Parler directement de suicide avec un client qui exprime de la détresse psychologique peut faire peur, mais c’est ce que les membres d’une équipe d’agents de crédit d’une coopérative agricole de Chaudière-Appalaches ont appris à faire pour mieux intervenir. Photo : Archives/TCN
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantAgente de crédit pour Avantis Coopérative, dans Chaudière-Appalaches, Nancy St-Pierre s’est souvent sentie démunie devant un client qui exprimait de la détresse psychologique.
Quand la coopérative a invité ses employés à suivre une formation sentinelle, en 2023, elle s’est aussitôt portée volontaire, à l’instar de tous les employés de son département.
Rappelons qu’il y a trois ans, le milieu porcin traversait une importante crise et les relents de la décroissance de la production ont frappé particulièrement fort dans cette région, où l’usine d’abattage et de transformation d’Olymel, à Vallée-Jonction, a fermé.

« À la suite du décès d’un travailleur à la fin de l’année 2022, l’année 2023 a été une année charnière pour agir de façon proactive et durable, pour suivre les priorités d’action en santé et sécurité dans tous nos secteurs d’activité. Dans cette mouvance, répertorier les employés ayant suivi la formation sentinelle par secteur d’activités, diffuser l’information à l’interne et coordonner l’offre de formation de façon centralisée ont été les actions mises en place et maintenues depuis », résume Céline Boisvert, vice-présidente, Communication marketing chez Avantis Coopérative.
Cette formation sentinelle est offerte par l’Association québécoise de prévention du suicide, qui a mis en place une déclinaison agricole, en collaboration avec l’UPA. Elle outille les sentinelles à reconnaître les signes et les comportements suicidaires au sein de la clientèle agricole, afin de mieux la diriger vers les ressources d’aide adaptées.
Ce n’est jamais facile de faire face à des cas comme ça : on n’est pas formé pour ça! Moi, j’avais tendance à contourner le sujet, à ne pas utiliser le mot suicide, car j’avais toujours peur de la réponse. Parce que s’ils te répondent qu’ils veulent mettre fin à leur vie, je faisais quoi, moi? Ce n’est pas mon métier.
À travers la formation, elle a plutôt appris le contraire : poser des questions ouvertes, le plus directement possible, pour aller chercher le plus d’informations. L’idée étant de mieux guider les personnes qualifiées qui pourraient intervenir ensuite. « Ça, c’est quelque chose que je n’aurais pas fait avant. On peut même demander si la personne a un plan précis ou des armes. Ce genre d’information peut aider les policiers ou les ambulanciers à intervenir plus rapidement si une personne est en danger », précise-t-elle.
Depuis, elle se sent libérée d’un poids et son bien-être au travail s’en est amélioré, puisqu’elle peut maintenant se dégager des responsabilités qui viennent avec certaines confidences, en sachant mieux rediriger les clients vers les bonnes ressources lorsque nécessaire. L’un d’eux l’a même rappelée, un an plus tard, pour la remercier. « Il m’a dit : “Ce n’est pas encore parfait pour moi, mais je suis bien encadré”. Ça m’a fait du bien d’entendre ça », confie-t-elle, touchée.