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Les quotas de fromages européens seront très payants!!!

Les détenteurs des futurs quotas d’importation de fromages fins européens (16 000 tonnes additionnelles) au Canada seront assis sur une mine d’or.

Ceux-ci pourraient en effet toucher une rente allant de 145 M$ à 1,2 G$ sur cinq ans, selon le critère de calcul retenu. C’est ce qu’a avancé le professeur Maurice Doyon, de l’Université Laval, dans le cadre de l’assemblée publique annuelle de Financement agricole Canada (FAC), le 21 août dernier.

Sur la base de l’écart du prix du lait à la production, ces détenteurs pourraient en tirer 29 M$ par an, a noté le conférencier, aidé dans ces calculs par Raymond Dupuis. Le prix du fromage européen est en effet inférieur de 2,50 $/kg par rapport au fromage canadien vu qu’un hectolitre de lait coûte quelque 80 $ ici contre 55 $ en France. En actualisant cette donnée sur cinq ans, on obtient 145 M$, une fois déduits les frais d’importation sur les 16 000 tonnes visées.

La rente est encore plus faramineuse si on la calcule à partir du prix à la consommation. L’enquête réalisée par MM. Doyon et Dupuis a révélé un écart moyen de 19 $/kg de fromage entre Québec (37 $) et Grenoble (18 $), pour un panier de 14 fromages. Actualisée sur cinq ans, la rente atteint 1,2 G$, ou 246 M$ par an. Selon le conférencier, la réalité est probablement plus proche de cette deuxième hypothèse.

Donnés ou vendus?

Le Dr Doyon est d’avis que le gouvernement fédéral devrait vendre ces permis à l’enchère au lieu de les donner. Les sommes ainsi dégagées pourraient être consacrées à la mise en place de projets structurants pour les producteurs de fromages fins d’ici, a soutenu le professeur. Une telle initiative les aiderait à mieux faire face à la concurrence, à faire croître le marché intérieur – une bonne nouvelle pour les producteurs de lait – et à explorer des marchés d’exportation.

À cet effet, M. Doyon suggère aux petits producteurs fromagers de se regrouper afin d’avoir les volumes requis pour pénétrer le marché américain avec leurs produits de haute qualité et les plus dispendieux. « Des fromages fins se détaillent de 48 $ à 89 $/kg sur les marchés de niche de New York et de Boston alors que le prix du lait représente 8 $/kg au Québec », a-t-il noté. On sait que le Québec a exporté plus de 6 000 tonnes de fromages de spécialité aux États-Unis en 2012.

Par ailleurs, « l’ensemble des producteurs de lait et de fromages ne gagnerait rien si Ottawa se contente de donner ces permis ». De plus, donner ces quotas au prorata aux détenteurs actuels « ne ferait qu’enrichir ce groupe, sans mérite de leur part », a-t-il fait valoir. Fils d’un producteur de lait de l’Estrie, M. Doyon affirme « qu’il n’y a aucune justification pour donner ces permis à des distributeurs alimentaires ou à des individus ».

On dénombre actuellement 94 détenteurs canadiens de contingents de fromages européens : des transformateurs (dont Agropur, Saputo, Gay Lea, Skotidakis, Parmalat, Kraft Canada et Unilever), des chaînes d’alimentation comme Loblaws et plusieurs distributeurs alimentaires.