Les prix des grains bio ont repris du tonus seulement lorsque l’administration américaine a levé les incertitudes au sujet de l’ACEUM. Photo : Martin Ménard/Archives TCN
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S'abonner maintenantAprès deux ans de morosité, les prix des grains bio remontent la pente, selon trois intervenants consultés par La Terre.
« L’année 2026 s’annonce comme une bonne année. Au niveau du soya d’alimentation humaine, ça sera peut-être la meilleure qu’on ait jamais connue », soutient avec enthousiasme David Proulx, directeur général de RDR Grains et Semences.
Le semencier de Nicolet est plus ou moins surpris de ce retour du balancier. « Quand, en 2021 et 2022, les prix sont montés trop haut, cela a échaudé tout le monde et les produits ne se sont pas vendus. La différence aujourd’hui, c’est que les prix sont revenus à un niveau plus acceptable et que la demande est repartie. »
Le directeur général de la Coop Agrobio, Guillaume Camirand, abonde dans le même sens.
On est en train de se sortir la tête de l’eau. Avant cette chute des deux dernières années, on avait des prix incroyables. Le soya était à 2 000 $ la tonne, on était à 800 $ dans le blé et à 625 $ dans le maïs. On a atteint un sommet, les marchés n’ont pas su suivre et la bulle a éclaté.
Le président du Syndicat des producteurs de grains biologiques du Québec (SPGBQ), Pierre Labonté, garde pour sa part l’œil sur le marché de l’exportation, qui est essentiel pour écouler les récoltes des producteurs bio québécois.
« Pour l’instant, les prix ont repris du poil de la bête à cause de notre voisin américain qui impose des tarifications douanières à bien des pays. Ça a augmenté le prix du grain qui vient de l’Afrique, de l’Ukraine et de la Turquie. Ils ont à faire avec des tarifs de 10 à 15 %. Ça nous donne un avantage parce que les Américains respectent notre accord de libre-échange pour le moment. »
Merci à l’ACEUM

Les prix des grains bio ont d’ailleurs repris du tonus seulement lorsque l’administration américaine a levé les incertitudes au sujet de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). « J’ai eu la chienne au mois de février parce qu’avec Trump, si ce mosus-là avait décidé de n’écouter personne et que plus aucun grain ne traversait la frontière, on était dans le trouble parce que le marché local ne suffit pas. Mais au printemps, mes clients américains sont revenus et ils m’ont dit : “On va de l’avant!” », souligne David Proulx.
Bien qu’optimiste sur la tendance, Guillaume Camirand se garde bien de célébrer tout de suite. « Oui, les prix se replacent. Cependant, reste à voir si les bénéfices ne seront pas annulés à cause du rendement. Si, à cause de la sécheresse cet été, tu fais deux tonnes de moins à l’hectare, tu te retrouves un peu avec la même situation en termes de rentabilité d’entreprise. Au final, on se retrouve à faire un peu de surplace. »
Le directeur général de la Coop Agrobio a également été témoin de la nervosité du marché bio lors de l’arrivée de Donald Trump en début d’année. « Les producteurs se sont alors tournés vers le marché local, qui a profité un peu du sentiment de panique pour se couvrir rapidement et plus loin dans le temps. Ce qui fait que présentement, le marché local est couvert pour les 8 à 10 prochains mois, ce qui réduit énormément les options. »
Pour une stabilité du marché
C’est pourquoi Guillaume Camirand insiste beaucoup auprès des producteurs sur l’importance de bien gérer les stocks et les espaces d’entreposage. « C’est la clé pour profiter des opportunités du marché. Parfois, tes silos sont pleins et tu es obligé de vendre un peu sous le prix. Il faut connaître la dynamique du marché. Dans celui du blé, par exemple, une fois que les trois ou quatre principaux acheteurs se sont couverts, ce n’est plus le temps d’établir une stratégie. Les minoteries et les moulins se couvrent en novembre, décembre et janvier. C’est pendant cette période que les producteurs doivent être actifs pour profiter de la filière boulangère. »
Pour arriver à moins de volatilité des prix dans le secteur biologique, comme ce qu’on a connu depuis le début de la décennie 2020, le directeur général de la Coop Agrobio estime qu’une réflexion s’impose.
« Je pense que le marché bio ne devrait pas avoir de fluctuation comme dans le conventionnel qui se transige à la bourse. Nos éléments de référence à nous, c’est le coût de production de l’agriculteur et le coût de revient du transformateur. Si les inventaires et la demande restent normaux et stables, on ne devrait pas avoir un si grand niveau d’instabilité. C’est une conversation qu’on devrait avoir », conclut Guillaume Camirand.