Les éleveurs Claude Vallières et Stephen Hamilton sont dans le conseil d’administration de la coop d’agriculteurs qui relancera l’abattoir de Shawville, inactif depuis un an et demi. Photo : Maryse Vallières-Murray
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S'abonner maintenantUne coopérative formée de neuf agriculteurs s’apprête à faire revivre un abattoir d’inspection provinciale, à Shawville, en Outaouais, qui était fermé depuis un an et demi en raison de la faillite des anciens propriétaires. S’ils sont certains que leur projet de s’unir pour la relance fonctionnera, ils sont conscients que les défis de rentabilité seront grands.
« La population locale nous soutient. Quand ça va rouvrir, il y aura de la demande des locaux », assure sans détour l’un des membres du conseil d’administration de la coop, Stephen Hamilton. Son parc d’engraissement, à Shawville, se situe à 10 minutes de l’abattoir de cette municipalité.
Depuis que l’établissement a fermé ses portes, en mars 2024, l’agriculteur se tourne entièrement vers l’Abattoir Bouwman, à Thurso, pour la transformation de ses bouvillons, soit l’option la plus proche, à une heure et demie de route. Avant, il pouvait aussi en envoyer à côté de sa ferme, ce qui lui facilitait la tâche. S’il reconnaît que le marché a ralenti en raison du prix élevé du bœuf qui complique la vente de viande, il raconte que l’établissement du Thurso ne fournissait pas à la demande, l’an dernier, après la fermeture de celui de Shawville. L’éleveur devait réserver un an d’avance pour faire abattre ses bouvillons, tandis que d’autres confrères devaient se débrouiller pour envoyer leurs bêtes ailleurs, bien plus loin, faute de place. La relance de l’abattoir de Shawville pour offrir une autre option de proximité aux nombreuses fermes d’élevage du secteur est donc nécessaire, selon lui.
Il faut être préparé pour avoir des options, parce que la demande va revenir. Si on n’a pas de petits abattoirs, on a moins de façons de vendre nos animaux, moins d’accès au marché.
Un autre membre de la coopérative, Claude Vallières, qui possède un élevage de bisons dans cette municipalité, précise que l’établissement de Shawville, au redémarrage, pourra abattre et découper à forfait des ovins, des bovins et des porcs. L’élaboration d’un protocole est aussi en cours pour que l’abattoir admette éventuellement le bison, puisque les options à proximité pour transformer cet animal sont manquantes.
L’abattoir de Shawville sera en rénovation jusqu’à la mi-novembre, ajoute-t-il. Ensuite, les équipements seront « remis en ordre » et feront l’objet d’essais, en vue d’un démarrage progressif, dans les semaines suivantes.
Le marché ontarien convoité
Les agriculteurs membres de la coop estiment que leur plan de relance tient la route du point de vue de la rentabilité, notamment parce qu’ils ne sont pas propriétaires des installations. Celles-ci appartiennent plutôt à la MRC de Pontiac, qui s’est entendue sur 30 ans avec la coop pour qu’elle s’occupe de la gestion des activités.
Selon Claude Vallières, toutefois, un tel projet comporte son lot de défis. Un accès à un plus large marché, notamment à celui de l’Ontario, juste à côté de Shawville, serait bienvenu pour assurer une pérennité, dit-il. Sauf que les règles en vigueur ne permettent pas la vente de viande transformée dans un abattoir de juridiction provinciale à l’extérieur du Québec.
Selon le président des Producteurs de bovins Outaouais-Laurentides, Stanley Christensen, il est temps que le cadre réglementaire soit assoupli pour donner une chance aux petits abattoirs de survivre.
« Tout le long de la rivière des Outaouais, on ne peut pas traverser la viande. Ça prendrait un abattoir fédéral pour le faire, mais les exigences sont tellement élevées et le coût tellement élevé [pour avoir ce type de permis] qu’il y a encore moins de possibilités de rentabiliser », observe l’éleveur de Lac-Sainte-Marie.
À l’occasion de l’assemblée générale annuelle de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) Outaouais-Laurentides, une résolution a d’ailleurs été adoptée demandant à la Confédération de faire des représentations pour la mise en place d’un cadre d’harmonisation pancanadien des différents systèmes provinciaux d’inspection des viandes permettant la libre circulation des produits carnés entre provinces.