De l’autre côté du gouffre, les bâtiments du producteur Alain Therrien sont toujours dans une position précaire, au bord de l’impressionnant cratère. Photos : Pierre Saint-Yves
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantSAINTE-MONIQUE – Il y a maintenant six mois que le producteur de grandes cultures biologiques André Lemire et sa conjointe, Hélène Rouillard, n’ont pas mis les pieds ensemble dans leur résidence du rang du Haut-de-l’Isle, à Sainte-Monique, dans le Centre-du-Québec. Ils en ont été expulsés en catastrophe, le 21 mai, date fatidique lors de laquelle une partie de leur propriété a glissé dans la rivière Nicolet.
Leur maison et plusieurs bâtiments agricoles se maintiennent dans un fragile équilibre au bord d’un impressionnant cratère de 100 mètres de longueur sur 30 mètres de largeur et 25 mètres de profondeur. Pour le moment, ils ont eu plus de chance que leur voisin, dont la maison a glissé dans le gouffre. « André va régulièrement à la maison pour s’assurer que tout est intact et qu’il y a encore du chauffage », explique Hélène Rouillard à La Terre.
Depuis la catastrophe, le couple de septuagénaires a trouvé refuge dans un petit logement du village voisin, à Grand-Saint-Esprit. « Notre maison est toujours déclarée inhabitable, explique André Lemire. On attend les résultats des dernières analyses de sol et aussi de voir comment le cratère va évoluer au printemps pour savoir si nous pourrons déplacer la maison. »

De l’autre côté du gouffre, le producteur de grandes cultures Alain Therrien vit dans la même angoisse, alors que la machinerie lourde s’affaire, près de sa propriété, aux travaux d’enrochement qui, à terme, permettront de fermer les abords du cratère et d’un petit ruisseau qui coule à proximité.
« C’est certain qu’on voudrait que ça aille plus vite, confie-t-il, mais les travaux progressent bien. » Comme tous les citoyens du rang, il attend aussi de savoir quand la route sera reconstruite et quel en sera le tracé pour en connaître les conséquences sur son exploitation et déterminer s’il pourra déplacer ses silos et ses installations de séchage de l’autre côté de la route.
« D’après ce qu’on sait, il y a plusieurs scénarios qui sont à l’étude », explique l’ancienne mairesse Denise Gendron, battue aux dernières élections municipales. Jusqu’à présent, la Municipalité aurait déboursé plus de 300 000 $ en travaux et en surveillance. Ces dépenses seront remboursées à 85 % par Québec, précise Mme Gendron. « Mais le 15 % restant est une somme importante à supporter pour notre petite communauté. »
Le producteur André Lemire n’est pas rassuré. Il estime que si la route coupe ses terres en deux, ça va enlever de la valeur à la propriété et compliquer la culture en mode biologique, soutient-il.
C’est surtout pour la relève que je m’inquiète, pour ma petite-fille, qui étudie présentement en gestion agricole et qui serait intéressée à reprendre la ferme. Dans quel état sera-t-elle?
Un programme d’indemnisation mal adapté
Le couple de sinistrés n’entretient guère d’illusions sur ses chances d’être indemnisé. « Évidemment, les assurances ne couvrent pas ce genre de pertes », explique André Lemire, pendant que son épouse commente le programme d’indemnisation gouvernemental à la suite d’une catastrophe naturelle. « Puisque notre entreprise est une compagnie, dit-elle, il faudrait que chacun de nos 13 bâtiments agricoles soit un bâtiment locatif et génère des revenus annuels minimums de 5 000 $. Ce n’est vraiment pas adapté à la réalité des producteurs agricoles. »

La Fédération de l’Union des producteurs agricoles du Centre-du-Québec a dénoncé cette situation, réclamant du gouvernement « la révision des critères d’admissibilité des programmes d’aide, afin qu’ils reflètent la réalité du terrain ». Dans sa dénonciation, la fédération indique que « les pertes agricoles réelles, les impacts opérationnels – notamment l’accès compromis aux installations – ainsi que les coûts liés aux travaux de relocalisation des terres cultivables doivent être pris en compte. Ces situations entraînent d’importantes pertes financières pour les producteurs, déjà confrontés à de multiples difficultés. Chaque hectare perdu réduit la capacité collective des agriculteurs à nourrir la population. »
Dans l’attente de nouveaux développements, Hélène Rouillard et André Lemire se tardent de tourner la page sur l’année 2025.