Dragos Iuroaia offre des pommes bio en autocueillette, de même que du cidre. Le fait d’être sous régie biologique n’augmente pas ses profits comparativement à un producteur sous régie conventionnelle, mais il tient à rester fidèle à ses valeurs. Photos : Gracieuseté des Domaines Roka
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S'abonner maintenantLe marché de la pomme biologique est soumis à une forte compétition provenant des États-Unis, ce qui nuit au déploiement de cette production en sol québécois.
« Ici au Québec, c’est toujours la même chose : le dumping [des producteurs américains]. Ils arrivent avec de belles boîtes de pommes à 23 $; ça ne marche pas. Avec les chaînes d’épicerie, je suis obligé de subir les baisses de prix, sinon je me fais tasser, alors nos marges de profit sont moindres. Ce n’est pas si facile de faire de la pomme bio au Québec; il y a de gros producteurs qui se sont essayés et qui ont lâché. Je suis rendu pas mal tout seul de gros », se désole Mario Cataphard, un producteur, emballeur et transformateur de pommes biologiques situé à Saint-Joseph-du-Lac, dans les Laurentides.
Chez les Producteurs de pommes du Québec, le directeur général Jérôme-Antoine Brunelle abonde dans le même sens. « Faire de la pomme fraîche top qualité bio, c’est beaucoup d’ouvrage. Certains producteurs réussissent, mais ils sont en compétition contre la pomme bio de Washington qui arrive ici à bon marché. Là-bas, c’est un climat plus sec [ils ont donc moins de problèmes de maladies fongiques]. Si tu regardes la moyenne de la dernière année, il y a une différence de 0,50 $ la livre entre le prix de vente au détail de la pomme bio en vrac et la pomme conventionnelle en vrac. Ce n’est pas beaucoup », fait remarquer M. Brunelle. Il précise que plusieurs solutions de rechange pour la réduction des pesticides, comme les pièges à phéromones, sont adoptées par des producteurs sous régie conventionnelle. « Mais de là à passer au bio, c’est une autre paire de manches », dit-il.

Des défis au menu
Les techniques propres au bio sont bien assimilées et efficaces au Verger Maia de Mario Cataphard, mais les défis sont toujours au menu. L’arrivée des scarabées japonais en est un exemple. « Une fois que tu en as, tu n’as pas d’insecticide comme dans le conventionnel, alors ça fait des ravages », note-t-il. Globalement, il s’en tire bien malgré tout, tout comme un autre producteur de pommes bio, Dragos Iuroaia, des Domaines Roka. « Il faut que tu sois au moins sept ou huit ans en bio, pour que l’environnement se refasse et qu’il y ait plus de prédateurs naturels. Aussi, il faut appliquer les biopesticides au bon moment. En conventionnel, ils appliquent l’insecticide quand l’insecte arrive, mais en bio, tu dois prévenir, sinon tu vas dépenser du temps et de l’argent sans être efficace du tout », commente le producteur de Mont-Saint-Grégoire, en Montérégie.
L’autre bataille
La mise en marché des pommes bio en épicerie est un autre défi, fait remarquer Mario Cataphard, car la régie biologique interdit certaines méthodes de conservation employées sous régie conventionnelle.
En bio, on a le droit à l’atmosphère contrôlée et ça finit là. L’autre bataille, c’est donc avec les épiceries, car au lieu de les réfrigérer, ils les mettent sur les tablettes et les pommes se gaspillent. Ça nous fait plus de pertes dans le bio.
Malgré tout, le producteur réussit à vendre bon an mal an toutes ses pommes biologiques. Il a augmenté la superficie de ses vergers et achète des pommes bio des autres pomiculteurs. Le marché de la pomme fraîche demeure le plus payant pour son entreprise, mais aussi le plus exigeant en main-d’œuvre. Mario Cataphard songe donc à accroître sa mise en marché de pommes destinées à la transformation. « On regarde pour en faire plus, car c’est beaucoup en demande et pas mal moins d’ouvrage que de la pomme fraîche qui doit avoir une fermeté, une couleur parfaite et pas de poque. Sauf que dans la pomme 2 [de transformation], ce sera bon jusqu’à ce que le prix chute… Ma fille décidera; c’est elle qui veut prendre la relève. »
De façon globale, la relève dans la pomiculture bio est un aspect qui le fait sourciller. « Pour l’instant, la production est stable. Ceux qui sont en bio, ils y croient et ils continuent. Mais est-ce qu’ils ont de la relève, de ce que je vois, je dirais que non », déplore-t-il.