Régions 10 septembre 2025

Un couple attiré à l’île Nepawa par son passé de colonisation madelinienne

CLERVAL – Un phare, une cage à homard et un drapeau acadien flottant au vent : 84 ans après l’arrivée du premier contingent de Poirier, Turbide, Cormier et Leblanc, les traces de la colonisation madelinienne persistent à l’île Nepawa. En septembre 1941 sont débarquées sur cette île de l’Abitibi 14 familles, totalisant 101 personnes, venues des Îles-de-la-Madeleine pour échapper à la misère insulaire et coloniser ce petit coin de « pays neuf ». 

C’est entre autres ce récit inusité issu d’une autre époque qui a séduit Danielle Champagne et Patrick Pellegrino, deux néoruraux touche-à-tout. Elle est ébéniste; il a déjà été guide touristique et a réalisé un documentaire sur le peintre, sculpteur et graveur Roger Pèlerin, qui réside à l’île Nepawa.

Après une attestation d’études collégiales en microbrasserie, et un stage chez Hydromel Charlevoix, les propriétaires de La Cuverie ont choisi l’île Nepawa et ses environs pour installer leurs 140 ruches et produire annuellement environ 5 000 bouteilles de vin de miel plat et mousseux. 

Une offre touristique en construction

« C’est vraiment une belle histoire. C’est fou quand tu penses à ça : imagine eux autres, ils débarquent ici. Ça se voisinait parce qu’ils étaient tous cousins. Ces gens-là sont fiers de dire qu’ils viennent des Îles-de-la-Madeleine. C’est beau. Moi, j’aime ça quand on est fiers d’être qui on est et d’où on vient », lance Danielle Champagne, qui mentionne que la quiétude, la qualité des terres et le faible recours aux intrants chimiques font de l’île un endroit idéal pour la production de miel.

Danielle Champagne mentionne que la quiétude, la qualité des terres et le faible recours aux intrants chimiques font de l’île un endroit idéal pour la production de miel. Photo : Émilie Parent-Bouchard

Consciente de son éloignement, l’apicultrice qui écoule présentement sa production dans les marchés publics et commence à approcher les épiceries et autres boutiques spécialisées espère tout de même attirer les touristes à l’île Nepawa pour son côté champêtre et bucolique. 

« Ça serait l’fun que l’Abitibi soit reconnue aussi pour ses producteurs. Pas juste les producteurs de vin, les producteurs de tout. On est méconnus et on a un terroir extraordinaire, vraiment fabuleux. Je trouve qu’il y a trop de monde qui ont honte, mais non, on n’a pas à avoir honte de notre région! » s’exclame celle qui provient justement d’une famille débarquée en Abitibi lors de la colonisation. Mme Champagne cite entre autres attraits touristiques le pont couvert qui relie l’île à la terre ferme, le Verger de l’île Nepawa ou encore la Ferme des Mariniers, à Sainte-Hélène-de-Mancebourg, qui accueille le public depuis cet été.

Le parc des Madelinots à l’île Nepawa rappelle que les premiers habitants sont arrivés des Îles-de-la-Madeleine pendant la colonisation après un périple de plus de 2 000 km, au début des années 1940. Photo : Émilie Parent-Bouchard

La tradition des grands jardins poursuivie par des descendants

Si plusieurs descendants de Madelinots ont dû se résoudre à quitter l’île Nepawa au fil des ans, Alain Poirier et Carole Lisiecki, dont les parents sont arrivés dans les années 1940, alors qu’ils étaient enfants, n’en sont jamais partis. Aujourd’hui à la retraite, le mécanicien soudeur et l’éducatrice spécialisée poursuivent la tradition de leurs ancêtres de cultiver de grands jardins dont ils écoulent les surplus dans un petit kiosque en bordure de route. 

Alain Poirier et Carole Lisiecki, deux descendants de Madelinots, poursuivent la tradition des grands jardins sur l’île Nepawa. Photo : Émilie Parent-Bouchard

« Tous ceux qui venaient des Îles avaient tous de gros jardins. Ici, la bâtisse, c’était la coopérative où ils vendaient leurs légumes. Le monde de La Sarre et [des environs] venait ici et achetait leurs légumes. C’est sûr que le sol était bon dans ce temps-là parce qu’ils venaient juste de défricher. Il y avait beaucoup de terre noire », fait valoir Alain Poirier. Il rappelle que les promesses de la colonisation n’ayant pas été à la hauteur des attentes, les familles nombreuses avaient aussi des vaches et des cochons et faisaient boucherie l’automne venu pour résister aux longs mois d’hiver.

« Le gouvernement leur avait promis bien des affaires et ils sont arrivés ici et il n’y avait rien de ça, enchaîne sa femme. Ils sont arrivés à l’automne et ont dû se construire des camps en bois rond. Ils ont été obligés de se débrouiller, de s’aider l’un et l’autre. Dans ce temps-là, c’était pas pire, les corvées», poursuit celle qui continue, encore aujourd’hui, de demander à ceux qui retournent en vacances aux Îles de lui rapporter du homard.

Comme pour maintenir cet esprit d’entraide et le goût de se rassembler jusqu’à tard dans l’automne, les Poirier-Lisiecki bichonnent maïs et citrouilles, qu’ils partageront volontiers avec leurs proches et voisins lors d’épluchettes de maïs et de journées d’autocueillette. « On a des grosses familles aussi! » affirme M. Poirier.