William Richard s’occupe des opérations des Meuniers Richard, la division de la ferme familiale spécialisée dans les moulées avicoles et laitières. Photos : Émilie Parent-Bouchard
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S'abonner maintenantRIVIÈRE-HÉVA – Vivre un changement de sexe dans le milieu agricole en région éloignée n’a pas été une épreuve insurmontable pour William Richard, de la Ferme avicole Paul Richard à Rivière-Héva, en Abitibi. Celui que tout le monde surnomme Will est la preuve vivante qu’avec un peu d’ouverture et de soutien, une transition réussie peut même devenir un atout pour l’entreprise.
La famille Richard est une famille tissée serrée : les quatre enfants de Maurice Richard et de Diane Vaillancourt travaillent tous à la ferme. Depuis qu’il a 12 ans, William Richard y a occupé à peu près tous les postes, du travail aux champs à l’entretien des poulaillers, en passant par le poste de classification d’œufs et, désormais, la responsabilité de la meunerie.
À 19 ans, quand il a convoqué ses parents pour son deuxième coming out, lui qui leur avait annoncé son homosexualité tôt à l’adolescence, Will était stressé. Mais avec le recul, sa sortie a soulagé tout le monde, croit-il.
Une libération pour tous
« La deuxième fois que je me suis assis avec mes parents, ma mère a dit : “Dis-moi pas que tu es attirée par les hommes?” Non, ça, ça ne change pas, mais je crois que je suis un homme prisonnier d’un corps de femme. Les deux ont dit : “Parfait, on va t’aimer comme tu es.” Ça m’avait fait des papillons dans le cœur », se souvient-il, une douzaine d’années plus tard, reconnaissant que ses parents l’aient même accompagné lors de ses deux chirurgies, malgré que la COVID compliquait les choses.
Bien sûr, il a fallu une période d’adaptation, ajoute sa mère. « On l’a appelé longtemps Ca… Wi, parce que ça faisait 20 ans que c’était Catherine. C’était d’apprendre à parler de lui plutôt que d’elle », soutient Diane, ajoutant que l’accompagnement d’un psychologue a aussi permis de démystifier et d’aborder le long processus de transition, une réalité peu discutée à l’époque, une étape à la fois.
La testostérone, sa dose de rage qu’il disait, ç’a aussi occasionné des sautes d’humeur, mais aujourd’hui, c’est un jeune homme heureux et épanoui. C’est beau de voir ça!
Pour sa conjointe, Johannye, la sortie a d’abord été un choc. « Sa Jetta a reçu un coup de pied! Mais ma mère m’a demandé si j’étais en amour avec la personne ou avec le sexe. J’ai rappelé Will et, depuis ce temps-là, on est scotchés ensemble », témoigne-t-elle, fière de préciser qu’après 16 ans à partager un quotidien, le couple est à la recherche d’un célébrant en vue d’un éventuel mariage…

Un atout dans l’entreprise
À la ferme, rien n’a vraiment changé, selon Will. Il est arrivé quelques situations cocasses – comme l’élargissement de ses épaules, dont il a réellement pris connaissance quand il est resté coincé dans un passage étroit où il était habitué de se faufiler –, mais rien que sa nature souriante et sociable n’aient permis de surmonter, surtout que sa grande polyvalence est un plus pour la ferme. « Will est toujours souriant. C’est sa force », fait valoir son frère Jean-Philippe, mentionnant que sa transition a même soudé l’équipe, par exemple lorsqu’il était contraint aux travaux légers après une chirurgie.
« Mon frère, un chauffeur ou mon père passaient régulièrement à la meunerie. Ce sont toutes des poches de 25 kilos et je ne pouvais pas en lever plus que quatre, donc ils m’aidaient », se souvient Will, qui a vu s’accroître ses capacités physiques avec la testostérone, facilitant certaines tâches.
Pour la quarantaine d’employés de l’entreprise, Will est un collègue comme un autre, voire même un leader grâce à sa force de caractère. « Je me sens bien accepté. C’est un environnement de travail respectueux. D’autres gens qui font le même parcours que moi sont rejetés », ajoute-t-il, précisant que même si Fierté agricole n’est pas vraiment présente dans la région, il encourage les personnes LGBTQ+ du monde agricole à se tourner au besoin vers les groupes tels que Fierté Val-d’Or ou la Coalition d’aide à la diversité sexuelle de l’Abitibi-Témiscamingue.
« On est capable de grandes choses si on se met la tête dans la bonne direction. On a juste une vie à vivre et il faut la vivre pleinement », conclut-il.