Mgr Pierre Goudreault est allé bénir chaque producteur et son tracteur. Photos : Maurice Gagnon
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S'abonner maintenantRIVIÈRE-OUELLE – Il y avait des familles, des agriculteurs, des enfants autour de l’autel, des paniers d’osier entre les mains et, dehors, une impressionnante rangée de tracteurs. Le 3 mai, à l’église Notre-Dame-de-Liesse, la communauté agricole de Rivière-Ouelle et des environs, dans le Kamouraska, a renoué avec une vieille tradition : la bénédiction des semences. Un geste ancien, certes, mais qui n’avait encore jamais pris une telle ampleur dans la paroisse.
La célébration a commencé à l’intérieur de l’église, où Mgr Pierre Goudreault, évêque du diocèse de Sainte-Anne, a béni les semences après l’homélie dominicale. Pour lui, ce geste rappelle que, malgré le savoir-faire des producteurs et les technologies désormais au service de l’agriculture, la vie demeure un don.
Une semence, si petite soit-elle, contient un mystère que nous ne pouvons pas entièrement expliquer.
Après la communion, le Credo du paysan, un chant écrit en 1890 par Stéphane et François Borel, a été interprété, ajoutant à la célébration une note à la fois ancienne et profondément enracinée dans la culture rurale. À la sortie, les fidèles pouvaient repartir avec un petit sac de semences bénites.

Bénédiction des tracteurs
Puis la célébration s’est déplacée dehors. Sous le regard des paroissiens, Mgr Goudreault est allé à la rencontre des propriétaires de tracteurs rassemblés près de l’église afin de les bénir personnellement ainsi que leurs outils de travail.
L’idée de cette journée vient notamment de Roger Richard, agriculteur de 85 ans, qui souhaitait rassembler les gens autour d’un geste de foi et de reconnaissance. Il se souvient d’avoir vu son grand-père enlever son chapeau, faire une prière et tracer un signe de croix en terre. « Après, ç’a été mon père, puis ç’a été moi. Et aujourd’hui, ça va être mes petits-enfants », a-t-il raconté. Pour lui, l’ajout de la bénédiction des tracteurs a donné une portée nouvelle à une tradition longtemps vécue plus discrètement.
Marielle Gamache, agente de pastorale et ancienne agricultrice, parle d’un projet « parti du rêve d’un grand-papa ». Ce rêve, dit-elle, a grandi rapidement jusqu’à devenir une véritable journée communautaire, attirant des gens de plusieurs paroisses. Elle retient surtout l’ambiance familiale, la présence des enfants et cette façon de faire revivre une tradition, en l’adaptant à la réalité d’aujourd’hui.

La relève agricole était aussi bien présente. Ariane Lebel, jeune agricultrice, a tenu à participer après avoir vu l’annonce de l’événement. Pour elle, cette journée représente « la solidarité entre agriculteurs » et la force d’un village « où tout le monde se soutient ».
Mgr Goudreault a replacé cette pratique dans l’histoire des Rogations, une tradition chrétienne remontant aussi loin que le 5e siècle. « Pendant trois jours, il y avait, dans le village, dans les rangs, des processions où le prêtre passait et bénissait les agriculteurs, les familles, les champs et les semences », a-t-il rappelé.
Il a aussi souligné la présence de travailleurs saisonniers venus notamment d’Amérique latine, partenaires essentiels du travail de la terre, auxquels il s’est adressé en espagnol durant la messe.
Devant la forte participation, particulièrement celle de jeunes familles, l’évêque croit que l’expérience pourrait être renouvelée. « C’est beau », a-t-il résumé, en faisant le lien avec le
75e anniversaire de l’Église de Sainte-Anne et son thème : Fière de ses racines et de ses fruits.