L’Abitibi-Témiscamingue peut compter sur deux travailleuses de rang à temps partiel (Esther Mongrain dans les MRC d’Abitibi-Ouest et de Rouyn-Noranda, ainsi que Joanie Martel dans les MRC d’Abitibi et de la Vallée-de-l’Or) et une à temps plein (Sabrina Audet-Godin au Témiscamingue). Photo : Émilie Parent-Bouchard
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S'abonner maintenantROUYN-NORANDA – Le régime minceur imposé par Santé Québec a des conséquences jusqu’au cœur de la campagne. Alors que le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT) devait financer deux postes de travailleuses de rang à temps plein, en Abitibi, cette année, les centres de prévention du suicide ont dû trouver un plan B pour continuer à offrir ce service aux producteurs agricoles de la région.
Deux travailleuses de rang viennent ainsi s’ajouter à leur collègue en poste au Témiscamingue depuis le déploiement d’un projet pilote en 2019. Mais elles ne seront en poste que trois jours par semaine et seront déployées dans deux MRC chacune, résultat d’une volte-face de dernière minute.
« Le CISSS-AT avait décidé d’attribuer des fonds ponctuels pour nous aider à pérenniser. Et dans la volée des coupures financières actuelles, ils n’ont pas pu mettre en place ce qu’ils nous avaient proposé. Au 1er avril 2026, on retombe donc avec les compteurs à zéro », explique Mélanie Tremblay, directrice générale du Centre de prévention du suicide d’Amos, qui est co-mandataire du service des travailleurs de rang en Abitibi-Témiscamingue.
Casse-tête budgétaire
Centraide et Les Producteurs de lait du Québec (PLQ) ont donc apporté du financement. La Corporation des concessionnaires automobiles du Nord-Ouest, qui souhaite allouer des fonds à une cause ayant une incidence sur la détresse au sein de leurs communautés respectives, a allongé in extremis une enveloppe de 30 000 $. Ces ressources couvriront seulement une année financière.
« C’est aussi une responsabilité gouvernementale. On parle de souveraineté alimentaire. Pour avoir une agriculture prospère, une agriculture en santé, ça prend des producteurs et des productrices agricoles en santé. En santé physique, mais aussi psychologique », fait valoir Michel Robert, président des Producteurs de lait d’Abitibi-Témiscamingue, dont l’organisation provinciale a remis un chèque de 5 000 $ pour maintenir le travail de rang cette année.
ACFA, une voie de pérennisation du service?
Il faudra trouver une voie pour pérenniser l’initiative, croit le vice-président de la fédération régionale de l’Union des producteurs agricoles, Normand Lemieux, qui est responsable du dossier de la santé psychologique. Il note à cet effet que des discussions sont en cours avec l’organisme Au cœur des familles agricoles (ACFA), le seul à l’échelle de la province qui obtient un financement récurrent du gouvernement pour le travail de rang via le Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC).
Il y a eu des rapprochements. On voulait tâter le terrain. Mais même si on était tous sous la coupole d’ACFA, il n’y aurait pas suffisamment de financement pour financer tous les travailleurs de rang. Parce qu’actuellement, ils ont des problèmes à financer leurs services. Tout ça passe par une augmentation des sommes en santé psychologique.
La présidente d’ACFA, Marie-Louise Lemire, confirme que le financement est un défi constant et que des recettes externes sont requises, même en considérant le PSOC, qu’il faut aussi renouveler chaque année. « On fait aussi beaucoup d’activités, des levées de fonds, on a fait notre premier gala bénéfice [en février]. Donc, on fait ce qu’on peut pour trouver du financement, mais c’est toujours un défi parce que la demande, elle, est grandissante », fait valoir Mme Lemire, qui se dit ouverte au dialogue avec l’Abitibi-Témiscamingue.
La demande a fluctué depuis l’implantation du travail de rang dans la région, notamment en raison de vides de services. Depuis que trois travailleuses de rang sont en poste, on cumule environ 300 interventions, alors que la région compte quelque 620 entreprises agricoles.