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À l’école de la bière

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Tel que publié dans La Terre de chez nous

La bière a une saveur particulière à l’Université Laval grâce à la microbrasserie Brassta. En plus d’initier des étudiants à la production brassicole, celle-ci attise le sentiment d’appartenance de la communauté universitaire.

Sur le campus de l’Université Laval, après s’être creusé les méninges, nombre d’étudiants convergent vers le Pub universitaire, où ils peuvent se délecter d’une ou de plusieurs pintes de boissons houblonnées.

Le produit vedette de l’endroit : La Rousse et Or, une bière faite par la microbrasserie Brassta. Créé en 2006, le comité étudiant permet aux amateurs de « broue » de s’initier à l’industrie brassicole tout en offrant un rafraîchissement « local » à la communauté estudiantine.

« Notre slogan, c’est : “Une bière brassée par les étudiants pour les étudiants” », explique le directeur de la recherche chez Brassta, Jérôme Ouellet, en enfilant le sarrau et le bonnet, tenue obligatoire dans le laboratoire pilote de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation où les étudiants brassent la bière. À ses côtés, le président de Brassta, Charles Paré-Plante, ajoute : « Avec notre bière, on tente de développer un sentiment d’appartenance à l’Université. »

C’est pour cette raison que la microbrasserie étudiante a décidé de nommer sa seule bière régulière (la Rousse et Or) en l’honneur de l’équipe sportive locale. « On a décidé de ne pas la brasser cet été pour offrir des bières plus légères. Les gens me le reprochent tous les jours », rigole Charles Paré-Plante, étudiant de deuxième année en science et technologie des aliments, en se dirigeant vers la station de brassage du laboratoire.

Les installations de l’Université ne permettent de brasser que 50 litres de bière. L’équipe y produit des brassins lorsqu’elle souhaite expérimenter une nouvelle recette. « On possède une bonne quantité de grains, note le directeur de recherche en s’approchant de la cuve d’empattage. Les gens peuvent essayer des nouvelles recettes quand ils le souhaitent. »

La bière vendue au Pub universitaire (un baril par jour) et lors des événements est produite dans les cuves d’une microbrasserie partenaire. Le comité étudiant a récemment conclu une entente avec Boréale. C’est cette entreprise qui se chargera de la production de la bière de Brassta. Ce partenariat permettra à la brasserie étudiante de mettre de l’avant un nouveau projet. « On souhaite commencer la production en cannettes, indique Charles Paré-Plante. Ça va nous permettre d’étendre notre marché et de vendre notre bière aux associations étudiantes pour leurs partys de fin de session, par exemple. »

Le développement du marché de la microbrasserie bénéficie aux étudiants, explique le président. « Les membres de Brassta sont tous bénévoles et notre profit est redistribué dans la communauté, explique-t-il en saluant un technicien à la sortie du laboratoire. À chaque bière vendue au pub, 50 sous s’en vont dans un fonds d’aide aux étudiants en difficulté financière. » Les profits générés par la vente de cannettes seront également distribués sous forme de bourses d’implication ou de subventions à des groupes étudiants en démarrage.

Du champ au verre

Depuis l’an dernier, l’équipe de Brassta cultive également ses propres plants de houblon sur un petit lopin de terre qui appartient à l’Université, tout juste à l’extérieur du campus. « Cette parcelle de terre était abandonnée », explique Jérôme Ouellet, accroupi aux abords du petit jardin où pousseront les plants de houblon. « Il a fallu arracher une grosse haie avec un tracteur. »

L’an dernier, Brassta a fait pousser 12 plants de houblon dans des pots. Cet été, l’équipe souhaite mettre en terre ces boutures en plus de semer 40 nouveaux plants. « Le houblon qu’on choisit est exotique. On se sert de notre statut universitaire pour sortir des sentiers battus », mentionne Charles Paré-Plante en désherbant un pot au sol.

Le houblon semé par les étudiants ne se retrouvera pas dans un verre de bière de sitôt. Le plant prend trois ans avant de devenir mature. La production, modeste, ne suffira pas à répondre aux besoins de la microbrasserie. « On le fait surtout pour permettre aux membres de toucher à toutes les étapes de la production de la bière, soutient le président de Brassta. Ça fait partie de l’apprentissage. »

L’ancien étudiant en génie, qui a eu un coup de foudre en produisant de la bière maison avec un ami, déplore qu’il n’y ait pas de formation spécifique à l’industrie brassicole au Québec ni au Canada. Il faut se rendre en Belgique pour obtenir le titre de maître brasseur, explique-t-il. C’est son implication auprès de Brassta qui lui a permis de décrocher un emploi d’été dans une microbrasserie québécoise. « C’est fou comment j’apprends en étant membre de Brassta », fait remarquer celui qui rêve d’ouvrir un pub.

Pour sa part, Jérôme Ouellet n’exclut pas d’effectuer un stage dans l’industrie brassicole au cours de son parcours universitaire. Il se réjouit pour l’instant de pouvoir allier ses deux passions, la recherche et le houblon, en s’impliquant auprès de la microbrasserie étudiante.