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La ferme expérimentale d’André Desmarais compte aussi une cuisine laboratoire. On y expérimente différentes technologies de transformation des aliments, comme la congélation ultrarapide à - 48 °C. Crédit photos : Thierry Larivière/TCN

La ferme expérimentale d’André Desmarais compte aussi une cuisine laboratoire. On y expérimente différentes technologies de transformation des aliments, comme la congélation ultrarapide à - 48 °C. Crédit photos : Thierry Larivière/TCN

Le retour à la terre du milliardaire André Desmarais

HEMMINGFORD — André Desmarais, co-chef de la direction de Power Corporation et l’un des hommes les plus riches au Canada, estime que l’agriculture peut jouer un rôle important dans la mutation à venir de l’économie du pays, qui risque de s’accompagner de licenciements d’employés remplacés par des robots et des ordinateurs.

« Beaucoup de gens ne pourront pas participer à cette ère technologique », a expliqué André Desmarais, en entrevue à la Terre à sa propriété, la Ferme des Quatre-Temps, le 9 mars. La mondialisation et les avancées technologiques risquent en effet de créer une « dislocation », où le nombre d’emplois total sera en baisse.

« Pourquoi pas un retour à la terre? » lance André Desmarais, qui estime que le métier de « fermier » pourrait jouer un rôle pour redonner un revenu décent à plusieurs personnes et ainsi assurer une « paix sociale », tout en améliorant la santé de la population. « C’est très digne d’être un producteur », lance le nouvel agriculteur.

La ferme mise sur un croisement entre le bœuf Belted Galloway et le Wagyu. Crédit photos : Thierry Larivière/TCN

La ferme mise sur un croisement entre le bœuf Belted Galloway et le Wagyu. Crédit photos : Thierry Larivière/TCN

Un autre élément de motivation d’André Desmarais est l’arrivée de son petit-fils qui l’a amené à lire plusieurs articles sur la santé et l’alimentation. « Je voulais faire quelque chose de plus que donner de l’argent », affirme l’agriculteur milliardaire. Il a alors acheté une terre à Hemmingford en Montérégie et a engagé des personnes qualifiées telles que Jean-Martin Fortier, copropriétaire des fameux Jardins de la Grelinette, à Saint-Armand. « Je souhaitais avoir une ferme expérimentale, biologique, durable et économiquement viable pour les agriculteurs », raconte André Desmarais, dont le but est de mettre au point un modèle de petite ferme qui permettrait à un producteur de tirer un revenu de 100 000 $ par an et d’attirer ainsi suffisamment de monde vers un retour à la terre.

Jean-Martin Fortier, responsable du secteur maraîcher, est l’un des cinq employés à temps plein de la ferme. Crédit photos : Thierry Larivière/TCN

Jean-Martin Fortier, responsable du secteur maraîcher, est l’un des cinq employés à temps plein de la ferme. Crédit photos : Thierry Larivière/TCN

Selon André Desmarais, il faut que le Canada évite la colère qui a mené au Brexit ou à l’élection de Trump. Les trois piliers qui maintiennent le Canada en bonne position à cet égard sont l’éducation « abordable », un système de pension qui est bien financé et l’assurance maladie. L’homme d’affaires estime que le pilier le moins solide des trois est la santé. C’est pourquoi il s’implique notamment à l’Institut de cardiologie de Montréal. La qualité de la nourriture, un cœur en santé et l’activité physique peuvent donner une « meilleure chance de sauver notre système de santé ».

Expansion en cours

Pour arriver à ce type d’impact dans la société, la Ferme Quatre-Temps ne restera pas confinée à Hemmingford. Une autre ferme a ouvert ses portes à Port-au-Persil, dans Charlevoix. Celle-ci se consacrera aux agneaux et aux veaux de pré-salé. De plus, un projet est en cours près de Toronto, à Saint-Tropez en France, à Terre-Neuve et à Saint-François-Xavier-de-Brompton. Prochainement, 4 fermes d’animaux et de 8 à 12 exploitations maraîchères sont prévues. Le propriétaire espère contribuer à créer 100 fermes en 10 ans.

Une formation d’un à deux ans sera offerte à Hemmingford, qui dispose d’ailleurs d’une très belle salle de classe.

André Desmarais explique que les nouvelles exploitations ne se trouveront pas toujours sur des terres qui appartiennent à la Ferme des Quatre-Temps. « J’ai pensé à une façon de financer ça », ajoute le dirigeant de Power Corporation, qui compte discuter avec des compagnies d’assurance et des banques pour créer un fonds pour lequel il envisage de prendre à son compte les premiers 10 % de mauvaises créances. De cette façon, le financement pourrait être avantageux pour les nouvelles petites fermes.

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