Syndicalisme 1 mai 2025

Début de la mobilisation contre les effets de la bourse du carbone 

SAINT-JEAN-SUR-RICHELIEU – « On demande une révision urgente du système de la bourse du carbone du Québec, ou d’en exempter le secteur agricole », a lancé Jérémie Letellier, président de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie. Il a fait cette déclaration en marge de la conférence de presse que son équipe a organisée à ce sujet, le 1er mai, à Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie, afin de lancer une vaste campagne de mobilisation. 

Les agriculteurs du Québec se trouvent désavantagés face aux producteurs du Canada anglais, de même que des États-Unis, qui n’ont pas à payer un montant supplémentaire sur leurs achats de carburant diesel, de propane ou de gaz naturel, alors qu’au Québec, le système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions (SPEDE) de gaz à effet de serre, la fameuse bourse du carbone, se répercute sur le prix des carburants fossiles. 

« La [bourse du carbone] est supposée inciter les grands émetteurs de gaz à effet de serre à diminuer leur empreinte carbone, mais tout ce qu’ils font, c’est nous refiler la facture. C’est nous autres qui payons le bill », insiste M. Letellier, dont l’organisation estime que, depuis 2015, les agriculteurs ont versé environ 480 M$ à la bourse du carbone, c’est-à-dire au Fonds d’électrification et de changements climatiques. « Les sommes versées dans ça ne sont pas utilisées à bon escient. Ce n’est pas de l’argent injecté dans des programmes pour décarboner nos activités. Et ce n’est pas en voie d’être fait non plus. C’est pour ça qu’on demande d’exempter le secteur agricole. » 

Des membres de l’UPA, dont Jérémie Letellier et Martin Caron, ont pris le micro pour déplorer les problèmes de compétitivité des fermes québécoises émanant de la bourse du carbone. Photo : Martin Ménard/TCN

Comment?

Contrairement à une taxe sur le carbone, il serait difficile, avec le système de bourse du carbone du Québec, d’exclure uniquement les agriculteurs. Jérémie Letellier le sait, mais il estime que tout cela fera partie des négociations avec le gouvernement, car il n’est pas chaud à l’idée d’un remboursement.

Les producteurs sont tannés de payer pour la bourse du carbone, mais on ne veut pas non plus d’un processus fastidieux de remboursement, avec des formulaires à remplir et des délais. Idéalement, on aimerait ne pas en payer du tout.

Jérémie Letellier

Lors de la conférence de presse, Martin Caron, président de l’UPA, a tenu à préciser que des résolutions ont été votées lors des assemblées des quatre dernières années, afin de demander d’exempter les agriculteurs des paiements associés à la bourse du carbone. Il a dit que cette mobilisation du 1er mai était un « lancement » qui pourrait se poursuivre dans d’autres régions afin de régler la question.

Plusieurs producteurs étaient présents à la conférence de presse du 1e mai. Photo : Martin Ménard/TCN

« Montrez vos reçus »

Les agriculteurs du Canada anglais ont mis de la pression, ces dernières années, pour mettre fin à la taxation carbone du gouvernement fédéral, qui régit la majorité des provinces canadiennes. Jusqu’à tout récemment, la campagne #ShowYourReceipts incitait les producteurs canadiens à montrer leurs reçus afin de démontrer au gouvernement le coût réel de la taxation carbone pour les agriculteurs et les ranchers.

Aussitôt nommé premier ministre du Canada, Mark Carney a signé un décret, le 14 mars, ordonnant que la taxe sur le carbone soit annulée au 1er avril 2025, date à laquelle elle devait passer de 65 à 80 $ la tonne de gaz à effet de serre. Cette mesure touche la majorité des provinces canadienne, sauf le Québec.

Rappelons que le Québec utilise avec la Californie un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre depuis 2013. Il ne s’agit donc pas d’une taxe visible par le consommateur ou l’agriculteur sur sa facture de carburant, comme c’était le cas dans le Canada anglais.

Au Québec, les distributeurs de carburant et de combustible doivent acheter des crédits compensatoires, mieux connus sous le nom de crédits carbone, si leurs émissions dépassent un certain plafond. Le coût de ces crédits de carbone est ensuite refilé à leurs clients québécois. Le gouvernement du Québec redirige l’intégralité des revenus provenant des ventes du marché du carbone au Fonds d’électrification et de changements climatiques. En 2024, Québec annonçait que 82 M$ provenant de ce fonds sera réinvesti dans la lutte aux changements climatiques des secteurs agricole, bioalimentaire et des pêcheries.