Régions 2 avril 2026

Fin de l’élevage caprin chez Fromabitibi

Le seul éleveur caprin de l’Abitibi-Témiscamingue qui utilisait son lait pour fabriquer des fromages a dû se résoudre à se départir de son troupeau pour se consacrer à sa fromagerie. En effet, Guillaume Lemieux, qui a repris le troupeau de la Fromagerie Dion, de Montbeillard, et qui l’a déménagé à Macamic il y a 15 ans, a développé une réaction allergique à ses bêtes, ce qui l’empêche de poursuivre l’élevage.

Guillaume Lemieux dit que malgré le développement de cette réaction, la décision de se départir du troupeau n’a pas été prise facilement. « J’ai étiré ça. Je me disais que je ne pouvais pas faire ça. Mais j’étais rendu tellement allergique aux chèvres que ça ne me tentait plus d’y aller », explique celui qui estime avoir formé « une centaine de personnes » pour l’aider à gérer un troupeau de 120 têtes.

« Les gens sont full intéressés, ils ont l’idée que c’est cool de traire des chèvres, mais dans la vraie vie, c’est quand même complexe », souligne-t-il, mettant notamment l’accent sur une rentabilité qui n’est pas au rendez-vous s’il ne peut plus faire la traite de ses animaux. « La traite me prenait une heure le matin et une heure le soir, mais quand j’engageais, c’est
2 h 30 chaque fois. »

Le fromager trouve une mince consolation dans le fait d’être parvenu à placer une partie de ses chèvres laitières – ses « préférées » – chez un collègue qui organise des visites à la ferme.

Des investissements à la fromagerie

Même s’il a dû se départir de ses animaux, Guillaume Lemieux assure que l’entreprise est sur une belle lancée. Il faut savoir que l’entreprise transforme aussi du lait de vache depuis une dizaine d’années. Au cours des deux dernières années, des investissements de l’ordre de 1,2 M$ ont été réalisés pour accroître les capacités de production. « Tous les équipements de transformation, le pasteurisateur, un bassin de transformation, ont été grossis pour passer d’une capacité de 2 500 à 6 000 litres de lait transformé »,
souligne-t-il. Des équipements pour l’emballage devraient s’ajouter, dit celui qui poursuit le développement de nouveaux produits, tant fromagers – comme les bâtonnets de fromage, arrivés juste à temps pour le Super Bowl – que maraîchers – comme l’ail déshydraté.


Du sans lactose fabriqué en Abitibi

Les produits offerts par Fromabitibi faisaient le bonheur des gens d’Abitibi-Témiscamingue qui sont intolérants au lactose puisque l’entreprise offrait notamment des produits vieillis à base de lait de chèvre, qui contiennent moins de lactose en raison du temps passé en chambre de vieillissement. S’il ne lui reste que quelques mois de réserve de cheddar et de gouda à écouler, Guillaume Lemieux se réjouit de voir d’autres entreprises de la région reprendre le flambeau. 

Une offre qui se développe

À quelques kilomètres de chez lui, à La Sarre, la fromagerie La Vache à Maillotte assure qu’il n’y a pas de lien à faire entre l’abandon de la production laitière chez Fromabitibi et le retour du Nolak, un fromage sans lactose produit avec du lait de vache. Amorcé il y a trois ans, son développement avait dû être mis sur pause pour un congé de maternité, explique la directrice générale, Mélissa Roy. 

« La recette était très bonne, mais on avait de la misère à garder une stabilité au niveau du goût », fait-elle valoir, mentionnant que la recette est stabilisée et qu’un lancement devrait être officialisé « dans les prochaines semaines ». 

« Quand on fait du sans lactose frais, la difficulté, en fabrication, c’est qu’on n’a pas beaucoup de temps pour faire digérer le lactose par nos bactéries », renchérit la directrice de production, Catherine Bélanger, mentionnant que le résultat est plus sucré et qu’il fallait donc trouver le juste équilibre entre sucré et salé. 

L’entreprise souhaite aussi augmenter la production pour la faire passer d’un lot par mois à un lot par semaine, afin de pouvoir répondre à la demande. « Pour que le client qui est intolérant au lactose – entre 18 à 25 % de la population canadienne, soutient-elle – ait au moins la possibilité de l’avoir frais une fois par semaine », précise Mme Roy. 

La Vache à Maillotte produit aussi l’Allegreto, un fromage fermier à base de lait de brebis. Ailleurs dans la région, Le Fromage au Village, à Lorrainville, produit aussi deux fromages sans lactose; la Pitoune des champs et le cheddar fumé, qui sont tous deux fabriqués avec du lait de vache.