Carmen Tremblay et Napesh Lapointe, propriétaires de La vieille ferme, réduiront progressivement leur troupeau de moutons pour miser davantage sur leur verger, dans les prochaines années. Photos : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantSAINT-FULGENCE – Surplombant le fjord du Saguenay, entre la rive et le flanc d’une montagne, est nichée une bergerie au toit rouge, rénovée en respect des méthodes ancestrales de construction des étables, sans clous.
C’est là, avec un troupeau d’une cinquantaine de moutons, que Napesh Lapointe a démarré son projet agricole, il y a 25 ans. À travers les années, son troupeau a atteint plus de 170 têtes, puis est redescendu à une centaine dernièrement, pour laisser un peu plus de place à une autre production qui s’est invitée dans l’entreprise, un peu par hasard : les pommes. « Ici, ce n’est pas une région à pommes, mais on a un microclimat qui nous aide », explique M. Lapointe.

Le verger, planté en 2010, où certaines variétés comme la Honeycrisp poussent étonnamment bien, est ainsi devenu la pierre angulaire d’un volet agrotouristique développé en parallèle de l’élevage ovin par M. Lapointe et sa conjointe, Carmen Tremblay, copropriétaire de l’entreprise. Une boutique à la ferme, une salle de transformation de la viande, une fermette et un gîte, entre autres, ont contribué à l’affluence de 750 à 800 personnes depuis le début de la saison. La Terre a pu constater l’affluence, le 11 octobre, alors que l’autocueillette de pommes battait son plein avant la fermeture.
On a été les premiers à faire de l’autocueillette dans la région, donc il y a des gens qui viennent de Chibougamau, de Sept-Îles, Roberval.
Son conjoint constate que leur initiative a aussi fait boule de neige, puisque d’autres se sont depuis lancé dans l’aventure commerciale de la culture de pommes, réalisant que cette production est aussi possible dans la région.
Le climat froid et sec a d’ailleurs certains avantages, remarque l’éleveur ovin et pomiculteur, notamment pour la culture biologique, puisque le cycle de vie de certains insectes nuisibles y est plus court que dans le sud du Québec. « En revanche, j’ai remarqué que quand on a des -40 °C pendant l’hiver, on a plus de chancre ensuite. C’est quelque chose qu’on découvre à travers notre expérience, car ici, les agronomes ne connaissent pas bien la pomme. Les spécialistes sont plus vers Montréal, donc on est un peu laissés à nous-mêmes pour adapter la production à notre climat », confie-t-il.
Les moutons sur pause
Ce succès inattendu a poussé le couple à réorienter la vocation de La vieille ferme, qui délaissera progressivement son troupeau ovin d’ici les deux prochaines années. « On veut faire une pause d’élevage pour voyager un peu. Après, on va redémarrer le troupeau, parce que c’est important pour nous de continuer à faire de la viande pour contribuer à l’alimentation locale, mais en même temps, c’est extrêmement complexe dans la région. Il n’y a presque plus d’éleveurs », se désole M. Lapointe. L’absence d’abattoir de proximité est la principale raison, révèle-t-il. À preuve, les animaux de La vieille ferme doivent être abattus à Saint-Henri, dans Chaudière-Appalaches, soit à plus de 250 km de route. De plus, l’éleveur peine à trouver un transporteur qui accepte de venir chercher ses agneaux dans un endroit isolé, surtout l’hiver, en raison du chemin escarpé menant à sa ferme. C’est donc lui qui a dû adapter son camion pour transporter ses animaux par groupes de dix, dix fois par année, vers l’abattoir. Ce qui implique du temps, des frais et des enjeux de bien-être animal important, regrette-t-il. Le couple estime que le coût d’abattage et de transport par tête s’élève à 100 $, ce qui rend la production difficile à rentabiliser, malgré l’installation d’une salle de découpe, qui permet la préparation et la commercialisation de la viande à la ferme. « On est aussi limités dans ce qu’on peut faire, car on doit travailler avec de la viande congelée », ajoute M. Lapointe.

Pourtant, la solution serait simple, selon lui. « On est déjà installés et prêts, dans notre salle de découpe, pour pouvoir abattre les animaux à la ferme. Mais ce n’est pas permis par le MAPAQ [ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec] », se décourage-t-il.
Sa conjointe et lui espèrent que la pause qu’ils prendront pour voyager laissera le temps au MAPAQ d’assouplir ses règles et qu’ils pourront, à leur retour, redémarrer leur élevage sous une nouvelle ère, où leurs animaux pourront être abattus, transformés et vendus localement.