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Pendant la traversée, Fanny n’hésitait pas à monter aux cordages. Crédit photo : Gracieuseté de La Grande Traversée

Pendant la traversée, Fanny n’hésitait pas à monter aux cordages. Crédit photo : Gracieuseté de La Grande Traversée

Fanny a adoré « jouer au colon »

SHERBROOKE — Fanny Gauthier-Patoine a toujours eu la bougeotte. Cette envie irrésistible de bouger, qui lui a fait détester l’école, l’a conduite sur les routes… et sur la mer.

C’est d’ailleurs au Brésil qu’elle a appris que sa candidature était retenue pour La Grande Traversée, un documentaire d’aventure présentement à l’affiche de la télévision de Radio-Canada.

« Je crois avoir été choisie pour mon côté agricole. J’étais la soigneuse de poules », relate la jeune femme de 24 ans, originaire de Sherbrooke. Elle est la fille de Jean Patoine, un employé du bureau régional du ministère de l’Agriculture.

Après deux ans à sillonner le Canada et les États-Unis sur le pouce, elle dit avoir atterri à la Ferme Marjo, de Saint-Adrien, à une trentaine de minutes de Sherbrooke. Le propriétaire Mario Fréchette, confie-t-elle, est celui qui l’a convaincue de poursuivre ses études en gestion et technologies d’entreprise agricole au Cégep de Sherbrooke. Alors qu’elle était en réflexion quant à son avenir à la ferme, elle a déposé sa candidature pour La Grande Traversée.

Fanny Gauthier-Patoine, globe-trotter et agricultrice, montre ici le pain de marin qu’elle devait parfois tailler à la « hache » pour s’alimenter durant La Grande traversée.  Photo : Pierre-Yvon Bégin/TCN

Fanny Gauthier-Patoine, globe-trotter et agricultrice, montre ici le pain de marin qu’elle devait parfois tailler à la « hache » pour s’alimenter durant La Grande traversée.
Photo : Pierre-Yvon Bégin/TCN

« Tout le monde était content pour moi, sauf Mario parce qu’il perdait son employée au début de l’été, confie Fanny. À l’émission d’hier soir [2 mai], on voyait la ferme et son tracteur. Il était fier. C’est devenu mon meilleur agent; il en parle à tout le monde. »

Rappelons que La Grande Traversée avait pour but de porter à l’écran la vie des premiers habitants de la Nouvelle-France durant leur traversée de l’océan Atlantique. Pour recréer l’atmosphère de l’époque, les 10 participants ont navigué à bord d’un voilier trois mâts, l’Espérance, avec les moyens de ce temps-là, sans même une brosse à dents.

Comme bon nombre d’ancêtres de Québécois, ils sont partis du port de La Rochelle en Normandie. Du 4 juin au 25 juillet, ils ont connu le meilleur comme le pire. Le premier mois s’est déroulé dans des conditions idéales, sous le soleil et le mercure se baladant entre 25 et 30 °C.

« On blaguait entre nous en nous disant que nous étions des colons en croisière », rapporte Fanny.

Puis, ont suivi les tempêtes à répétition, le froid et la faim. La nourriture fraîche ayant vite été épuisée, ils avaient pour menu principal du riz sauvage, des gourganes, de la morue et du hareng séché, ainsi que le traditionnel pain de marin. Si dur, qu’il fallait parfois le couper à la hache.

Fanny Gauthier-Patoine admet que cette aventure a été très dure physiquement. Les participants étaient confinés à une minuscule cabine de 12 pieds sur 12 pieds, contenant leur coffre avec les vêtements d’époque, les provisions, une table et le coin pipi. On repassera pour l’intimité.

« C’était encore plus dur psychologiquement, admet-elle. C’était comme une petite prison sur l’Atlantique. Tout le monde, l’un après l’autre, ça tombait. »

« Mais une fois qu’on a touché terre, ajoute-t-elle, je m’ennuyais du bateau. Je suis sortie trop vite de cette bulle. »

Privations et vie moderne

Pendant la traversée, Fanny a bien sûr eu une pensée particulière pour les premiers colons, « sûrement très courageux ». Celle qui a appris qu’elle compte une fille du Roy parmi ses ancêtres s’imagine que la traversée devait être « l’enfer » à l’époque, les voyageurs étant littéralement enfermés dans la cale avec les animaux.

Fanny se dit consciente que les premiers colons ne s’embarquaient qu’avec pour seul bagage quelques vêtements et l’espoir d’une vie meilleure. Dans son cas, elle savait que les privations seraient de courte durée et qu’elle retrouverait sa vie moderne. « Ça m’a permis de relativiser ce qu’on vit tous les jours, analyse-t-elle. On est riches et c’est incroyable à quel point on est gâtés. »

« Le bateau, poursuit-elle, c’est une belle place pour travailler sur soi. Ça forme l’esprit, la pensée. Ça donne la possibilité de continuer à évoluer, à grandir, à ne pas être paralysé par ses peurs. »