Simon Leblond a frappé un mur, en 2020-2021, lorsqu’il a été contraint de vendre sa ferme bovine. Pendant six ans, il a ensuite travaillé sur lui, il s’est retroussé les manches, et c’est avec une profonde fierté qu’il revient cette année en agriculture. Photo : Gracieuseté de Simon Leblond
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S'abonner maintenantEn 2020-2021, Simon Leblond, un jeune agriculteur de l’Abitibi-Témiscamingue, a dû vendre sa ferme et ses bovins de boucherie, car il n’arrivait plus financièrement et se sentait au bout du rouleau. Il avait même planifié son suicide. Six ans plus tard, il s’est relevé. Sa priorité a été de revamper sa santé physique et psychologique, et c’est ainsi qu’il se donne aujourd’hui une deuxième chance dans la vie et en agriculture. Il vient d’ailleurs de réussir à s’acheter une ferme de 186 hectares à La Motte, en Abitibi.
« Tout le monde en fait, des erreurs. Mais une seconde chance, c’est possible. Il faut croire en soi et changer ce qui ne fonctionnait pas. Parce qu’en vérité, on est plusieurs à avoir eu des bouts rough, à la ferme et dans nos vies personnelles. J’ai travaillé sur moi et ç’a pris six ans, mais c’est maintenant officiel : j’ai acheté une entreprise de grandes cultures pour faire du blé, du canola et de l’avoine », exprime-t-il.
À bord de son tracteur au moment de l’entrevue, Simon Leblond dit avoir changé son état d’esprit. « Avant, je n’étais jamais capable de profiter du moment présent. J’étais trop stressé et je pensais à plus tard. Présentement, je suis en train de passer la herse. Oui, je suis dans le gros rush des semis, mais je regarde le paysage et je suis heureux. »
La chute
En mars 2023, La Terre a publié un dossier sur le suicide dans lequel Simon Leblond a témoigné. « J’avais 200 vaches à bœuf avec un partenaire d’affaires. Il y a des choses qu’on pensait savoir dans la gestion du troupeau, l’ensilage, le foin, etc., mais on faisait trop d’essais et erreurs. On a aussi eu plusieurs badluck qui ont coûté cher et des problèmes avec la machinerie usagée. Financièrement, c’était très difficile. Je n’arrivais pas. Physiquement, ça n’allait pas non plus. Je ne dormais plus; je travaillais trop. J’ai pogné le mur », avait-il raconté à l’époque. L’institution financière l’avait incité à vendre, et le démantèlement de la ferme l’avait ébranlé. « Je ne venais pas d’une ferme et j’avais tellement travaillé dur pour avoir mon entreprise agricole que quand tu te plantes, tu perds tes repères. Démanteler, c’était plus qu’un échec. Je mettais fin à un rêve. J’ai vu noir; j’ai pensé mettre fin à mes jours. Ensuite, j’ai eu des problèmes de santé qui ont poppé. J’avais un surpoids et des cellules cancéreuses à l’œsophage causées par du reflux gastrique associé au stress. Mais j’ai consulté. Je me suis pris en main. J’ai perdu du poids. Aujourd’hui, ma tête va mieux et mon corps va mieux », décrit-il.
La remontée
Après avoir vendu son entreprise, il y a six ans, Simon a travaillé à temps plein comme conseiller en production animale et végétale pour une entreprise d’intrants agricoles en Abitibi. L’hiver dernier, un couple d’agriculteurs parmi ses clients lui a fait part de sa volonté de vendre sa ferme. « Ça m’a intéressé. J’ai remonté un plan d’affaires, sauf que je pensais être sur la blacklist des institutions financières, à cause de [la non-rentabilité] d’il y a six ans. Mais l’institution financière m’a dit qu’elle n’avait pas un mot à dire sur la façon dont ça s’était terminé, car j’avais pris mes responsabilités. Alors, le message, c’est ça : parfois, le fait de bien se comporter dans la tempête peut nous valoir un retour du balancier », observe-t-il.
En guise de leçon du passé, il entend mieux gérer le risque financier et se doter d’une croissance étape par étape.
J’ai changé ma vision. Je veux étaler les projets sur un horizon à plus long terme pour ne pas me coincer financièrement et avoir une gestion de mon temps qui permette au corps et à l’esprit d’être à l’aise.
S’il a constaté que, dans la période où plus rien n’allait, des gens ont fait des commentaires désobligeants ou ont tenté de profiter de sa position de vulnérabilité pour acheter ses biens agricoles à meilleur prix, l’inverse est aussi vrai. Certaines personnes ont fait preuve d’une grande générosité à son égard, offrant de l’aide et de l’écoute. « J’avais beaucoup de colère et de frustration, j’avais mal partout et j’étais toujours épuisé, mais juste leur écoute a fait toute la différence. Il y a six ans, la petite flamme intérieure était en train de s’éteindre. Aujourd’hui, la flamme est grande. Je suis redevenu optimiste. C’est une seconde vie. »
Pour une aide d’urgence : 1 866 APPELLE (277-3553)
Pour l’aide d’un travailleur de rang : 450 768-6995