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Armé de son équipement rudimentaire de tournage, Thierry Bailliet expose le quotidien des agriculteurs français depuis environ sept ans. Photo : Vincent Cauchy/TCN

Armé de son équipement rudimentaire de tournage, Thierry Bailliet expose le quotidien des agriculteurs français depuis environ sept ans. Photo : Vincent Cauchy/TCN

À l’assaut du Web pour expliquer leur métier

PARIS — Le glyphosate, les néonicotinoïdes, le bien-être animal et les protéines végétales sont autant de sujets qui ont fait l’actualité au cours des derniers mois et pour lesquels les agriculteurs sont montrés du doigt, peu importe où ils se trouvent sur la planète. Pour nuancer et balancer les faits relatifs à leur métier, des producteurs de partout prennent le Web d’assaut pour expliquer leur quotidien.

En février 2019, une dizaine d’agriculteurs actifs sur YouTube se sont donné rendez-vous à Paris dans le cadre du Salon international de la machinerie agricole afin de dispenser des conseils sur la communication positive en agriculture aux visiteurs qui souhaitent les imiter. Ce sont des « agriyoutubeurs ». Thierry Bailliet est l’un d’eux.

« L’agriculture est plus ou moins bien vue en France, comme dans bien d’autres pays d’ailleurs. Ici, on a ce qu’on appelle de “l’agribashing” provenant de gens qui considèrent que ce que l’on fait n’est pas nécessairement positif », explique l’homme de 46 ans, qui cultive pommes de terre, carottes, betteraves, céréales et ray-grass dans le nord de la France.

C’est pour contrer cette tendance au négativisme qu’il a créé il y a presque sept ans la chaîne YouTube Thierry, agriculteur d’aujourd’hui, qui compte près de 46 000 abonnés. À l’aide de capsules, il s’applique à faire rayonner son métier, s’adressant parfois à ses pairs qui, comme lui, nourrissent la France, et d’autres fois aux néophytes afin de vulgariser les pratiques actuelles.

Plus rares au Québec

L’agricultrice Caroline Fillion, de Saint-Sébastien, en Estrie, est l’une des rares au Québec à prendre son bâton de pèlerin pour tenter de déboulonner certains mythes relatifs à son métier. Connue sur la toile sous le nom de son exploitation, Ferme Fillannœuf, elle publie de courtes capsules sur Facebook, YouTube et Twitter pour présenter son quotidien à la ferme avec ses trois enfants. Ce qu’elle veut plus que tout, c’est informer et éduquer les visiteurs.

« Les gens ont parfois une mauvaise opinion de ce qu’on fait. Il arrive qu’on se fasse ramasser sur les médias sociaux. Je voulais qu’ils voient qu’en agriculture, c’est comme dans la vie de tous les jours : il y a de bons, mais aussi de moins bons côtés. C’est ce que je voulais montrer en ouvrant les portes de ma ferme, souligne Mme Fillion, qui produit souvent des vidéos éducatives, par exemple pour mentionner la différence entre les œufs bruns et les œufs blancs. Fréquemment, je vais répondre aux questions des gens par vidéo. Il y a certaines choses qui sont plus difficiles à expliquer, mais je prends le temps. »

Caroline Fillion insiste sur le fait qu’il faut montrer les vraies choses, qu’elles soient belles ou moins belles. Photo : Gracieuseté de Caroline Fillion

Caroline Fillion insiste sur le fait qu’il faut montrer les vraies choses, qu’elles soient belles ou moins belles. Photo : Gracieuseté de Caroline Fillion

Des « agbassadeurs »

Caroline Fillion fait aussi partie des « agbassadeurs », une initiative du groupe pancanadien Agriculture plus que jamais, qui vise à mettre de l’avant la communication positive en agriculture.

« Le public a plus confiance aux producteurs qu’aux entreprises ou aux regroupements agricoles », souligne d’entrée de jeu Aimée Ferrée-Stang, consultante en médias sociaux chez Financement agricole Canada, qui chapeaute le groupe. « Si un agriculteur prend le temps d’expliquer les choses qu’il fait et pourquoi il les fait pour parler de bien-être animal, de questions de salubrité ou de main-d’œuvre, les gens auront plus tendance à le croire. »

L’objectif premier de cette campagne est d’aider les producteurs à faire eux-mêmes de « l’agripromotion ». Une infolettre où l’on dispense des conseils est envoyée à plus de 5 000 acteurs de l’industrie pour les aider à parler positivement de l’agriculture à travers le Canada. « Que ce soit sur les réseaux sociaux ou en personne, on veut que les gens puissent dire : “Je connais un producteur” », mentionne la consultante.

La situation est un peu particulière dans la Belle Province, selon Mme Ferrée-Stang, en raison de l’organisation des différentes fédérations, qui multiplie les efforts d’« agripromotion ». Le besoin d’établir le contact direct entre les producteurs et les consommateurs devient alors moins criant.

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