes (une miniguêpe parasitoïde) a été effectué cette année, souligne Mme LeMoine, agronome au Bureau LeMoine.
Enjeux
À moyen et à long terme, la filière québécoise de la canneberge devra continuer à faire ses preuves et à démontrer ses « réels impacts » sur le plan environnemental, estime le président de l’Association des producteurs de canneberges du Québec, Vincent Godin.
Il y a encore beaucoup de « méconnaissance et d’idées préconçues sur la culture de la canneberge au sein du ministère de l’Environnement et des autres paliers réglementaires », estime celui qui est propriétaire de la cannebergière Pampev et copropriétaire du transformateur Emblème Canneberge.
L’un des pionniers de la culture de la canneberge au Québec, Marc Bieler, croit pour sa part que les vertus santé (source de vitamine C, propriétés antioxydantes, antibactériennes et autres) du petit fruit rouge gagneraient à être davantage connues des consommateurs. « Il y a un travail à faire de ce côté-là, si on veut que le marché soit en croissance », dit-il.
Les multiples propriétés de la canneberge sont indéniables, opine le cofondateur de Fruit d’Or. « On découvre ses grands bienfaits pour le microbiote, dit Martin LeMoine. Ses qualités prébiotiques et probiotiques créent aussi un nouveau marché. Ce sont de belles pistes pour le futur. »
À lire aussi
Ce contenu partenaire vous est offert par
